L’appel de Christchurch

Zuckerberg à l’Élysée
(Photo AFP)

Emmanuel Macron réunit aujourd’hui des chefs d’État et de gouvernement ainsi que les dirigeants de grandes sociétés Internet pour lancer, avec le concours de la Première ministre néo-zélandaise, Jacinda Adern, ce qu’il est convenu d’appeler l’appel de Christchurch, c’est-à-dire la mise en œuvre de moyens propres à empêcher la mise en ligne de textes ou d’images incitant à la haine.

LE 15 MARS dernier, un commando terroriste se livrait, dans la ville néo-zélandaise de Christchurch, à une attaque sans précédent contre des musulmans réunis dans leurs mosquées, faisant 51 morts et des centaines de blessés. À ce crime insondable s’est ajoutée la mise en ligne d’une video dans laquelle les explosions, les tirs, la mort violente de dizaines de personnes, les cris de douleur de centaines de blessés étaient filmés. Mme Adern a raconté que Facebook a tenté de supprimer la video  mais que, chaque fois, on la retrouvait sur Internet. Sur YouTube, a-t-elle dit, elle a été postée 1,5 millions de fois. L’épouvantable attentat en Nouvelle-Zélande a donc provoqué une prise de conscience, à la fois des gouvernements et des sociétés Internet, qui se sont trouvés pris de vitesse non seulement par la violence minutieusement préparée du crime mais pas la cynique propagande qui l’accompagnait.

Zuckerberg dans le collimateur.

Le président de la République a déjà reçu Mark Zuckerberg, mais l’initiative qu’il a prise de concert avec Mme Adern s’inscrit dans un contexte favorable créé par le deuxième sommet « Tech for Good », réunion internationale lancée pour la première fois l’an dernier. Le prochain G7, en août à Biarritz, consacrera une partie de ses travaux au rôle du numérique dans la vie économique, éducative et politique. En fait, les États-Unis et l’Europe sont concernés par deux grands problèmes à ce jour non résolus : d’une part le dévoiement d’Internet par des causes criminelles et la situation fiscale privilégiée des sociétés numériques internationales qui paient des impôts dérisoires là où elles travaillent, notamment en Europe. M. Zuckerberg, président de Facebook, est celui qui s’est montré, sur les deux points, le plus ouvert à des réformes qui deviennent indispensables. Mais il est évident que les GAFAM (comme on appelle collectivement ces sociétés internationales, Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) ne consentiront à payer plus d’impôts sur le revenu que si elles y sont contraintes. Sans doute préfèreraient-elles d’abord une uniformisation européenne des règles fiscales appliquées aux groupes multinationaux.

La Toile, arme de guerre.

Nous n’en sommes qu’à la prise de conscience. Facebook publie dans les journaux des pages entières de publicité pour convaincre les opinions européennes que, sonnée par l’intrusion russe dans la campagne électorale de 2016 aux États-Unis, elle veille très sérieusement sur le déroulement de la campagne européenne. Il est vrai qu’on demande beaucoup aux GAFAM, qui ont bénéficié jusqu’à présent d’un statut favorable et desquelles non seulement on exige qu’elles paient plus mais qu’elles se livrent aussi à une bataille dure et coûteuse contre tous ceux qui font de la Toile une arme de guerre. Il en va néanmoins de leur réputation : l’enjeu moral et financier est trop grave pour qu’elles continuent à travailler comme par le passé, certes en donnant à leurs utilisateurs une liberté absolue, dont certains ont fait le pire des usages, mais en faisant de leurs comptes leur propriété, ce dont Laurent Sully, représentant de Facebook en Europe, s’est défendu ce matin avec acharnement.

RICHARD LISCIA

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One Response to L’appel de Christchurch

  1. JMB dit :

    Dans cet attentat mortifère de Christchurch, la Première ministre néo-zélandaise, Jacinda Adern, a eu une attitude admirable, irréprochable.

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