Divergence des luttes

Mauvais temps pour la CGT
(Photo AFP)

Les gilets jaunes et les black blocs sont parvenus à ternir la fête syndicale du 1er mai. Les forces de l’ordre ont réussi pour la part à réduire sensiblement le nombre et la gravité des exactions.

ON EXPRIME ici et là une lapalissade, à savoir que les temps changent, mais pas pour le mieux. La fête du travail a été transformée en champ de bataille et le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez a dû, un moment, être exfiltré. Il a aussitôt accusé le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, et le préfet de police, Didier Lallement, d’avoir imaginé un scénario funeste destiné à priver les syndicats de la Journée du travail. Aurait-il préféré subir personnellement les attaques des éléments les plus enragés de la manifestation, ceux qui ont tenté d’envahir l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière et qui ont lancé un pavé à la tête d’un CRS et l’ont laissé là gisant dans son sang, essayant, à chaque manifestation de monter d’un cran dans l’odieux ? Gilets jaunes et black blocs ont prouvé, une fois de plus, qu’ils se tiennent à l’écart et bafouent non seulement le gouvernement, mais les syndicats et autres corps intermédiaires. En France, perturber à ce point les manifestations du 1er mai, c’est en quelque sorte porter atteinte au sacré. Ce qui est nouveau, c’est qu’avec l’extrême gauche, la gauche n’a plus son mot à dire, elle est censurée, bousculée et presque terrorisée.

La polémique est de plus en plus dérisoire.

Il faut souligner ici le travail exceptionnel accompli par les forces de l’ordre qui ont appris (enfin) à juguler ces guérilleros urbains que sont ces étranges manifestants dont l’unique objectif est de détruire la société. C’est pourquoi la polémique, inévitable dans ce genre de contexte, semble plus dérisoire que jamais. Bien entendu, le gouvernement est pris en tenaille entre la nécessité de protéger les centres urbains, biens et personnes confondus, mais aussi le droit de manifester. Quand les violences apparaissent au cœur de la manifestation, celle-ci devient le problème à résoudre. On ne peut combattre la violence que par la violence. Les interminables discussions, hier  sur les chaînes d’information, n’avaient aucun sens. Pour une fois, les pouvoirs publics ont pris les devants, sont intervenus avant que les premières exactions ne fussent commises, ont découpé comme un saucisson les groupes qui se formaient avec l’intention de détruire et de frapper, mais qui se sont soudainement vus isolés, acculés, réduits à la portion congrue, donc inefficaces et vulnérables. On devrait s’en féliciter plutôt que de rejoindre l’analyse de M. Martinez, désigné par les casseurs comme un ennemi de leur cause, mais qui s’en prend au rétablissement de l’ordre, à ceux qui l’ont conçu et au gouvernement auquel la majorité silencieuse n’aurait pas manqué de reprocher une faille, aux conséquences terribles, du système de sécurité.

Battre les casseurs.

Depuis le mois de novembre, il n’y a pas un seul Français qui ne se demande combien de temps va durer cette crise sociale bien de chez nous, servie par une obstination qui va jusqu’à la folie et qui ne changera rien au paysage politique. Les plus angoissés d’entre nous ont eu hier l’occasion de comprendre qu’on ne va pas vers une solution politique sans que les acteurs du désordre ne soient battus à leur propre jeu et sans qu’ils n’essuient d’abord quelques défaites. L’apaisement de la crise sociale est contenu dans les toutes récentes décisions du président de la République, qui vient de mettre dans la poche des Français les moins nantis quelque 17 milliards de pouvoir d’achat. La plus grande ambition de la CGT ne saurait être celle des black blocs, qui veulent détruire l’État. Les organisations syndicales ont beau exprimer leur mécontentement à l’égard des actions du pouvoir, elles viennent d’apprendre que non, il n’y a pas d’alternative à un gouvernement élu qui dispose d’une majorité à l’Assemblée nationale. En tout cas, les gilets jaunes leur ont fait savoir, et de quelle manière, qu’ils ne sont pas les copains des syndicalistes, pas plus qu’ils ne sont les amis du pouvoir, qu’ils appartiennent à autre camp dont tout le monde ignore où il se situe vraiment et quels sont ses contours. Ceux, de l’extrême gauche à l’extrême droite, qui espéraient récupérer ce mouvement à leur avantage, en sont pour leurs frais. Il est même curieux que Jean-Luc Mélenchon, chef de la France insoumise, ait salué l’action anti-syndicale des black blocs comme une forme de convergence des luttes. Sa langue aura fourché. Il voulait sans doute parler de divergence.

RICHARD LISCIA

 

 

 

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