La solidarité, c’est le budget

SDF à Paris
(Photo AFP)

On reproche souvent à la presse de ne publier que de mauvaises nouvelles, car ce seraient celles qui se « vendent » le mieux (ce qui n’explique pas le marasme de cette industrie). Voici un exemple de « bonne nouvelle », mais peut-être pas au point d’être prise au pied de la lettre.

LA DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques)  publie en effet une étude montrant que les prestations sociales ont permis (en 2016) de baisser de 8,2% le taux de pauvreté en France, qui s’établit néanmoins à 14 % de la population. En d’autres termes, ce taux aurait atteint 22,2 % si l’État ne manifestait pas sa solidarité pour les couches les plus pauvres de la population. Il n’empêche que le taux de pauvreté est relativement élevé puisqu’il est comparable à celui des pays les plus développés et qu’il est en outre difficile à définir. Sont qualifiées de « pauvres » les personnes dont le revenu annuel est inférieur à 60 % du revenu médian, soit 1026 euros par personne. Ces deux paramètres sont insatisfaisants. Ils démontrent à la fois que la pauvreté est répandue en France en dépit de tous les efforts des gouvernements successifs et que le mode de calcul du taux ne permet pas d’inclure ceux qui, pour diverses raisons, peuvent souffrir davantage que d’autres avec le même revenu. De sorte que le nombre de nos concitoyens qui se considèrent comme pauvres (18 %) est plus élevé que celui qui ont le statut officiel de pauvreté  (14 %).

Un projet de prestation unique.

Ces données ne permettent pas pour autant de critiquer l’État, ou plutôt le gouvernement, qui met sur la table des sommes importantes pour venir en aide à ceux signalés comme pauvres. La crise des gilets jaunes, par ailleurs, a déclenché un effort supplémentaire de l’État de 17 milliards, dont le gouvernement recherche désespérément le financement sans vraiment le trouver. Emmanuel Macron a lancé l’idée d’une prestation sociale unique pour lutter contre la pauvreté, elle n’a pas encore été adoptée. Et pour cause : bien qu’il soit très difficile de comparer les niveaux de vie d’un pays à l’autre, le taux de pauvreté en France n’est pas plus bas que chez nos voisins européens ni même qu’aux États-Unis. En 2017, la France a consacré 26,5 milliards d’euros à la pauvreté, soit 1,2 % de son produit intérieur brut (PIB). Avec l’effort supplémentaire de 17 milliards cette année, on peut donc estimer à 42 milliards en année pleine le montant des prestations sociales destinées à améliorer le niveau de vie des plus pauvres.

Mais tous ces chiffres ne sont que des approximations : il n’est pas certain que le seuil de la pauvreté se situe à 1026 euros par personne, c’est probablement davantage ; on ne peut pas comparer l’aide financière aux pauvres entre des pays qui ont des systèmes sociaux différents selon lesquels les habitants paient des services qui leur seraient offerts gratuitement ailleurs ; enfin le prix de la solidarité est totalement arbitraire : un, deux, trois pour cent du PIB ? S’il fallait une méthode pour décider du budget de la pauvreté, il faudrait en faire une priorité absolue, puis organiser le budget autour de cette dépense énorme.

RICHARD LISCIA

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