L’heure de négocier

Édouard Philippe
(Photo AFP)

La journée du 5 décembre a été un succès, manifestations et grèves se poursuivront jusqu’à lundi et au-delà. Le gouvernement a remercié les syndicats pour leur bonne organisation des événements. Au milieu de la semaine prochaine, il annoncera le contenu de la réforme des retraites et se déclare prêt à négocier avec les syndicats.

PAS SÛR que les organisations vont saisir la perche que leur tend l’exécutif, après ce qu’elles considèrent comme leur triomphe. Toutefois, les manifestants syndiqués ont clairement indiqué leur désapprobation des black blocs et, si tous les slogans évoquaient le retrait de la réforme et même la destitution d’Emmanuel Macron, le pouvoir entend bien se rabibocher avec la CFDT, et peut-être l’UNSA pour commencer à donner un peu de consistance à son projet. Entretemps, bien sûr, on continue à bavasser sur tous les plateaux et on va même jusqu’à dire, non sans culot, que les chiffres de la Cour des comptes sont faux. Il semble bien qu’il y ait une différence entre les manifestants et un ou deux syndicats, d’inspiration réformiste, qui ne souhaitent pas  le retrait d’une réforme qu’ils ont appelée de leurs vœux. Le gouvernement pas la voix d’Édouard Philippe, a, de son côté, annoncé qu’il était prêt à prendre en compte la pénibilité du travail.

La faute de Macron.

La première à chose à dire dans cette affaire, c’est qu’un mouvement d’une ampleur effectivement considérable a été lancé contre  la réforme des retraites alors que chacun sait que, même sur les aspects les plus importants de la réforme, le gouvernement ne s’est pas prononcé. On lui reproche de n’avoir pas négocié. Mais pouvait-il le faire tant qu’il n’avait pas fait ses choix sur les régimes spéciaux, sur la pénibilité, sur la valeur du point ? Certes, la charge de la réforme ayant été répartie entre Edouard Philippe, Jean-Paul Delevoye et Agnès Buzyn, il en est sorti une sorte de communication chaotique propre à alimenter toutes les inquiétudes et rien qui fût une certitude. C’est la faute de Macron ? D’accord. Mais rééditer les grèves de décembre 1995, uniquement pour que les syndicats galvanisent leurs troupes et fassent bonne figure aux élections professionnelles, n’est-ce pas aller un peu loin dans la méthodologie ? Il n’y a pas de grève si puissante qui n’aboutisse pas à un dialogue. Pas question, ici, d’annoncer la fin du mouvement, il peut se poursuivre pendant tout le mois de décembre et au-delà et causera des dégâts importants à l’économie française. Mais dès que le Premier ministre aura donné un aperçu, même sommaire, sur la réforme, il faudra négocier.

Des concessions de part et d’autre.

Comme la tension est très forte, comme traîne dans l’esprit des manifestants le projet dit révolutionnaire d’une crise de régime, on peut craindre des combats d’arrière-garde qui nous conduiront jusqu’au printemps. Mais les organisations syndicales, si remontées soient-elles, font partie de l’écheveau institutionnel. Ce qui compte pour elles et surtout pour la CGT, c’est leur représentativité. Elles ne peuvent pas contribuer à l’anarchie. Tôt au tard, elles négocieront. Qu’est-ce qui se passera alors ? Les deux camps devront faire des concessions. Les positions absolutistes ne seront plus de mise. On peut, bien sûr, avoir in fine une réforme croupion qui ressemblera aux précédentes, qui furent inachevées. On peut aussi avoir une réforme au long cours, qui apporte des changements année après année pour éviter les sursauts de colère des travailleurs. On ne jurera de rien, mais la négociation passe toujours par un changement du rapport de forces. Le président de la République le sait, qui a tenu à établir la différence entre gilets jaunes et syndicats, a évité toute déclaration provocatrice de ses ministres, a reconnu (par la voix de M. Philippe) le succès syndical du 5 décembre. Cela s’appelle préparer le terrain.

RICHARD LISCIA

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One Response to L’heure de négocier

  1. Vultaggio-Lucas dit :

    Si c’est « L’heure de négocier » comme le titre dit, alors pas une minute à perdre… (Nous sommes samedi matin…)

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