Virus et libertés

Xi instrumentalise la crise
(Photo AFP)

Reporter sans frontières a publié un communiqué pour dénoncer le recul des libertés, ou plutôt de ce qui en reste, dans les pays atteints par le Covid-19, et dont les populations sont soumises à la férule de leurs gouvernements autoritaires.

LA liberté d’expression est une autre victime du virus. Elle est pourtant essentielle pour expliquer les mesures de prévention, les gestes-barrières, les manquements à la discipline générale, le recours au confinement et sa durée, et ouvrir des perspectives post-pandémiques. Diverses interventions du Premier ministre en France ont montré que la transparence est un exercice compliqué qui ne peut aboutir qu’avec l’aide de ceux qui savent, les médecins et de ceux qui souffrent, les infirmiers. La politique n’est jamais absente, même pendant une crise aussi aiguë, aussi longue et aussi inquiétante. En France, on peut dire qu’il y a un consensus : la majeure partie de la population s’est soumise spontanément au confinement. Le gouvernement, soutenu aussi par l’opposition, à l’exception du Rassemblement national, se livre en permanence à un exercice pédagogique. Même si de nombreuses décisions ont été prises au moyen d’ordonnances, et même si l’opposition attend la fin de l’épidémie pour demander des comptes au pouvoir, pour le moment, la plupart de nos concitoyens travaillent de concert pour juguler la crise.

Deux fois coupables.

Il n’en va pas de même dans les pays gagnés par la tentation autoritaire. Les bilans qu’ils publient sont mensongers ou fallacieux. Ils essaient de faire croire que leur système politique, contrairement à la démocratie parlementaire, protège naturellement la population, ce qui n’est crédible ni du point de vue de la politique ni de celui de la santé. Ils sont doublement coupables : d’avoir renforcé leur emprise sur le peuple et, ce faisant, de lui faire courir des risques supplémentaires. En Chine ou en Russie, le confinement, là où il est appliqué, est considéré par la population comme une mesure inique supplémentaire. En Turquie et en Iran, le décompte des malades et des morts est d’une fiabilité à peu près nulle. Pour ces pays qui bénéficieraient d’une position morale, religieuse ou sanitaire supérieure à la nôtre, le coronavirus est un moyen rêvé pour mettre l’Occident en coupe réglée. La Chine, notamment, nous a proposé de nous venir en aide. Mais elle vend au plus offrant : une cargaison de masques destinés à l’Italie a été détournée par la Slovaquie : méthode de voyou et sûrement pas de membre de l’Union européenne. Une autre cargaison pour la France a été finalement envoyée aux États-Unis, simplement parce qu’ils en offraient un prix plus élevé.

Compétition entre deux cynismes.

La Chine a pensé, en toute perversité, que le virus allait contribué à la résurrection des ses « routes de la soie ». L’idée simple selon laquelle devrait exister une solidarité humaine qui passe au-dessus des frontières n’a pas effleuré l’esprit de Xi Jinping, qui vient de se déclarer président à vie de l’Empire du milieu. Vladimir Poutine, qui veut faire croire que la Russie possède une forme d’immunité nationale, et a changé la Constitution russe pour gouverner jusqu’en 2036, observe avec condescendance la situation en Europe et aux États-Unis. Il est vrai qu’il est embarqué avec Donald Trump dans une compétition du cynisme. C’est à qui démontrera qu’il a moins de scrupules que l’autre. Et c’est surtout la preuve que l’Union européenne ne peut compter que sur elle-même, prise de conscience qui n’a pas vraiment eu lieu. On ne sait pas quand finira l’épidémie, ni comment les pays atteints par l’épidémie se reconstruiront. Mais les Européens risquent de trouver en Russie, en Chine et ailleurs des régimes renforcés par le danger, lequel est toujours favorable aux dictatures. Le pire, c’est que des pays membres de l’Union soient tentés de renforcer ou de pérenniser leur dispositif autoritaire.

Ce tableau ridiculise un peu plus ceux qui, oubliant leur impéritie quand ils étaient au pouvoir, ne cessent de harceler l’exécutif français. Ils devraient essayer Xi ou Poutine. Ils ne voient pas que la France ne figure pas dans la liste des pays qui cachent la vérité. Ils traitent Macron comme ils traiteraient Erdogan. Ils se présentent comme les ardents défenseurs des libertés alors qu’elles sont largement bafouées ailleurs, mais pas chez nous.

RICHARD LISCIA

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 Responses to Virus et libertés

  1. Michel de Guibert dit :

    Petite rectification : « une cargaison de masques destinés à l’Italie a été détournée par la Slovaquie », écrivez-vous ; en fait c’était par la République tchèque…
    Après l’affaire de la cargaison de masques détournée par les États-Unis à coups de dollars sur un tarmac en Chine, une autre affaire peu glorieuse vient d’éclater : « Quatre millions de masques ont été saisis le 5 mars dernier à Lyon. Le stock, envoyé par une société suédoise, transitait par la plateforme de l’entreprise nordique basée à Lyon, et devait être redirigé en partie vers l’Espagne et l’Italie, deux pays durement touchés par l’épidémie de coronovirus ».

  2. Laurent Liscia dit :

    Espérons que tout ça ne débouche pas sur un nouveau Patriot Act aux Etats-Unis. Trump est capable de tout. Surtout du pire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.