La loi du silence

Danièle Obono en plein exercice
(Photo AFP)

Un étudiant de 22 ans s’étant immolé par le feu  à Lyon pour cause d’extrême précarité, les étudiants ont manifesté et interdit l’accès à de nombreux endroits où des débats étaient prévus, notamment avec François Hollande.

L’ÉTUDIANT,  avant d’accomplir son acte, avait en effet  souligné l’impéritie de nos présidents successifs, dont François Hollande.  Le jeune homme, qui est aujourd’hui dans un état grave, a tenté de dénoncer une politique sociale de l’État vouée aux économies. Ce que Danièle Obono, députée de la France insoumise, a exposé à l’Assemblée nationale dans une phrase lapidaire, adressée au secrétaire d’État à la Jeunesse, Gabriel Attal ; « Votre politique tue notre jeunesse ». M. Attal n’a pas riposté avec la vigueur de l’agresseur, preuve que le raccourci sémantique commence à trouver pignon sur rue, ce qui produit un phénomène social étrange et contradictoire. Dans cette société de 2019, on est arrivé à dire à peu près ce qu’on voulait, y compris les pires amalgames, mensonges et contre-vérités, mais en même temps on entend de plus en plus de gens qui exigent que certains orateurs se taisent, la ferment en quelque sorte, ou soient atteints de mutisme.

Grèves, justifiées ou non.

Cette sélection des parleurs se fait par ordre décroissant, les plus excités certains d’emporter la palme et les plus calmes assurés qu’ils seront interdits de discours. C’est en soi un problème sérieux de société en ce sens qu’il créerait un droit à la parole, réservé à ceux qui ont font une torpille contre les autres. Mais voilà qu’il y a plus grave. La colère, bien compréhensible, des étudiants, trouve sa source dans une vision sociale qui ne fait de cadeau à personne, en dépit des mesures hâtives prises par le gouvernement pour apaiser les gilets jaunes. Mais il y a beaucoup de mécontents, par exemple à l’hôpital où la crise n’est toujours pas résolue et ne le sera pas si le gouvernement ne se décide pas à injecter dans les structures hospitalières l’argent dont elles ont besoin. Tout se passe comme si on avait tenté de calmer les gilets jaunes au détriment de tous les autres, dans un pays où nombre de revendications sont justifiées mais où d’autres le sont moins. Par exemple, les cheminots qui se mettent en grève durablement à cause d’un accident de train et, comme ils se voient contraints d’expliquer leur colère excessive, ils en font la démonstration par une prolongation de la grève. Une sorte de preuve par l’absurde.

Convergence des luttes.

De la même façon, les étudiants sont partis pour un mouvement de longue durée, ce qui conduit la plupart de nos estimables chroniqueurs et éditorialistes à additionner les mécontentements, à les placer dans la perspective de la journée syndicale d’action du 5 décembre prochain et à y voir la fameuse « convergence des luttes » tant souhaitée par les oppositions. Alors là, promis, juré, s’il y a convergence, c’est la fin du gouvernement d’Édouard Philippe. Cette hypothèse n’est pas irréaliste car 2019 aura été pour le président et sa majorité une « annus horribilis », assez horrible en vérité  pour qu’elle ne puisse se conclure que tragiquement. Le  quasi-suicide par le feu de ce pauvre étudiant serait alors une répétition historique, le même acte ayant été accompli autrefois par Ian Palach, un étudiant tchèque qui réclamait la disparition du régime communiste. Ce fut l’un des signes avant-coureurs, ou prématurés, comme on voudra, de la chute du mur de Berlin dont on célèbre en ce moment le trentenaire. Mais on devine alors combien les comparaisons sont parfois abusives : si Mme Obono estime que le pouvoir assassine les étudiants en France, elle a forcément tort puisque ce même pouvoir offre aux Français la liberté dont ils peuvent disposer allègrement. Liberté pour laquelle Palach a donné sa vie,  à Prague, il y a cinquante ans, alors que Anas K., lui, réclamait une scolarité gratuite.

RICHARD LISCIA

 

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One Response to La loi du silence

  1. Doriel Pebin dit :

    Bonne analyse. On se demande pourquoi il y a encore des migrants qui veulent venir en France et pourquoi les Français n’émigrent pas en masse ! La vie en France est tellement difficile et horrible quand on écoute les médias et une majorité de politiciens et de Français ! Dommage que le ridicule ne tue plus car le tombereau d’inepties à ingurgiter devient indigeste. Les Francais sont en adoration devant le Dieu de l’individualisme et de la critique systématique. Beaucoup ne sont préoccupés que par leur propre intérêt (cf les cheminots qui veulent préserver leurs avantages pour la retraite sans se préoccuper des autres, notamment de la retraite des salariés du privé ). Je travaille dans 4 hôpitaux différents et je ne vois aucun signe de cette soi-disant catastrophe de l’hôpital public et au contraire, des soins plutôt très corrects. Dans le plus gros hôpital, il y a 42 urgentistes dont nombre de temps partiel que je retrouve … en intérimaire bien payés dans les autres hôpitaux ! Les radiologues ne travaillent que 4 jours par semaine (?) depuis des années dans le plus gros hôpital référent. Pourtant les urgences sont en grève, comprenne qui pourra. La désinformation et la manipulation sont reines. Les extrêmes (droite et gauche) aides par les socialistes et les LR (qui sont désormais hors du temps et de l’espace) veulent un renversement du pouvoir pour la revanche de 2017. L intérêt général et la démocratie ne sont en rien leur préoccupation principale : médisez, critiquez, il en restera toujours quelque chose. Il est extrêmement curieux que personne ne rappelle que le système actuel de retraite sera en faillite (principe de réalité de la démographie) et que la retraite par points vise notamment à préserver le système par répartition… sur ces deux points, silence absolu. N’y aurait il plus de personnes lucides, objectives et honnêtes en France ? Nous assistons à une décadence de l’esprit et des valeurs françaises Tout ira évidemment bien mieux avec le RN ou les insoumis, comme l’ont montré tous les pays où ces régimes ont exercé. Continuons de savonner la planche de la démocratie représentative. Obama a rappelé que passer son temps à jeter des pierres ne mène jamais loin. M. Liscia continuez vos billets lucides, svp

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