L’exécutif divisé

De l’eau dans le gaz
(Photo AFP)

Le discours prononcé par Emmanuel Macron mardi soir à l’occasion du Nouvel an n’a pas été l’un de ses meilleurs ni le plus subtil. Il a confirmé ce à quoi tout le monde s’attendait, à savoir qu’il ne renoncerait pas  à la réforme des retraites, mais en même temps, il a adressé une sorte d’ultimatum au Premier ministre pour qu’il ouvre la voie à un compromis, ce qui révèle (ou confirme) un différend entre les deux hommes. L’attitude du président est en effet assez intransigeante pour placer Édouard Philippe devant la quadrature du cercle.

L’APPEL ainsi lancé au chef du gouvernement politise un peu plus la crise sociale. Il y a plusieurs mois, le chef de l’État avait indiqué qu’il ne fait pas de la prolongation des carrières l’alpha et l’oméga de sa réforme. Il semble bien que M. Philippe et ses deux collègues venus de la droite, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, très préoccupés, comme le Premier ministre, par l’endettement du pays, aient exigé, contre l’avis de M. Macron, le retour à l’équilibre des comptes des caisses de retraite avant l’application de la réforme. C’est ce qui a coûté le soutien de la CFDT et peut-être de l’UNSA, au gouvernement ; et ce qui a entraîné une crise dont nous ne semblions sortir ni à la fin de l’année ni au début de celle-ci. Nous sommes donc dans une impasse indiscutable, avec le durcissement des syndicats, qui n’ont accordé au discours de M. Macron qu’une oreille distraite ou indifférente et se préparent pour la journée de mobilisation du 9 janvier, encore une. En fait, le président n’a offert mardi qu’une concession : la prise en compte de la pénibilité du travail dans le calcul des pensions. Mais il n’est pas revenu sur la date pivot de départ à la retraite, laissant le soin à Édouard Philippe soit de l’imposer aux partenaires sociaux, soit de la retirer pour enfin conclure l’accord.

Les nouveaux régimes spéciaux.

Ce ne serait pas la première concession accordée par le pouvoir. La réforme « universelle », censée liquider les 42 régimes, en retient déjà une bonne dizaine, notamment celui des policiers, qui resteront distincts des autres. Même s’il existe une nécessité à protéger certains statuts, ce sont autant de renoncements. La réforme n’est pas vraiment ce que l’on attendait ou craignait, et le document que nous préparent la colère des syndicats et les inquiétudes du gouvernement sera celui du possible, pas du tout celui du nécessaire. Dans ces conditions, on ne voit pas ce qui oblige Macron à maintenir la pression et à poursuivre le bras-de-fer avec les syndicats. Certes, il lui faut parvenir à une réforme, mais, visiblement, elle peut revêtir des costumes très divers. Elle pourrait même, si l’on tient compte de l’état critique où se trouve le pays, s’adapter à plusieurs revendications, de façon à devenir acceptable pour plus  de monde.

Désaccord Macron-Philippe.

Cet épisode de l’histoire sociale restera dans les annales parce que la crise a acquis une ampleur encore plus grande que celle de 1995, première référence après mai 68. Sa caractéristique est d’avoir été évitable. Il n’y avait pas d’urgence à réformer les retraites et six mois de concertation supplémentaire auraient fait du bien aux négociateurs ; le gouvernement, peut-être pour la première fois, a montré sur l’affaire des divisions inédites susceptibles de conduire au remplacement du Premier ministre ; sa communication a été nulle et la démission de Jean-Paul Delevoye a décrédibilisé le projet. En outre, il n’y avait aucune raison de sacrifier le lien entre le gouvernement et les syndicats favorables aux réformes : certes, il est vital d’équilibrer le budget des pensions, mais cet aspect de la réforme pouvait  attendre encore un an ou deux. Et si on s’est mal pris pour aborder le projet, si les explications ont été fumeuses, si les choix ont été cachés, si on n’a pas su ce que l’on voulait faire, c’est parce que le président et son Premier ministre n’étaient pas tout à faire d’accord sur le contenu de la réforme.

Nos dirigeants n’ont rien appris des précédents dossiers, ou plutôt, forts de leurs récents succès, ils se croyaient à peu près tout permis dans un pays où, hélas, on ne peut jamais parler d’argent parce que c’est honteux et que l’argent, c’est les riches. La « mère de toutes les réformes » était, forcément, la plus difficile à concevoir et à exécuter. Elle réclamait une concentration à la fois technique et politique. Une fois de plus, le pouvoir n’a pas su empêcher une crise dont la population lui fait porter la responsabilité. Pourtant, si les trains ne partent plus, c’est bien la faute des grévistes.

RICHARD LISCIA

PS-Je vous souhaite à tous une bonne année 2020.

 

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