La justice rattrape la droite

Édouard Balladur
(Photo AFP)

Coup sur coup, la Cour de Justice de la République (CJR) a décidé de juger l’ancien Premier ministre Édouard Balladur et François Léotard, ancien ministre de la Défense, et confirmé le procès de Nicolas Sarkozy devant un tribunal correctionnel. Les deux affaires n’ont aucun rapport, mais ces toutes récentes décisions judiciaires, qui embarrassent la droite, risquent de peser sur le résultat des élections municipales.

M. SARKOZY a tout fait pour éviter son procès en correctionnelle, arguant principalement qu’ayant été déjà condamné à 363 000 euros d’amende pour les dépassements financiers de sa campagne de 2012, il ne pouvait être jugé une seconde fois pour les mêmes faits. Tandis qu’il réclamait des meetings de plus en plus vastes et de plus en plus coûteux, il restait indifférent aux alertes lancées par ses proches collaborateurs, notamment Jérôme Lavrilleux, député européen et directeur de sa campagne qui, sous le poids d’une culpabilité insupportable, est allé raconter toute l’affaire à la télévision. La ligne de défense de Nicolas Sarkozy est fondée sur l’idée selon laquelle il était alors président en exercice et n’avait guère le temps de s’intéresser aux dépenses, de plus en plus élevées de sa campagne, au total le double de ce que la loi autorise. Durant le procès à venir, il restera sans doute sur cette position.

Les onze morts français de Karachi.

La décision de le juger le contrarie à plus d’un titre, notamment parce que le niveau de sa cote de popularité l’autorise aujourd’hui à envisager de prendre la tête des Républicains, dans la perspective de l’élection présidentielle de 2022. Il a d’ailleurs le temps d’échapper à un jugement sévère et de faire une rentrée politique. L’affaire où sont impliqués Édouard Balladur et François Léotard est beaucoup plus grave parce qu’elle fait ressortir de possibles commissions versées à la campagne de M. Balladur en 1995. En 2002, un attentat à Karachi coûtait la vie à 16 personnes dont onze Français, tous des ingénieurs envoyés sur place pour assurer la livraison par la France de sous-marins au Pakistan. Pourquoi l’attentat visait-il les Français en particulier ? Parce que, disent des rapports d’enquête, les récipiendaires pakistanais de ristournes secrètes n’avaient pas touché l’argent promis par le gouvernement français. De fil en aiguille, les enquêteurs ont cru comprendre qu’une partie des sommes avait servi aussi à financer la campagne de M. Balladur.

L’attente des familles.

Les familles des victimes françaises attendent qu’on leur dise la vérité. Il aura fallu quelque 24 ans ans pour que le procès soit décidé et que soit dit clairement si, oui ou non, les onze morts de Karachi ont été sacrifiés par leur propre gouvernement. On le répète sans cesse :  le temps judiciaire est très lent. Ce qui ne l’empêche pas, dans la plupart des cas, d’aboutir à des condamnations. Le dossier de Karachi est énorme, à la fois par son poids et sa gravité. Il a des ramifications diplomatiques, commerciales, politiques. Il fait peser sur ses protagonistes le soupçon d’une terrible affaire de financement électoral, assortie de risques pris pour des concitoyens innocents qui faisaient confiance à leurs dirigeants. On ne va pas au Pakistan sans savoir qu’il existe des liens entre les services secrets gouvernementaux, capables de trahir leurs plus proches amis, et les organisations terroristes. On n’ignore pas non plus la corruption qui existe dans ce pays, si répandue qu’elle pourrait bien avoir corrompu le nôtre.

RICHARD LISCIA

 

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3 Responses to La justice rattrape la droite

  1. garnier dit :

    La justice est de gauche.
    Réponse
    Si elle est de gauche, elle ne va pas vite : 17 ans depuis l’attentat de Karachi!
    R.L.

    • lionel dit :

      Elle est tout de même plutôt versatile car dans l’affaire Fillon son zèle et sa célérité à le mettre en examen avant l’élection présidentielle de 2017 m’ont ébahi; puis; plus rien…et ô miracle nouveau coup d’accélérateur pour 2020 juste avant les municipales.

      Rponse
      Le complotisme n’est pas la rponse à tout.
      R.L.

  2. Doumé dit :

    Certes la justice rattrape la droite , on peut
    aussi prévoir que d’autres décisions tomberont
    par hasard juste avant les municipales, Fillon.
    On aimerait bien aussi que la justice rattrape la
    gauche et certains socialistes recyclés LREM ,
    Ferrand. Mais là c’est pas gagné !

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