La majorité déchirée

Villani hier
(Photo AFP)

L’opération qui a constitué à désigner Benjamin Griveaux candidat de la République en marche (REM) à la mairie de Paris est un fiasco car elle ne s’est pas passée dans le calme : Cédric Villani n’a pas attendu la décision du Conseil national d’investiture (CNI) de la REM pour déclarer qu’il n’avait aucune chance de l’emporter et qu’il se réservait le droit de continuer à sa battre. S’il s’agit d’une candidature dissidente, c’en est fini de l’unité de la majorité.

M. VILLANI a contribué de la sorte à accroître le sentiment de l’opinion que les jeux étaient joués d’avance et que M. Griveaux était encore plus le candidat d’Emmanuel  Macron que celui de la CNI. Depuis que M. Griveaux a quitté le porte-parolat du gouvernement il y a quelques mois, nul n’ignorait ses intentions et nul n’ignorait qu’il avait la bénédiction du président. Ce qui n’a pas empêché Mounir Mahjoubi, lui-même ancien secrétaire d’état au Numérique, de quitter ses fonctions pour entrer dans la course municipale. Au total, on comptait une demi-douzaine de candidats dont un seul bénéficiait du soutien tacite du président. Les autres ont compté sur le fonctionnement démocratique de la CNI, à l’abri de l’influence de l’exécutif. Ils ont pris un risque, mais aujourd’hui, ils exigent que le parti du « nouveau monde » cesse de fonctionner comme l’ancien.

Le rejet de la primaire.

Évidemment une primaire à la REM mettrait tout le monde d’accord, d’autant plus que, privé de la protection présidentielle, le député n’est pas certain de faire le score qu’il espère. Sa démarche est renforcée par l’onction du chef de l’État. Cédric Villani croit ardemment que, si sa candidature est mise aux voix dans une enceinte plus large que celle du CNI, il l’emporterait et serait un candidat tout aussi crédible que M. Griveaux. Il a raison sur ce point, mais si sa hargne semble suffisante pour qu’il poursuive le combat, sa présence sur le champ de bataille risque de ruiner les deux candidatures, la sienne et celle de son adversaire. M. Griveaux a affirmé hier soir qu’il ferait tout pour rassembler ses troupes (et donc pour convaincre M. Villani de rentrer dans les rangs), on lui souhaite bonne chance.

Les élus ruent dans les brancards.

Bien entendu, la crise de la REM est pain bénit pour l’opposition qui dénonce vertement l’absence de démocratie au sein de la majorité. C’est une critique convenue, destinée, comme toutes les précédentes, à disqualifier le chef de l’État. Sur un plan purement stratégique, il n’a pas tort : face à la maire actuelle, Anne Hidalgo, qui n’est pas née de la dernière pluie, M. Griveaux apparaît comme un meilleur boxeur que M. Villani, perçu à tort comme un dilettante sous le prétexte qu’il porte une lavallière. Le problème est plus profond : il décrit dans la majorité plus que des états d’âme, des questions sans réponses. Elle veut, surtout celle qui vient de la gauche, incarner vraiment le dégagisme et le nouveau monde. Elle veut être respectée par le président et par le Premier ministre. Elle veut penser et voter librement.

L’affaire de Rugy.

L’affaire de Rugy en témoigne. Médiapart, site Internet, concentré depuis deux ans sur les attaques contre le pouvoir, a mis en ligne des photographies montrant l’ancien président de l’Assemblée nationale et sa femme à des dîners somptueux qu’ils auraient organisés à l’Hôtel de Lassay, l’un des joyaux immobiliers de la République pour des amis et non pour des élus. François de Rugy s’en défend, affirme qu’il a réduit de 13% les dépenses de l’Hôtel de Lassay, alors que son épouse reconnaît avoir invité des amis. Or la première loi qui a été adoptée par l’Assemblée nationale à majorité REM, c’est la moralisation de la vie politique.

Pour le moment, François de Rugy continue à « bénéficier de la confiance du chef de l’État ». Comme on fait son lit, on se couche, car M. de Rugy aurait dû démissionner. Comme il n’a pas encore été désavoué par l’exécutif, il s’accroche. Ce qui aggrave encore le schisme entre les jeunes élus de la REM, arrivés il y a deux ans à la politique, et les vieux briscards, ceux qui sont revenus de tout au point de ne plus éprouver d’émotions.

RICHARD LISCIA

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