Royal contre Macron

Ségolène Royal
(Photo AFP)

Ambassadrice des pôles, Ségolène Royal a été remerciée par le gouvernement (à la date du 24 janvier) pour manquement au devoir de réserve.

CE N’EST PAS surprenant et l’ancienne candidate à la présidence (2007) ne se sentira guère humiliée par la décision du chef de l’État. Depuis l’automne, elle se livre contre lui à une campagne incessante de critiques, jugements négatifs, épithètes corrosives. Elle a délibérément ignoré des fonctions officielles auxquelles, par ailleurs, elle n’a pas consacré beaucoup de temps. Elle a fait un choix, celui du plus-à-gauche-que-moi-tu-meurs, et elle se servira de son licenciement comme une autre preuve de son réengagement politique,  et de sa victimisation, alors qu’elle semblait Macron-compatible.

En réalité, elle n’est compatible avec personne, car, souvenez-vous, elle a devancé son ancien compagnon, François Hollande, dans la course à la présidence il y a treize ans. C’est lui qui, cinq ans plus tard, est devenu président de la République. C’est lui, aujourd’hui, qui lui a montré la voie de l’opposition stridente à Macron, façon très indirecte et lointaine de rapprocher le couple réuni, en quelque sorte, autour de sa nouvelle tête de Turc. Mais bien sûr, Ségolène Royal n’est pas une poissonnière et ses vociférations sont aussi fracassantes qu’elles sont feintes. Elle se moque comme d’une guigne de Macron ; tout ce qu’elle veut, c’est reconquérir son électorat de 2007 (quand même 47 % des voix) et pourquoi pas, alors, participer au Macron-bashing national ?

Du rouge au jaune.

En effet, Mme Royal ne brigue pas une mairie, mais l’Élysée. Elle croit en sa capacité d’être élue présidente parce que, comme d’autres, elle a vu des foules immenses l’applaudir et l’encourager. Elle y croit tellement que, lorsqu’à la primaire de 2012 elle a fait un score dérisoire, elle a pleuré publiquement.  Avec le cynisme des politiciens qui ont livré bataille, rien de ce qu’elle a fait, y compris les erreurs qu’elle a commises, ne semble troubler sa conscience. Elle se décrit comme exemplaire alors que son projet de portails écologiques pour taxer les camions sur les routes n’a jamais vu le jour bien qu’il ait coûté un milliard. Mise en échec par les bonnets rouges, elle rejoint aujourd’hui le camp des gilets jaunes, en y perdant le sens de la nuance et de la subtilité et en essayant de mettre à son service une partie de la colère sociale. Et elle n’est pas sortie de l’auberge : une procédure a été lancée contre elle par le parquet financier en novembre. Elle doit rendre des comptes sur un éventuel détournement de fonds destinés à sa mission dans les deux pôles et qu’elle aurait utilisés partiellement pour payer ses salariés.

Ce n’est pas que le parti socialiste l’attende les bras ouverts. Tout le monde sait de quoi elle est capable, d’autant qu’elle ne cache pas son jeu : sa démarche est transparente, mais peu visionnaire. Elle a dû se demander, pendant un moment, si Macron n’avait pas chamboulé durablement la vie politique, n’avait pas changé les choses de façon irréversible. Peut-être s’est-elle elle-même reproché de n’avoir pas conçu son projet. Maintenant que le peuple est littéralement soulevé contre lui, elle hurle avec les loups.

Prédicateurs du mensonge.

Une chose est sûre. Comme Hollande, elle veut à tout prix faire son comeback. Comme lui, elle se croit désignée par le doigt divin. Ils vont donc se retrouver dans la mêlée, et contraints de dire beaucoup de mal l’un de l’autre, ce qui ne va pas grandir la campagne de 2022. Ils auront en tout cas prouvé que, chacun à sa manière, ils sont restés des éléments importants de la vie politique en France. En 2007, un grand magazine américain exprimait sa stupéfaction sur l’existence en France d’un couple réunissant deux présidentiables ; et dans un autre hebdomadaire,  Dennis McShane, ancien élu travailliste, s’extasiait sur les jambes de Ségolène qu’il avait aperçues à la plage. C’est amusant de voir un Britannique bien éduqué et discret par nature, admirer le corps d’une candidate. Aussi devrions-nous encourager Ségolène Royal à cultiver son charme, son sourire et sa séduction. Au lieu de se joindre au chœur national des prédicateurs du mensonge.

RICHARD LISCIA

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One Response to Royal contre Macron

  1. admin dit :

    LL dit :
    Superbe portrait !

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