Poutine assure son avenir

Vladimir Poutine
(Photo AFP)

Vladimir Poutine, qui est censé quitter le pouvoir en 2024, a pris des dispositions pour ne pas s’en écarter vraiment. Il vient de lancer un projet de réforme des institutions où il garde sa place et son influence bien au chaud.

M. POUTINE n’est pas vraiment un potentat ivre de son autorité. Convaincu qu’il a reconstitué la grandeur et le prestige de la Russie éternelle, ce qui n’est pas faux en termes de géopolitique sinon du point de vue de ses sujets, il a fort bien compris que si lui, Poutine, a été pour son pays un leader absolument formidable de tous les points de vue, son successeur risquait de se prendre au sérieux et de transformer le régime en dictature, ce qu’il a déjà été sous le parti communiste et ce qu’il est resté en somme, après la chute du mur de Berlin et l’effondrement du bloc soviétique. Donc, les nouveaux président russes n’auront droit qu’à deux mandats, lesquels devront être consécutifs. On se souvient que Poutine était devenu Premier ministre de 2008 à 2012, pour échapper à l’accusation d’une présidence à vie.  Et il s’est fait réélire président en 2012, sans rencontrer la moindre difficulté.

Medvedev démissionne.

Le fidèle Dmitri Medvedev, qui n’a cessé, pendant les vingt ans de Poutine au pouvoir, d’accepter toutes les humiliations que lui a infligées le maître du Kremlin, a démissionné en plein conseil des ministres sous les projecteurs de la télévision, jugeant publiquement que la réforme des institutions ne lui permettait pas de rester à son poste. Il est vrai que les difficultés économiques et sociales de la Russie, aggravées par les sanctions occidentales après l’invasion du Donbass et l’annexion de la Crimée, ont rendu Medvedev très impopulaire, comme si Poutine n’y était pour rien. Mais peu importe : Medvedev n’est pas à la rue. Le patron lui a créé un poste sur mesure au Conseil d’État, dont Poutine songe à prendre la présidence, pour avoir un fauteuil qui lui permettra de contrôler la gestion de la Russie par son successeur à partir de 2024. En résumé, Poutine ne fait confiance à personne et même s’il choisit les candidats de la prochaine équipe, il les surveillera comme le lait sur le feu. Il a remplacé Medvedev par un apparatchik modeste, Mikhaïl Michoustine, 53 ans, qui ne risque pas plus que Medvedev de lui faire de l’ombre.

Démocratie honnie.

On aura, dans cette affaire, une pensée pour le Premier ministre déchu, qui, pendant si longtemps, a subi les avanies de l’autoritarisme feutré de Poutine, lequel n’élève jamais la voix comme Trump, mais agit sans trop de considération pour la fidélité remarquable et peut-être excessive de Dmitri Medvedev. Surtout, on se demandera si les efforts, d’ailleurs précoces, de Poutine pour maintenir son emprise sur le système politique de la Russie conviennent à un peuple qui, comme tous les autres, a besoin de démocratie. Poutine a toujours dit que la démocratie parlementaire ne convient pas aux Russes, qui préfèreraient être gouvernés par une main de fer, opposant ainsi à une notion universelle un point de vue purement national. C’est certes le nationalisme qui le guide, mais pour qu’il garde le pouvoir le plus longtemps possible. La précision de ses mesures, le fait qu’il les met en place quatre ans à l’avance démontrent son intelligence et aussi sa passion pour le pouvoir.

Si gouverner, c’est prévoir, comme disait Mendès-France, rester omnipotent jusqu’au dernier jour de sa vie, c’est se moquer d’un peuple, ignorer les changements du monde, imposer un ordre qui risque de se montrer défaillant face à l’adversité. La Russie n’est pas une dictature : on y vote, mais on élimine les dissidents, on dit ce qu’on pense jusqu’au moment où on est arrêté mais on ne tremble pas de peur comme à l’époque du léninisme et du stalinisme. Cependant, l’ordre bolchevique ne peut se maintenir que par la négation des droits de l’homme et de la démocratie. Ce que fait Poutine avec une belle conscience, mais avec aveuglement aussi : personne, même pas lui, ne peut dire ce qui se passera en 2024 et au-delà. À quoi il faut ajouter qu’un système reposant sur un parfait cynisme peut réserver aussi des surprises désagréables au patron d’aujourd’hui, comme à ceux d’après.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Poutine assure son avenir

  1. admin dit :

    LL dit :
    Bolchevique ne me paraiî pas juste. Poutine n’est pas un bolchevique. C’est un autocrate, mais le système en place ne ressemble en rien à celui de l’URSS. C’est une dictature avec fausse devanture démocratique.

    Réponse
    Bien vu.

    • Michel de Guibert dit :

      J’allais réagir dans le sens de votre correspondant LL : la Russie d’aujourd’hui n’a pas grand chose à voir avec l’URSS, et c’est heureux.

  2. Craiu Catalina dit :

    Poutine est un vrai leader, un vrai chef d’État, je pourrais dire sans égal à sa façon! Et La Russie c’est une force mondiale Poutine et son pays vraiment méritent toute l’attention! Moi j’aime un peu organiquement La Russie, par mes veines s’écoule du sang Russe, pas trop mais suffisamment pour vibrer sur des longueurs d’ondes similaires!

    Réponse
    Pour atteindre ce bonheur infini, je vous suggère d’aller vivre à Moscou. Vous n’avez pas besoin d’acheter la presse locale, vous la rédigez vous-même très bien.
    R. L.

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