Deux programmes en un

Tâche ardue pour Philippe
(Photo AFP)

Les décisions annoncées par le Premier ministre, au terme d’une concertation avec ses ministres et les représentants de la majorité, semblent indiquer que, si le gouvernement est prêt à répondre de façon positive, mais coûteuse, à un certain nombre de revendications des gilets jaunes, il n’entend pas ralentir le rythme des réformes.

AUX dix milliards jetés en décembre dans la fosse aux lions s’ajoute une nouvelle dépense publique évaluée à 7 milliards, soit un total de 17 milliards pour le budget de 2019 dont le déficit devait atteindre 3,1 % du produit intérieur brut et posera des problèmes pour le rang de la France dans les pays disciplinés. En effet, le président de la République s’est engagé à ce qu’aucune pension ne soit inférieure, à terme,  à 1 000 euros, à ré-indexer sur l’inflation les pensions dont le montant ne dépasse pas les 2 000 euros (coût 1,4 milliard), à baisser l’impôt sur le revenu pour les tranches du barème de 0 à 30 % (cinq milliards), à embaucher des professeurs dans le cadre d’une réduction de la taille des classes (laquelle a déjà bénéficié à de nombreux élèves des quartiers dits sensibles), à créer des « maisons de services » dans tous les cantons, et à prolonger en 2020 la prime exceptionnelle exonérée d’impôt. Le financement de ces mesures serait assuré, affirme-t-on au gouvernement, par la suppression de niches fiscales pour les entreprises mais non pour les particuliers.

La question explosive des retraites.

Dans le même temps, le gouvernement ne renonce ni à la réforme des retraites, qui pourrait inclure une prolongation des carrières, ni à la réforme constitutionnelle, ni à la nouvelle loi bioéthique, ni à un nouvel acte de décentralisation. Programme surchargé pour une Assemblée nationale épuisée, mais qu’importe : l’information essentielle est que l’État fait des gestes appréciables en direction des foyers les plus modestes mais dont le financement n’est pas certain. L’autre information, c’est que M. Macron reste lui-même et son message est le suivant : ce n’est pas parce que le pays est en crise que je dois renoncer à mes engagements de campagne. Oui, mais cela signifie qu’il va se heurter à la fois à la commission de Bruxelles, que de telles dépenses ne peuvent qu’inquiéter, qu’il n’est pas assuré de convaincre ses opposants (ce serait même tout le contraire), qu’il va devoir trouver l’argent là où il n’est pas et, enfin, qu’il ne se croit pas assez impopulaire pour abandonner la réforme des retraites telle qu’il la conçoit, en remplaçant le système par répartition par un système de points et en prolongeant les carrières, c’est maintenant évident.

Tâche de Sisyphe.

Il ne le dit pas, mais le chef de l’État compte faire ultérieurement des économies substantielles sur les pensions (touchées par quinze millions de retraités) en augmentant subrepticement les cotisations des actifs.  Il a énoncé son principe : les Français doivent travailler plus longtemps dans l’année et pour un plus grand nombre d’années. La bonne question porte sur la réaction des syndicats, des gilets jaunes et des actifs en général à la réforme. Elle sera, on s’en doute, explosive. Sans le dire, le président a arbitré entre ceux qui, comme Jean-Paul Delevoye, Haut-Commissaire à la réforme des retraites, voulaient à tout prix maintenir la date du départ à la retraite à 62 ans, pour avoir la paix sociale et négocier avec les syndicats les termes d’un accord possible. C’est Agnès Buzyn, ministre de la Santé et des Solidarités, qui a lancé la contestation au sein du gouvernement. Elle a été aussitôt suivie par les ministres « payeurs », Bruno Le Maire et Gérald Darmanin et cette querelle d’éléphants n’est pas survenue par hasard. Il s’agit d’un plan mûrement réfléchi à l’Élysée, avec l’aide de Matignon.

La méthode est-elle dictée par le courage ou par la témérité ? Le président et le Premier ministre croient-ils avoir assez le vent en poupe pour ouvrir une nouvelle crise, alors que celle qui a été déclenchée par les gilets jaunes n’est pas encore terminée ? Certes, la charge de travail imposée au Premier ministre est assez lourde pour qu’il prenne son temps. Mais il estime qu’il aura fini ce programme avant la fin de l’année. Huit mois pour achever une tâche de Sisyphe, c’est un temps court. Dans un pays encore bouillant de colère, dont de nombreux éléments attendent une révolution, cela revient à ajouter un défi supplémentaire à un contexte qui en est plein à ras bord.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Deux programmes en un

  1. BASPEYRE dit :

    Certains vont pleurer le soir du 26 mai 2019.

  2. mathieu dit :

    On baisse les impôts, la CSG (pour certains), on augmente les petites retraites, on supprime la taxe d’habitation, et la taxe-diesel, on ré-ajuste le SMIC, on change pas l’âge de la retraite, on ne supprime pas de jour férié, on garde les 35 heures et 5 semaines de congé (+RTT) : elle est pas belle, la vie ? C’est cela, engager les efforts sans cesse reportés depuis 30 ans, renoncer à l’ancien monde qui payait ses cadeaux avec l’argent qu’il n’avait pas?
    « Il faut bien que tout change pour que rien ne change »!

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