Un début d’anarchie

Radar démoli
(Photo AFP)

La mortalité routière a vivement augmenté au mois de février, ce qui incite le gouvernement à en trouver la cause dans la destruction systématique des radars.

COMME pour tout le reste, les raisons de cette hausse inquiétante de la mortalité par accidents de la route sont plus diverses que ce qu’en disent les pouvoirs publics, ne serait-ce que parce qu’on relève une augmentation des décès de piétons et de cyclistes. Ce serait donc moins sur la route qu’en ville que se produiraient les accidents. La destruction des radars, qui aura coûté 600 millions d’euros, ne traduit pas, en tout cas, une prédominance du civisme ; et il n’est pas interdit d’imaginer que l’ambiance créée par les gilets jaunes a contribué à la démolition systématique des radars.  Toute la théorie des gilets est fondée sur leur absence de responsabilité dans les casses diverses qui ont lieu dans les villes. Il leur convient de se décharger sur les black blocs, sans se souvenir que, en aucun cas, ils ne se sont opposés à leurs actes et que, de toute façon leur mouvement n’a pris de l’importance que parce qu’il est associé à la violence. Dans leur démarche, il n’y a pas que de l’incohérence, du mensonge et du mépris pour tous ceux qui ne les suivent pas. Il y a le refus de dialoguer, le remise en cause de nos institutions, une haine épaisse contre tout ce qui ne leur ressemble pas et une jubilation malsaine dans la destruction.

Une France livrée à ses pulsions.

Ce qu’ils nous annoncent, c’est l’anarchie. Le gouvernement montre les dents, mais le recours aux forces de l’ordre et à la justice est diminué par le respect des lois et des procédures. Dans toute activité de foule, il est pratiquement impossible d’identifier les casseurs et les vrais délinquants. Eric Drouet vient d’être condamné à 1 500 euros d’amende pour avoir organisé une manifestation interdite, ce n’est pas ce qui va le neutraliser. Dans cette partie de France débridée, livrée à ses pulsions, totalement indifférente à la morale, il existe une prédilection pour le chaos. Gilet jaune est devenu un job. Cela consiste à occuper des ronds-points pour y ressasser sa hargne et son aversion à l’égard de la population qui travaille et à aller démolir les centres des villes.  Nous verrons demain où en est cette admirable révolution dont l’imbécillité économique le dispute à la perte de tous les repères civiques,  où l’espoir d’en finir avec la République et ceux que nous avons élus concourt avec l’ignorance des fondamentaux, et où perdure le sentiment qu’un maximum de haine rend majoritaire, l’intensité de cette passion triste étant censée compenser l’insuffisance du nombre de militants.  Or les gilets jaunes, quelle que soit la mesure avec laquelle on les compte, sont infiniment minoritaires. S’ils se présentent aux échéances électorales des trois prochaines années, ils feront un score dérisoire. S’ils ne se présentent pas, ils iront gonfler les rangs du RN, démentant de la sorte la fiction en vertu de laquelle ils seraient la nouvelle gauche, celle qui ne boucle pas ses fins de mois et qui considère comme des ennemis ceux qui gagnent 100 euros de plus qu’eux par mois.

Les mœurs nationales se sont dégradées.

On les laisserait à leurs divagations si on n’observait cette anarchie qui s’installe dans les mœurs nationales, qui permet de rouler vite au mépris de la vie des piétons et des cyclistes, d’insulter son prochain en toute circonstance, de participer à toutes les entreprises funestes des réseaux sociaux, amalgames indécents et grotesques où se mêlent, la haine, le racisme, l’antisémitisme, et, en plus, le mépris. Le mépris d’une société fondée sur les principes démocratiques, mais fragile face à l’épreuve de force quand les gouvernés décident qu’aucune autorité, aucune loi, aucun principe ne les  feront changer d’avis. Il n’y a pas si longtemps, avant le terrorisme et les gilets jaunes, tout se faisait dans notre pays à la confiance. On ne verrouillait pas sa porte. On était rarement contrôlé. On était libre. C’est de ce confort, plus intellectuel que matériel, de cette liberté qu’ils cherchent à nous priver. Ils ont posé leurs revendications, obligeant le pouvoir à leur distribuer de l’argent, qu’ils touchent tout en disant que ce n’est pas assez, mais qu’est-ce que c’est, sinon une incessante surenchère ? Très peu de gens osent le dire. Chacun, par précaution, rappelle que les gilets sont pauvres, qu’ils ont le mal de vivre, qu’il faut les aider. Mais qui peut les aider sinon ceux qu’ils haïssent avec tant de persévérance ?

RICHARD LISCIA

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7 Responses to Un début d’anarchie

  1. Michel de Guibert dit :

    Oxymore et humour noir : « La mortalité routière a vivement augmenté » 🙂

  2. serpin dit :

    Une parfaite analyse dont il ressort surtout un délitement progressif de l’esprit civique qui n’a jamais été une spécialité française et un entêtement qui au début aurait pu se justifier mais qui est devenu de semaine en semaine la marque d’une foule symbole de la bêtise humaine.

  3. Sphynge dit :

    Et le remède à l’anarchie, c’est un pouvoir respecté, fort et, comme il n’y a pas d’autre possibilité, autoritaire. Mais une autorité vraie, c’est-à-dire consentie. Bref, le contraire de ce qui gouverne en ce moment. On dit que c’est au comble de l’anarchie que naissent de tels gouvernants… Hélas, on semble y aller !

  4. andre GRJEBINE dit :

    Excellent article qui décrit bien la confusion d’esprit et le caractère haineux qui caractérisent les gilets jaunes et leurs acolytes violents. Le ressentiment n’est pas la meilleure chose pour guider une réflexion réformatrice. Ils sont peut-être le symptôme d’une société sortie des religions et des idéologies (ce dont on ne peut que se féliciter), mais qui exige des individus qu’ils définissent eux-mêmes leurs valeurs, ce qui est bien sûr très difficile. Comme l’écrit Dostoievski dans Les Frères Karamazov: « Il n’y a rien de plus tentant pour l’homme que la liberté de sa conscience, mais rien de plus difficile à vivre ». Les gilets jaunes ne sont pas sans rappeler les nihilistes qui ont sévit à la fin du XIXe siècle, notamment en Russie. On pourrait même dire que les « nihilistes » d’aujourd’hui le sont encore davantage que ceux du XIXe siècle dans la mesure où les seconds voulaient détruire la société pour en construire une autre (utopie désastreuse qui s’est soldée par l’avènement du communisme), alors que ceux d’aujourd’hui n’ont aucune perspective d’avenir, mais seulement des revendications immédiates et égoïstes. Ceci dit, on ne saurait trop se méfier des réactions autoritaires qui ont fini le plus souvent par susciter le chaos. Le dénommé Sphynge devrait se méfier des « pouvoirs autoritaires »…La première chose que devrait faire ceux qui ne veulent ni de la violence gratuite des uns, ni d’un pouvoir autoritaire est peut-être de revenir à un débat serein et rationnel, c’est-à-dire critique sans être haineux, ni démagogique. On ne saurait trop se méfier de ceux qui, sous prétexte de sortir du chaos, suggèrent d’en venir à un « pouvoir autoritaire ». C’est du reste le premier danger du nihilisme que de préparer l’avènement de son contraire: l’Etat autoritaire, sinon totalitaire. La vie démocratique est toujours menacée quand on commence à réfléchir en termes de tout ou rien. C’est pourquoi on peut évidemment critiquer tel ou tel aspect de l’action d’un président élu démocratiquement, sans déverser sur lui des monceaux de haine comme on l’a fait hier sur Sarkozy, puis Hollande, aujourd’hui sur Macron, sans parler du mépris malsain dans lequel est tenu la classe politique dans son ensemble. Instaurer un débat serein, c’est bien ce que Richard Liscia s’efforce de faire avec le talent qu’on lui connaît.
    André Grjebine

    • Sphynge dit :

      « … revenir à un débat serein et rationnel, c’est-à-dire critique sans être haineux, ni démagogique. » Oui, l’idéal, mais on voit mal qui, en dehors d’un pouvoir autoritaire, pourrait en rétablir les conditions. Et l’Histoire fourmille de pouvoirs « raisonnablement autoritaires » qui n’ont jamais abouti au sanguinaire socialisme réel (le communisme et le nazisme). Certes, cela suppose la plupart du temps de renoncer à un peu de libertés, mais aujourd’hui, le problème est précisément l’excès débridé de libertés de toutes sortes (principalement de ne pas respecter les lois, les codes, avec les encouragements d’un justice devenue plus politique que judiciaire) que chacun exige au nom d’un vision dévoyée de la Liberté. Enfin, une le consentement à une autorité tant qu’il est encore temps, évitera peut-être, l’enfoncement dans l’anarchie, d’où pourrait ressortir, au comble des haines, une autorité redoutable que je ne souhaite pas plus que vous.

  5. mathieu dit :

    Avec 60 ans d’avance, dans une réplique désormais « culte » de la « Traversée de Paris », Marcel Aymé et Claude Autant-Lara lançaient déjà aux grands-parents des gilets jaunes, « salauds de pauvres! ». Scène à revoir d’urgence.

  6. Doriel Pebin dit :

    Excellente analyse avec de nouvelles données récentes qui montrent que les populistes arrivés au pouvoir se comportent encore plus mal avec plus de corruption (cf Orban et Erdogan) et que les inondations virales sur les réseaux sociaux ne reflètent souvent que des mini mondes qui multiplient artificiellement les nouvelles. Cf article « batailler contre les idées antidémocratiques  » de l express du 27 février dernier. Continuez à défendre les faits et non une idéologie, tous ces infox vont finir par se dégonfler au fur et à mesure qu on comprend mieux leurs mécanismes (cf film Brexit sur canal plus ou la manipulation du mensonge sur la 5).

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