Édouard Philippe candidat

L’élection, c’est la légitimité
(Photo AFP)

Le Premier ministre, Édouard Philippe, a confirmé ce que tout le monde savait : il est candidat et tête de liste pour les élections municipales au Havre, ville qu’il a dirigée avant d’accepter ses actuelles fonctions gouvernementales.

LA POPULATION a accueilli favorablement sa candidature, vivement contestée par ailleurs dans l’opposition. Il a justifié sa démarche d’un mot simple : « L’élection est la légitimité ». Or on n’est pas élu Premier ministre, on est désigné par le chef de l’État à ce poste. M. Philippe a ajouté qu’il n’avait pas d’autre ambition, au-delà de ses fonctions actuelles, que de redevenir maire, de préférence d’une grande ville, de préférence Le Havre, qu’il connaît comme sa poche. Il ‘y a rien, dans ce projet modeste qui doive soulever la colère populaire et c’est pourquoi, depuis ce matin, les critiques pleuvent comme des hallebardes, à commencer par celle qui a le moins d’imagination : M. Philippe ne saurait être chef du gouvernement qu’à plein temps, y compris les samedis et dimanches. Tout de suite, le spectre de la dépression nerveuse au pouvoir. On restera insensible à la menace. Même si l’on fait fi de sa simplicité, M. Philippe sait parfaitement qu’il ne sera pas une seconde fois Premier ministre. Il pourrait pourtant envisager de se présenter à la présidence de la république en 2027. Il aura alors disposé d’une épaisse expérience, il sera encore jeune, et il n’ignorera rien du fonctionnement de l’Élysée.

Synergie dans la prise de risque.

Il reconnaît en outre, et il y faut du réalisme et du courage, qu’il n’est pas sûr de l’emporter. Serait-il battu qu’il devrait démissionner prématurément, avant la fin du mandat d’Emmanuel Macron. Lequel n’aurait certes pas beaucoup de mal à trouver un successeur à M. Philippe, dans le vaste choix offert par de multiples hommes et femmes qui couvent autant d’appétits de pouvoir. Si quelqu’un aurait pu être tenté d’empêcher le Premier ministre de s’engager dans cette voie, c’est bien M. Macron, qui n’a pas forcément envie de changer de gouvernement après les municipales, qu’il les perde ou qu’il les gagne. Ce qui unit les deux hommes est bien plus fort que ce qui les différencie, comme dirait l’autre. Il y a, dans cette synergie de la prise de risque, quelque chose de très macronien, qu’Édouard partage sans crainte avec le président.

T-shirt provocateur.

Ce n’est pas qu’ils seraient, l’un et l’autre, seulement parés de vertus. Leur comportement est si souvent déconcertant qu’il nous a bien fallu, à tous, y compris ceux qui le soutiennent et représentent au moins un tiers du pays, les interpeller sur la cohérence de leurs mouvements. Mais la voilà, la cohérence : ils s’entendent, ils se comprennent, ils s’estiment.  M. Philippe a-t-il approuvé le geste de M. Macron, qui s’est promené en ville avec un T-shirt où était inscrite la dénonciation des violences policière, acte bizarre pour le premier flic de France ? Comme chef de gouvernement, il ne devrait pas aller dans le sens de la provocation à l’égard d’hommes et de femmes épuisés par un travail permanent, interminable et ingrat. En tant qu’Édouard, il a dû hausser les épaules. « Quoi ? C’est Emmanuel qui fait son show. »

Bons et mauvais souvenirs.

Pas plus qu’on ne peut exonérer ce pouvoir des erreurs flagrantes qu’il a commises, on ne doit ignorer qu’il a été fidèle à sa mission et qu’elle a été rendue possible par l’excellence du binôme exécutif. Pourquoi ne pas les imaginer dans vingt ans en train d’échanger dans un bistrot et de se rappeler bons et mauvais souvenirs ? Les colères de Mélenchon, la folie des gilets jaunes, la performance ratée de Marine Le Pen lors du débat télévisé avant le second tour de 2017, le déchaînement ahurissant de Ségolène Royal qui, pour n’avoir rien obtenu des avantages qu’elle réclamait à Macron au nom de son passé politique, s’est transformée en Médée hurlante,  François Hollande qui publie des livres, forme de campagne électorale pour 2022, il y aura de quoi rire et pleurer. La tentation du Havre vaut bien celle de Venise.

RICHARD LISCIA

 

 

 

 

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