Chine : le front européen

Juncker, Macron, Merkel, et Xi
(Photo AFP)

Emmanuel Macron a tenu à conclure ce matin le sommet franco-chinois par une réunion entre Xi Jinping, lui-même, Angela Merkel et Jean-Claude Juncker. Bonne initiative destinée à rappeler au pouvoir chinois qu’il ne saurait y avoir de relations bilatérales entre Pékin et un seul pays membre de l’Union européenne.

LA VISITE d’État de Xi en France a été conforme au décorum traditionnel : luxe, amabilités et flonflons. La Chine a passé, à cette occasion, un commande d’Airbus pour la somme de 100 milliards d’euros, mais, compte tenu du déficit commercial croissant de la France dans ses échanges avec la Chine, il serait temps de diversifier nos exportations vers l’empire du milieu. Xi Jinping n’est pas, comme Trump, hostile, à l’intégration européenne, qu’il considère comme un moyen d’augmenter les exportations chinoises. Mais, pas plus que ses prédécesseurs, il n’a été le champion de la réciprocité en matière commerciale. En Europe, seule l’Allemagne tire son épingle du jeu dans ses rapports avec Pékin. Aussi était-il courageux, pour Mme Merkel, de participer au sommet sino-européen de ce matin.

L’alimentation du peuple.

Le projet chinois de « nouvelle route de la soie » ressemble plus à un instrument pour accroître les ventes de la Chine à l’étranger qu’à une méthode pour équilibrer les échanges. Le gouvernement français n’est pas dupe des intentions chinoises, mais, contrairement à Donald Trump, qui a déclenché une guerre commerciale sans effet (puisque le déficit américain a encore augmenté), les Européens espèrent établir un partenariat plus juste avec la deuxième puissance mondiale. C’est un projet très ardu parce que la Chine est à la fois le pays le plus libéral en matière d’économie et de finance, quoiqu’en préservant ses intérêts par des astuces protectionnistes, et le pays politiquement le plus fermé depuis que Xi a décidé de revenir au maoïsme, en devenant pratiquement président à vie, en renouant avec la culte la personnalité, en renonçant au respect des droits de l’homme, en utilisant les techniques les plus modernes pour ficher la totalité de son peuple, un milliard trois cents millions de citoyens chinois. Bien entendu, le président Macron, dans ses entretiens, a insisté sur les « préoccupations » de la France au sujet des droits de l’homme en Chine. Les Européens ne manquent jamais de défendre leur point de vue humaniste, que Xi peut accueillir avec un sourire d’autant plus aimable qu’il ne donne aucune suite aux remarques de ses homologues.

Une société inégalitaire.

L’autre problème, c’est que plusieurs pays appartenant à l’UE, notamment l’Italie et le Portugal, accueillent la Chine à bras ouverts, sans concertation avec l’Union. Certes, ils sont habilités à conclure des accords avec des pays étrangers ou non-européens, mais les méthodes de séduction chinoise, principalement de gros investissements dans de gros projets, sont de nature à diviser les pays membres de l’UE. Rome et Lisbonne n’ont pas vraiment le choix qui souffrent d’une lancinante crise économique et ont plus besoin que d’autres de créer des emplois. L’important, c’est qu’ils ne s’accoutument pas trop à l’argent chinois qui a déjà permis à Pékin d’acheter de vastes territoires en Afrique et en Amérique latine pour y cultiver des denrées destinées à l’alimentation du peuple le plus nombreux du monde.

Derrière l’apparat de la visite d’État, il y a donc plusieurs points de friction grave, dont la domination navale de la Chine dans le Pacifique sud n’est pas le moindre. Bien entendu, les Européens ne souhaitent pas déclencher avec Pékin une guerre froide comparable à celle qui oppose la Russie au monde occidental. En faisant avaliser son point de vue par la chancelière allemande et par le président de la Commission européenne, M. Macron a donc indiqué au maître de la Chine les limites qu’il ne peut pas dépasser. Et tente de lui vanter les bénéfices, pour tout le monde, d’échanges équitables et pacifiques. L’Union européenne n’a pas l’espoir de changer le régime chinois, mais elle peut contribuer à l’apaiser. De son côté, Xi sait qu’il n’est pas sur une trajectoire ascendante. Le rythme de la croissance (officielle) de la Chine ne cesse de faiblir, passant en près de dix ans de plus de 10 % par an à 6%, alors que la société chinoise, sous l’emprise du capitalisme sauvage, est l’une des plus inégalitaires du monde, ce qui représente un danger pour l’avenir.  Parvenu à son apogée politique, Xi ne peut que redescendre. Si la Chine résiste avec tant de vigueur à la libéralisation du régime, c’est parce qu’elle redoute une crise sociale qui, compte tenu de sa démographie, serait très difficile à gérer. La direction chinoise semble néanmoins avoir compris qu’elle doit développer son marché intérieur, favoriser la consommation, accroître le niveau de vie de sa population, toutes choses qui la rendraient moins menaçante.

RICHARD LISCIA

 

 

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2 Responses to Chine : le front européen

  1. chretien dit :

    Excellente analyse ! A quand une “route” de l’intelligence artificielle ou non de la France et de l’Europe ?

  2. Bensid dit :

    Que dire de l’habileté qui consiste à convier Merkel et Junker, qui n’étaient pas prévus au programme? Pour une fois, ils ont parlé d’une seule voix. Cela paraît anecdotique, mais c’est une petite révolution. Décidément il nous surprend (en bien) chaque jour plus.

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