Bac : clash pervers

Blanquer s’est fâché
(Photo AFP)

En retenant ses copies pendant quelques jours de trop, une minorité infime d’examinateurs a réussi à provoquer le chaos chez les enseignants, les parents d’élèves, les élèves eux-mêmes et le ministère de l’Éducation nationale.

À QUI la faute ? Les syndicats d’enseignants affirment que, si le ministre, Jean-Michel Blanquer, reçoit tout le monde, il n’écoute personne. C’est sûrement vrai. Pas moins vrai que M. Blanquer mène une réforme profonde de l’éducation, jugée nécessaire et utile par une majorité de parents. Si son parcours était jalonné d’allers-retours, il n’aboutirait jamais. À quoi s’ajoutent diverses circonstances qui ont aggravé la crise. M. Blanquer ayant promis dur comme fer que les résultats seraient annoncés, quoi qu’il en coûte, à la date prévue, il lui a fallu préciser que, pour les candidats dont les copies n’auraient pas été remises en temps et en heure, ce seraient les notes du contrôle continu pendant l’année qui seraient prises en compte et, mieux, qu’après la remise complète des notes, la meilleure des deux serait retenue.

Inégalité !

C’est là qu’est intervenue la parfaite mauvaise foi des examinateurs rebelles. Ils ont crié à la mesure inégalitaire, ce dont nombre de candidats se sont emparés. Pis, les jurys ont refusé de jouer le jeu inventé par M. Blanquer. Pourtant, le ministre s’est contenté de faire face à une nouvelle difficulté afin de rassurer les parents dont une majorité pense qu’il est un excellent ministre de l’Éducation. M. Blanquer n’est pas un homme insensible. Il s’est révolté contre la procrastination d’une poignée d’examinateurs. Il a, non sans excès, dénoncé « la prise en otage des élèves ». Les enseignants peuvent bien tout faire et tout dire, traiter le ministre sans le moindre égard, manifester, brandir des pancartes couvertes d’insultes, M. Blanquer devrait rester de marbre. J’entends que l’expression prise d’otages est galvaudée et hors de propos, surtout lorsqu’on se rappelle à quoi, dans les faits, elle correspond. Mais bon, le patron de l’Éducation n’est pas la perfection incarnée, et alors ?

Éternels commentaires.

Comme il est normal, dans notre cher pays, de  prolonger une crise et, surtout, de la commenter ad vitam æternam, les meilleurs observateurs disent alternativement que M. Blanquer n’avait pas le choix et que l’affaire laissera des traces. J’en conviens. Il y a de l’amertume chez les élèves et chez les enseignants et l’aura de M. Blanquer s’en trouve entachée. Mais on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. M. Blanquer doit réformer le baccalauréat comme le reste du système éducatif. S’il semble fléchir, c’en serait fini des changements qu’il propose ou impose ; et il en est de l’éducation comme de tout le reste : tant de résistances se font jour dès qu’un homme ou une femme pourvus d’un peu d’autorité annoncent des changements systémiques que le seul moyen de réussir est de franchir les obstacles comme dans une course de haies. La question, en effet, n’est pas de savoir si M. Blanquer est populaire ou non. La question porte sur ce qui est bon pour le pays : on ne peut pas croire qu’une mini-jacquerie chez les enseignants soit la solution. On peut croire en revanche que lorsqu’il en aura fini, M. Blanquer passera à la postérité comme un homme qui a su offrir à la jeunesse française une formation idoine.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Bac : clash pervers

  1. evrard dit :

    Waouh ! Bravo M. Liscia !

  2. Olivier ARNOULD dit :

    La question de fond est ailleurs; c’est cette forme de rhétorique qui veut, qu’en France, celui qui conteste détient la vérité. « Je conteste, donc j’ai raison » – « On ne m’écoute pas, c’est à dire qu’on ne fait pas ce que je demande, donc je suis en droit absolu de poursuivre mon action ».
    Je ne conteste pas que l’on puisse être en désaccord; le débat doit être constructif et contradictoire.
    Mais ce n’est pas parce que JE le dis que J’ai raison.
    Cette position comminatoire induit une absence de réponse.
    Je ne suis pas sûr que cela change…..

  3. Michel de Guibert dit :

    La réponse du ministre de l’Education Nationale est aussi lamentable que l’attitude des enseignants grévistes du bac.
    Les recours judiciaires contre des épreuves attribués de façon arbitraire et inégale risquent d’être nombreux et d’aboutir devant les tribunaux face au fait du prince non fondé en droit.
    La seule attitude raisonnable aurait été de réquisitionner les correcteurs comme on peut le faire en droit dans des situations exceptionnelles.
    Réponse
    Votre solution me semble refléter le point de vue de Sirius.
    R.L.

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