Quelques raisons de s’indigner

Carole Rackete
(Photo AFP)

On a assisté ces derniers jours à une série d’événements variés qui, tous, nous renvoient à notre conscience tant ils sont intolérables. Sur les migrations, le contrôle des manifestations, l’exercice sans nuances de l’autorité, les pouvoirs publics, d’ici et d’ailleurs, commettent des actes inadmissibles.

NOUS  commencerons par la violation des eaux territoriales italiennes par le Sea Watch, navire d’une ONG à vocation humanitaire, commandé par une jeune femme, Carola Rackete, qui a refusé de rendre 40 migrants aux garde-côtes libyens, a demandé à accoster à Lampedusa pendant deux semaines et, n’y tenant plus, a forcé son passage jusqu’à bon port, non sans heurter dans la manœuvre un bateau qui tentait de l’empêcher de passer. La jeune femme s’en est excusée, elle a rappelé que le sort des migrants en Libye était inhumain et que sa conduite était uniquement dictée par son souci de sauver des vies. Elle s’est heurtée de front à Matteo Salvini, vice-président du Conseil  et ministre de l’Intérieur. Le Sea Watch est le dernier bateau humanitaire à fonctionner en Méditerranée occidentale. Mme Rackete, qui a été arrêtée par la police italienne encourt une peine de dix ans de prison.

Noyade dans le Rio Grande.

Le gouvernement italien ne tient pas compte de la législation internationale qui l’oblige à recueillir toute personne en détresse près de ses côtes. Certes, ce n’est pas la première fois qu’il pend des décisions unilatérales contre les migrants, bien que le flux migratoire se soit beaucoup tari depuis l’an dernier. Il n’est d’ailleurs pas le seul à renvoyer les clandestins vers la Libye. M. Salvini voit, dans la capitaine du Sea Watch une personne animée par ses convictions et peu sensible aux lois italiennes. Il a dit qu’il la considérait comme une emm… Bien entendu, elle ne fait pas le poids face aux carabiniers et, bien entendu, elle ne risquait pas de se soumettre à la volonté du ministre italien. Il demeure que sauver des migrants n’est pas un crime, comme l’a dit hier soir l’ancien porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux. Et on veut espérer que les autorités allemandes pèseront de tout leur poids sur Rome pour que Mme Rackete soit promptement libérée.

Cet épisode est à rapprocher de la noyade, dans les eaux du Rio Grande, d’un père salvadorien et de sa fille. Au terme d’un long voyage, ils ont demandé l’asile aux États-Unis, ce qui déclenche une procédure de plusieurs mois. Ils ont donc tenté de franchir le fleuve qui sépare les territoires mexicain et américain et sont morts noyés. Donald Trump, qui se flatte de poursuivre la construction, à la frontière avec le Mexique, d’un mur « infranchissable », n’a pas commenté la tragédie, trop occupé qu’il était à fanfaronner avec Kim Jong-un dans la zone démilitarisée des deux Corées. Il demeure que le sort des migrants latino-américains devient de plus en plus précaire, que les enfants sont aussi maltraités que les adultes, que l’efficacité des mesures prises par l’administration des États-Unis brise des familles et fait des victimes. Dans les deux cas, italien et américain, la politique migratoire est inacceptable : le problème n’est plus l’immigration, mais les contre-mesures destinées à la limiter.

Manifestants gazés.

Last but not least, des policiers ont lancé des gaz lacrymogènes sur des manifestants qui protestaient contre l’insuffisance de nos dispositions environnementales. Ces personnes étaient assises, pacifiques et ne menaçaient personne. Elles ne hurlaient pas, ne jetaient pas des pavés, n’insultaient pas les forces de l’ordre. Lesquelles n’ont pas hésité -et de multiples videos en témoignent- à les arroser de gaz lacrymogènes, un peu comme on se défend contre les moustiques. Le geste de la police est assez scandaleux pour que le ministre de l’Intérieur demande une enquête au Préfet de police. On imagine pourtant que les forces de sécurité n’auraient pas agi de cette manière si elles n’en avaient pas reçu l’ordre. Le nouveau Préfet de police est, dit-on, un homme à poigne, mais il nous semble qu’il a fait une confusion entre les black blocs et de simples défenseurs de l’environnement qui, en somme, auraient pu rester assis sur le bitume sans déranger personne et sans avoir à subir un traitement qu’ils n’ont pas provoqué.

RICHARD LISCIA

 

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4 Responses to Quelques raisons de s’indigner

  1. BASPEYRE dit :

    il vaut mieux gazer des manifestants que de s’occuper des djihadistes…car ces derniers ont des kalachnikovs,et bientôt des enfants kamikazes qui vont ensanglanter la France
    la lâcheté est 1a grande caractéristique de la nation française.
    Cf le pétainisme pendant l’occupation

  2. Lefrançois dit :

    Bonsoir,

    D’accord avec vous sur tous les sujets que vous avez abordés ici; en particulier, moi qui défends systématiquement les forces de l’Ordre, je trouve particulièrement inadmissible et lâche de s’attaquer
    à des manifestants pacifiques, non agressifs vis-à-vis des policiers, et de surcroît, dénonçant une juste cause…Encore une raison de voter systématiquement écolo aux prochaines échéances électorales, l’urgence et la priorité écologiques étant bien présentes,
    Meilleures salutations,
    Dr Jérôme Lefrançois

  3. deregnaucourt dit :

    Il est bien rare de ne pas être d’accord avec la pertinence et la justesse de vos propos et la constante bienveillante lucidité dont il sont chaque jour empreints. Mais permettez moi de ne pas gober ce monstrueux non sequitur sur les manifestants gazés: première prémisse, ils défendent une bonne cause, seconde prémisse; ils sont pacifiques, conclusion; ils ont droit d’enfreindre la loi
    (regroupement non autorisé) et de bafouer l’autorité policière (multiples avertissements à leur encontre avant d’en venir à cette regrettable et néanmoins légale disgrâce).

    Réponse
    Pas du tout d’accord : le droit de manifester est constitutionnel.
    R.L.

  4. deregnaucourt dit :

    Certes, le droit de manifester est constitutionnellement garanti, mais il n’est pas général et absolu, puisque le maintien de l’ordre public justifie sa limitation, l’Etat ayant seul « le monopole de l’exercice de la violence légitime » (Max Weber) et garantissant l’application de l’article 4 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

    Cordialement
    Réponse
    Si l’on s’en tient à votre point de vue, les manifestations disparaîtraient.
    R.L.

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