Mélenchon indéboulonnable

Mélenchon en action
(Photo AFP)

Jean-Luc Mélenchon, chef de la France insoumise, a réuni ses amis dimanche à Vincennes pour leur faire savoir qu’il ne quitterait pas ses fonctions. Si l’information ne surprend personne, les arguments qu’il a invoqués pour rester à la tête de son parti expriment surtout sa volonté de renforcer sa main-mise sur l’appareil.

O TEMPORES, o mora ! Les Républicains font un score de 8,48 % aux élections européennes et Laurent Wauquiez démissionne au bout d’une semaine. LFI recueille 6,31 % des suffrages et, après un mois de réflexion, Jean-Luc Mélenchon reste. Les critiques émises par un certain nombre de militants, dont Clémentine Autain, sont mises sous le boisseau. Ancienne candidate aux élections européennes, Jeanne Lebretton a claqué la porte de LFI en dénonçant la violence des propos de son patron.  Qu’est-ce que M. Mélenchon a fait de travers ? Rien. Il milite pour des changements profonds, il souhaite l’avènement de la VIe République, et, comme il continue à défendre le mouvement des gilets jaunes, pourtant proche de l’asphyxie, il n’a en vérité qu’une chose à dire : poursuivre sa guerre acharnée contre Emmanuel Macron, cause de tous les malheurs du pays et, surtout, recette indémodable de toutes les oppositions pour tenter de survivre dans un climat qui ne leur est pas favorable.  Sa prétention à ignorer la défaite retentissante qu’il vient d’encaisser est conforme au comportement du dictateur : je perds les élections, donc je réprime mes opposants internes. En même temps, on n’attendait pas de lui qu’il se confonde en excuses ou fasse son mea culpa.

Zapper Mélenchon.

L’extrême gauche traverse le désert en compagnie de la gauche et de la droite républicaine. Sur je ne sais quelle chaîne de télévision, il y avait un jeune homme de LFI qui a repris l’argument-massue du parti : Macron gouverne avec 20 % des voix. Il partage cette formidable analyse avec le Rassemblement national. La réponse est simple : d’abord, c’est 22 %, pas 20 %. Ensuite, il vaut mieux avoir 22 % que 6 % pour gouverner. Rappelons-le : le scrutin européen est intégralement à la proportionnelle. M. Mélenchon n’a aucun moyen, à l’heure qu’il est, de former une coalition de gauche dont il serait le chef et qui bénéficierait de la majorité. Non seulement il ne peut pas le faire, mais il ne veut pas. On veut bien qu’il se victimise et revienne une fois de plus sur l’épisode de la perquisition dans les locaux de LFI à laquelle, avec un sens relatif du ridicule, il a fait rempart de son corps, drapé dans le drapeau tricolore, en criant : « Je suis la France, je suis la République ! ». On ne comprend pas qu’il veuille encore en tirer profit aujourd’hui alors qu’il sait très bien que, si son score est passé de près de 20 % à la présidentielle à 6,31 % aux européennes, c’est probablement parce que ses concitoyens ont compris que cette autorité qu’il revendique, c’est surtout un caractère atrabilaire qui se répand dans un flot de paroles effrayantes, surtout destinées à épouvanter l’interlocuteur. Mélenchon joue à nous faire peur. Mais nous ne sommes pas obligés de le regarder : on peut le zapper, comme un mauvais programme de la télévision.

La politique par les livres.

Dans cette affaire, la consternation de la gauche et de la droite au soir des européennes, c’est encore LR qui se montre le plus discret et prend tout son temps pour procéder à une réforme interne du parti qui est éminemment souhaitable. La gauche, d’Olivier Faure à Benoît Hamon, demeure prostrée. De sorte que les uns et les autres en sont à imaginer des solutions qui correspondent surtout à des repas réchauffés. Nicolas Sarkozy publie un livre titré « Passions », dans lequel il parle bien plus de sa propre personne que de l’avenir du pays qu’il aime tant. Mais y a-t-il encore des gens pour croire sérieusement en lui, malgré ses démêlés avec la justice et une défaite en 2012 qui devrait le maintenir à l’écart du pouvoir ?  François Hollande, pour sa part, compte sur ses livres pour récupérer l’électorat envolé du PS. Dans cet espoir indestructible de nos anciens présidents de retrouver un rôle suprême, il y a quand même un optimisme et surtout une naïveté confondants. Si Mélenchon veut rester dans la course, il ne lui reste plus qu’à publier un ouvrage à son tour. Bonne occasion de faire valoir cette immense culture dont il se sert pour ridiculiser les journalistes qui l’interrogent.

RICHARD LISCIA

 

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2 Responses to Mélenchon indéboulonnable

  1. Michel de Guibert dit :

    Il est indéniable, quoi que l’on pense du personnage que Jean-Luc Mélenchon a une vaste culture, chose qu’il partage ou a partagée avec François Mitterrand ou Jean-Marie Le Pen… mais si cela ridiculise certains journalistes, cela s’explique peut-être par les lacunes de certains d’entre eux.

    Réponse
    En tout cas, les journalistes n’insultent pas les gens au cours de leurs entretiens. La culture de Mélenchon est oblitérée par son très mauvais caractère.
    R.L.

    • Michel de Guibert dit :

      Complètement d’accord avec votre réponse à mon commentaire ; l’insulte ne grandit jamais celui qui les profèrent, à plus forte raison quand elle vient d’un personnage cultivé…

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