Asia Bibi : asile politique

Asia Bibi à Paris
(Photo AFP)

La Pakistanaise Asia Bibi serait une martyre chrétienne si, au terme d’une procédure interminable de la justice pakistanaise, elle n’avait été acquittée. Mais elle a eu tout le temps de souffrir en prison et de se demander si elle allait survivre aux procès qui lui étaient faits.

ASIA est une mère de famille de quelque 50 ans qui a fini par se réfugier au Canada, publie en France un livre de mémoires (Enfin libre!) et demande à la France de lui accorder l’asile politique. Sa notoriété, l’épreuve injuste qu’elle a subie, le sens qu’elle a acquis de la liberté et des droits de l’homme au cours de sa longue incarcération font d’elle une excellente candidate à un titre de séjour en France. Elle sera reçue cette semaine à l’Élysée et sa requête sera sûrement satisfaite.

Folie du fanatisme.

Or elle risquait la peine de mort à laquelle elle a été condamnée en première instance. Quel crime avait-elle donc commis ? Elle s’est contentée de boire. Elle travaillait aux champs, a eu soif, s’est approchée d’un puits pour se désaltérer. Une voisine musulmane l’a vue, l’a « dénoncée » (quel genre de système est celui qui refuse aux non-musulmans de boire et considère un puits comme « sacré » et réservé aux musulmans ? ) et elle a été conduite en prison. C’était en 2010 et, si les chrétiens du Pakistan ne peuvent pas s’abreuver, ils boivent la coupe jusqu’à la lie. Cette histoire que l’on prendrait aisément pour de la fiction de bas étage est vraie. Ainsi va un pays, le Pakistan, parmi d’autres, où tout sens commun est aboli, où une femme dénonce une autre femme pour un « crime » factice, où la police, loin de réprimander la musulmane coupable de délation, donne suite à ses imprécations, où des juges osent se commettre dans un tel déni de justice.  Nous avons tous signalé cette affaire scandaleuse, nous avons tous dénoncé les autorités pakistanaises, nous avons bien sûr pris la défense d’Asia Bibi, mais ni nos paroles ni nos voix n’ont eu le moindre effet sur le sort de cette pauvre femme. Mais au moins l’affaire a permis au monde de mieux mesurer les effets d’un fanatisme non seulement répandu dans le monde musulman mais encouragé par les gouvernements.

Voyage au Canada.

Aujourd’hui, Asia Bibi baigne dans la liberté et dans la lumière des projecteurs. Elle insiste sur le sort de ses concitoyens chrétiens dont les perspectives ne sont pas drôles, elle remercie tous ceux qui l’ont soutenue quand elle était emprisonnée, elle découvre la France, terre des gens libres, terre des femmes, terre de justice. Nous sommes contaminés par son bonheur car nous n’ignorons pas le traitement qu’elle a enduré, sa peur de mourir, sa séparation d’avec sa famille. Elle nous est chère parce que c’est une femme rare qui ne doit son salut qu’à un miracle. Le monde n’aurait pas bougé d’un cil si sa condamnation à mort avait été entérinée par d’autres juges. En outre, ceux à qui le verdict final déplaisait se déclaraient prêts à aller la chercher pour l’assassiner, la loi de la charia ou du plus fort, s’imposant, selon eux, en tant que justice divine et incontestable.

Aussi le gouvernement pakistanais, où apparemment ne sévissent pas que des bureaucrates, s’est-il empressé de l’envoyer au Canada avec sa famille : la mort d’Asia Bibi aurait fait du Pakistan un pays à la très mauvaise réputation. Au fond,  un procès politique a été intenté à Asia Bibi ; il s’agissait d’administrer la preuve de la supériorité de l’islam en terre musulmane, un peu comme si les chrétiens polluaient l’air et l’eau pakistanais. Cette démarche monstrueuse a fait d’elle un enjeu politique mondial. Ce n’est pas la justice pakistanaise qui a prononcé son acquittement, mais la crainte de son gouvernement d’une sérieuse détérioration de ses relations avec les pays à régime parlementaire.

Défendre les chrétiens.

Bref, les islamistes ont perdu cette manche. Libre, Mme Bibi l’est, ce qui lui impose une mission, celle de défendre avec vigueur le sort des chrétiens dans les pays musulmans où ils sont minoritaires, harcelés, bousculés et parfois tués au nom de la charia et, en vérité, de la haine dans sa forme la plus intense et la plus vulgaire, celle que rien de logique n’explique vraiment. Les pays à majorité musulmane sont coupables d’abandonner leurs minorités, et principalement les chrétiens,  à leur sort, et ne leur offrent, dans le meilleur des cas, qu’une protection très insuffisante. Que le procès d’Asia Bibi ait pu avoir lieu, qu’elle ait pu être condamnée à mort, qu’il ait fallu une coalition de gens de bonne volonté pour l’extraire de ce guêpier immonde en dit long sur l’obscurantisme contemporain. Elle a bu de l’eau du puits sacré et il s’en est suivi une farce sinistre qui aurait déclenché rires et quolibets s’il n’avait fallu, en premier lieu, protéger sa vie.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Asia Bibi : asile politique

  1. Laurent Liscia dit :

    Bien vu! Au-dela de l’exemple musulman, on peut se demander si ca n’est pas la religion par définition qui promeut l’intolérance et la haine. Les émeutes hindoues de la semaine passée, la réaction fort loin du bouddhisme des bonzes birmans contre l’ethnie Rohynga, le sectarisme orthodoxe juif qui crée des problemes insurmontables en Cisjordanie, et le christianisme dont on n’a pas besoin de récapituler l’histoire sanglante. Quand il s’agit de religion, ou de totalitarisme politique, il n’y a pas de farce qui ne finisse en tragédie, depuis le Grand Bond en Avant aux guerres de religion. L’un des devoirs de la presse est de dénoncer la manipulation de la haine, d’où qu’elle vienne.

  2. Michel de Guibert dit :

    Merci pour cet article.
    Il convient aussi de saluer le courage de ceux qui ont pris sa défense au Pakistan, son avocat, menacé lui aussi, le gouverneur du Penjab, Salman Taseer, musulman, assassiné, et le ministre des minorités, Shahbaz Bhatti, chrétien, assassiné.

  3. JMB dit :

    « N’est-il pas étrange que les hommes se battent si volontiers pour la religion et vivent si peu volontiers selon ses règles » (Aphorisme de Georg Christoph Lichtenberg, intellectuel allemand à l’esprit encyclopédique, 2ème moitié du XVIIIè siècle)

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