Hollande : le coup de Jarnac

Donneur de leçons
(Photo AFP)

François Hollande a de nouveau attaqué Emmanuel Macron au cours du week end, à deux reprises, sans doute avec l’espoir de le discréditer un peu plus dans le cadre des élections européennes.

M. HOLLANDE étant un auteur à succès, il exploite à l’infini l’occasion de rencontrer la foule dans les librairies de France. Il vient d’ajouter trois chapitres à son livre le plus récent et il est donc reparti pour une grande tournée nationale, ce qui lui permet de se livrer à la péroraison la plus confortable, celle qui consiste à dénigrer le pouvoir actuel, non sans espérer qu’un jour,  et dans des temps meilleurs, il va lui céder la place. Il n’est pas le seul à jouer ce jeu-là, sauf qu’il n’a pas attendu longtemps, après sa décision de ne pas se présenter à un second mandat, pour dénoncer son ancien ministre de l’Économie, sa trahison et même pour reconnaître qu’il s’était fait avoir comme un bleu par Emmanuel Macron. Tant de roublardise chez le candidat de la République en marche méritait sans doute une vive contre-offensive, sauf  qu’elle a été associée, par M. Hollande, à un éloge permanent de sa propre personne et à une révision curieuse et quelque peu fallacieuse de son bilan.

Du neuf avec du vieux.

Tout le monde, sauf M. Hollande, sait en effet, que ce bilan a été négatif. Il l’a été d’abord parce qu’il a menti sur son programme. Il n’a pu l’appliquer qu’avec son premier Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, qui a mis la classe moyenne à genoux en la taxant excessivement. Inspiré ensuite par le rapport de Louis Gallois, M. Hollande a changé de cap. Aujourd’hui, il se présente comme un socialiste ou un social-démocrate, ce qui veut dire tout et son contraire. En réalité, il n’a cessé de piloter à vue, dans une grande confusion et, en somme, à la fin de son mandat, la France allait moins bien qu’au début. On l’oublierait aisément s’il ne cessait de jouer la mouche du coche et de vouloir apparaître, par d’incessantes interventions médiatiques, comme le grand sage dont nous nous sommes collectivement privés et qui pourrait apparaître comme un espoir pour demain. Bref, M. Hollande n’est pas à l’abri du narcissisme et tout ce qu’il nous propose, c’est de faire du neuf avec du vieux.

Dimanche, et à deux reprises, dans le « Parisien » et sur France 2, il a curieusement inversé les termes de la situation nationale en laissant entendre que l’action du président actuel revenait à accélérer, et non à nous protéger contre, l’arrivée de Marine Le Pen au pouvoir. « Un jour, l’extrême droite arrivera au pouvoir en France », a-t-il sentencieusement déclaré au « Parisien », un peu comme si nous ne le savions pas ou qu’il fallait s’nquiéter davantage.  « Le résultat (de l’action de Macron) n’est bon ni pour la vitalité économique ni pour la cohésion sociale ». En comparaison avec le bilan de François Hollande, celui de Macron est tout de même meilleur. Et on se demande pourquoi M. Hollande n’a pas prévu que, cette fois, il allait déclencher dans les médias une critique unanime.  Ce n’est pas que ce qu’il dit soit foncièrement faux. Mais il ne trompe personne. Il ne critique Macron que pour se mettre lui-même en valeur, en comptant sans doute sur une défaillance de mémoire du peuple, celui-là même qui lui a si bien fait sentir sa déception qu’il n’a pas osé se lancer dans une nouvelle campagne.

Pas rassasié.

De sorte qu’il nous a semblé plus réaliste quand il s’est retiré que lorsqu’il a fait une rentrée épistolaire prématurée, qui n’était que l’habillage de sa tentation à revenir en politique, et même à revenir, déjà, en 2022. Ses propos montrent qu’il se considère en outre comme un recours pour la gauche, celle qu’il a massacrée en la précipitant dans le labyrinthe de ses initiatives contradictoires, qui ont commencé par une surtaxe de 50 % pour ceux payant l’ISF en 2012, méthode confiscatoire qui a été subie sans le moindre scandale public, puis en taxant la classe moyenne, pour revenir ensuite au secours des entreprises qui n’en pouvaient mais. Une longue méditation solitaire eût été préférable, après ça, à son agitation médiatique dépourvue de tout scrupule, sous le prétexte que d’avoir été celui que l’on raille l’autorisait à contribuer à sa manière au délitement du pays.

Lui, l’unificateur de la gauche ? Lui, dont on ignore complètement le programme dès lors qu’il les a tous essayés successivement ou en même temps ? Lui, qui fait de la politique depuis près d’un demi-siècle et n’est toujours pas rassasié ? Lui qui a reconnu son échec, en a tiré la leçon, et se présente à nous aujourd’hui comme s’il  n’avait pas ce passé délétère ? Certes, il a de bonnes raisons d’en vouloir personnellement à Emmanuel Macron. Mais on ne bâtit pas une seconde carrière sur les fondations qu’offrent la rancune et la colère. François Hollande a décidé d’introduire dans la crise du pays sa personne et son jugement et d’exposer son expérience comme une valeur sûre. Il montre au contraire que, aveuglé par son estime de soi, il ne peut nous proposer que sa propre confusion politique et idéologique. Il croit que cent mille lecteurs représentent des millions d’électeurs. Le pire, c’est que, en agissant de la sorte, il n’apporte aucun baume aux maux dont nous souffrons. Il les aggrave, avec un cynisme de circonstance, (on m’a fait du mal, j’en fais à mon tour) tout à fait dommageable à l’unité du pays.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Hollande : le coup de Jarnac

  1. PICOT François dit :

    Comme toujours, oui, il est illusoire d’attendre des solutions de la part de ceux qui ont créé les problèmes. Ce monsieur est complètement inconscient et semble vivre sur Mars.

  2. Sphynge dit :

    On voit mal comment la prophétie sur l’extrême droite pourrait se réaliser, ou alors symétriquement à ce qu’il a soutenu avec l’installation de ministres communistes au gouvernement en 1981. Encore, ne s’agirait-il pas d’extrême droite stricto sensu mais de droite proprement dite. Les ministres communistes n’étaient pas qualifiés d’extrême gauche… Et pourtant, l’Histoire…

  3. PerrinMarcelle dit :

    dans ce texte un ex-président en l’occurrence le sieur Hollande fait preuve d’un culot incroyable. Si l’on en croit Mme Gayet. Les comportements odieux ne lui font pas peur
    Il devrait prendre exemple sur M. Sarkozy qui, très amicalement, d’égal à égal, a discuté avec le président Macron.
    un peu de décence, M. Hollande.

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