Alliés d’hier. Et d’aujourd’hui ?

Rémi Dreyfus, vétéran de 1944
(Photo AFP)

Si le président a voulu donner un éclat particulier au soixante-quinzième anniversaire du Débarquement, c’est sans nul doute pour placer les États-Unis et le Royaume-Uni devant leurs contradictions.

DONALD TRUMP a été reçu à Londres avec tous les fastes du royaume, ce qui ne l’a pas empêché d’insulter le maire de la capitale britannique et de proposer Boris Johnson, Brexiter en chef, comme Premier ministre, comme si les Anglais ne savaient pas élire leurs dirigeants. On est parfaitement en droit de se demander ce qu’il est venu faire en Angleterre, lui qui, s’il avait nourri un peu de respect pour Roosevelt et pour Churchill, ne traiterait pas l’Union européenne comme une « ennemie pire que la Chine ». Pour M. Macron, montrer une fois de plus ce qu’il y a d’illogique entre la politique que Trump applique par rapport à cette cérémonie du souvenir doit être un moment délicieux. De même, la comparaison entre les Anglais d’hier, qui se sont jetés dans la fournaise et ont sacrifié leur vie pour vaincre l’hitlérisme et ceux d’aujourd’hui qui ont pris leurs jambes à leur cou pour échapper à cette épouvantable intégration européenne, celle-là même dont Churchill disait avec force qu’elle était la solution aux conflits entre Européens, est plutôt embarrassante pour le peuple britannique.

Une vertu pédagogique.

J’espère que la commémoration du 6 juin 1944 aura une vertu pédagogique pour tous nos concitoyens européens qui ne sont pas allés voter le 26 mai. On ne célèbre pas seulement le sacrifice inouï des jeunesses américaine, anglaise, française, australienne, canadienne et néo-zélandaise, mais le triomphe de la démocratie sur l’hitlérisme. C’est pour protéger leur liberté menacée que les Anglais se sont battus avec une détermination incroyable contre les nazis ; c’est pour maintenir la démocratie en Europe que les Américains et le Commonwealth ont volé à leur secours ; c’est pour rendre son honneur à leur pays que les résistants français se sont dressés contre le pétainisme. Jamais, depuis 1945, la guerre des hommes libres contre l’Allemagne et le Japon n’a eu une signification aussi actuelle.

Les échecs nourrissent l’arbitraire.

Non que des nazis en herbe seraient sur le point de conquérir le pouvoir. Mais le retour au nationalisme, de la xénophobie et du racisme, de l’intolérance, nourrissent les carrières de quelque vulgaires ambitieux qui ont vu dans les peurs populaires le terreau d’un changement de régime, d’une lassitude à l’égard de la démocratie qui est le « pire des régimes, à l’exception de tous les autres ». Or ces « innovateurs » ne se contenteraient pas d’exercer le pouvoir ; ils commettraient, par inexpérience et par inadéquation de leurs idées à la réalité, des erreurs qui, rapidement, conduiraient à un immense malaise social, exactement comme au Venezuela, où Nicolas Maduro ajoute chaque jour plus d’arbitraire à ses échecs.

Nous, les apôtres de Churchill.

Le peuple britannique, qui a tant souffert de la Seconde Guerre mondiale, n’est pas davantage le bienvenu à ces commémorations. Il a oublié le message churchillien. Il a oublié la leçon de la Seconde Guerre mondiale : la construction européenne comme remède aux tentations de la guerre. Mais enfin, ce n’est pas le même monde ! nous crient-ils ; et de se prévaloir d’une intuition au sujet de l’avenir, lequel serait plus radieux en dehors de l’Europe, et surtout, au sujet de la liberté, alors que l’intégration européenne ne peut exister que si elle est librement consentie. Il est vrai que les Anglais ont été manipulés par Farage et Johnson, il est vrai qu’ils sont plus perplexes aujourd’hui qu’hier au sujet du Brexit, il est vrai que la moitié de ce peuple est européiste. Mais quoi, les apôtres de Churchill,  ce n’est plus eux, c’est nous ! Nous  qui exprimons notre reconnaissance à l’égard de la génération qui s’est sacrifiée et nous qui avons essayé de donner un sens au message qu’ils nous ont transmis. Ils ne sont pas morts pour Le Brexit, ou pour Salvini ou pour Orban. Ils sont morts pour qu’il n’y ait plus de guerre, pour que les Européens soient définitivement libres, dans leur village et dans le continent.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Alliés d’hier. Et d’aujourd’hui ?

  1. Picot dit :

    Pas sûr que l’Europe dont parlait Churchill est celle qui est là actuellement. Et ce sont surtout les Soviétiques (25 millions de morts) et non pas les Américains (300 000 morts) qui ont vaincu les nazis.
    Réponse
    Sans les Soviétiques, la guerre n’aurait aps été gagnée. Ce n’était pas le sujet que j’ai traité.
    R.L.

  2. Sphynge dit :

    Le nationalisme n’a jamais provoqué de guerre, c’est le chauvinisme qui en a toujours été responsable, encore attisé par les totalitarismes national socialiste et soviétique. Puis, la paix, autorisée par les souvenirs de la dernière guerre, la guerre froide et la force nucléaire française, a permis la constitution de l’UE (et non l’inverse). Qui n’est pas l’Europe unie. L’UE n’a pas eu pour but de réguler l’ultra-libéralisme mondialisée et ses conséquences (déficience démocratique majeure, augmentation des inégalités, appauvrissement quasi généralisé en valeur absolue, immigration massive, menace identitaire etc.), Au contraire. C’est ce qui la perd aujourd’hui quand les victimes se rebellent contre les bénéficiaires de cette situation. Dans ce sens, les grossiers petits mensonges des politiciens partisans du Brexit, ne sont rien à côté des immenses mensonges sophistiqués de l’UE qui n’a pas tenu les promesses mensongères faites à la majorité des européens. Cette situation paraît quand même radicalement différente de celle de l’entre-deux guerres ?

    Réponse
    Répéter plusieurs fois le mot mensonge n’apporte aucune démonstration.
    R.L.

    • Sphynge dit :

      Vous avez bien raison mais il aurait été trop long de détailler. Je pense que chacun peut voir de quoi il s’agit. Vous avez vous-même, ici dénoncé ceux des brexitteurs. Ceux des ultra-libéraux mondialistes européistes sont toutes les promesses faites aux peuples d’Europe et non tenues. Il est vraisemblable que là se trouve la cause principale de l’état de l’UE : si elle donnait satisfaction à la majorité mais… la question ne se poserait même pas, ne croyez-vous pas ?

      Réponse
      Entre le retour du fascisme et l’Europe démocratique, je choisis l’Europe.
      R. L.

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