Le début du reflux

Le Samu à l’avant-garde
(Photo AFP)

Les chiffres sont révélateurs : moins de contaminations, moins de réanimations, et moins de décès chaque jour. La courbe des réanimations, aspect essentiel de l’épidémie, semble avoir atteint son plateau et être gérée par les médecins et infirmiers.  Il ne faut surtout pas en conclure qu’une forme de relâchement est possible. L’Académie de médecine nous met en garde sur le respect et même le renforcement du confinement.

PERSONNE ne crie victoire. Les pouvoirs publics se gardent bien d’exprimer leur optimisme. Ils craignent par dessus tout un rebond de l’épidémie induit par un excès de confiance de la population. Ils ont donc souligné de nouveau l’importance du confinement, tout en admettant que, en dépit des nombreuses infractions  à la discipline, les Français se sont généralement comportés avec sérieux. Si, en effet, c’est grâce au confinement que les chiffres sont meilleurs, la preuve est administrée qu’il faut le poursuivre. Dans ce tableau qui laisse enfin un peu d’espoir survivent les zones d’ombre habituelles : les médecins sont de l’avis qu’il faut imposer le port du masque à tous, bien que le public se les arrache et que beaucoup de personnes n’en trouvent pas. Le gouvernement a commandé des millions et même des milliards de masques mais ils arrivent de l’étranger au compte-gouttes. C’est sans doute pourquoi il n’annonce pas tout de suite le port obligatoire. Il ne pourra le faire que lorsqu’il y en aura assez pour que la totalité du public puisse s’en procurer.

Perplexité de l’opinion.

Un sentiment de perte et d’affaiblissement national demeure. Comme les inconnues sur la façon dont le coronavirus fonctionne, se déplace, contamine ou non, sont fortes et nombreuses, on ne sait pratiquement rien. De sorte qu’aux ravages qu’il a déjà faits s’ajoute la perplexité sur la nature du danger lui-même. Aucun d’entre nous ne sait s’il est porteur sain inconscient de ce qui lui arrive, si le moindre symptôme doit ou non être attribué au Covid-19, si le temps écoulé jusqu’à présent sans dommages peut-être suivi d’une contamination. Tout ce dont on est sûr, c’est que le confinement apporte les meilleures garanties, que nous ne disposons pas, pour le moment, d’un traitement sûr et dépourvu de tout effet secondaire, que le vaccin n’existera pas avant plusieurs mois ou même plusieurs années. Dans ces conditions, nous devons rester vigilants et nous souvenir que l’amorce du reflux de l’épidémie ne fait que nous encourager à accroître la discipline.

Allemagne : cinq fois moins de morts.

Nous ne savons comment nous allons collectivement sortir de l’épidémie, si un geyser d’enthousiasme va succéder à la prostration ou si, au contraire, nous aurons besoin de temps pour nous remettre de l’épreuve. Il est certain que nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne, qu’avoir été épargnés donnera à certains l’instrument du retour à la vitalité, pendant que d’autres, affectés par la maladie, s’assureront que leur guérison est définitive, encore une certitude que nous n’avons pas. Les soignants, en tout cas, ne sortiront pas indemnes d’une épreuve inouïe qui a couronné, en quelque sorte, de longues années de frustration due au manque de moyens, à des horaires infernaux, et de difficultés matérielles insurmontables. Il y aura  aussi les familles, affectées à jamais par le perte d’un des leurs, les Ehpad décimées, la peur  de toute contagion qui ne favorisera pas forcément l’union  nationale. Une chose pourtant est sûre : le pays se relèvera de cette épidémie et si, comme j’ai eu l’occasion de le dire, la mort d’un proche ne permet guère la convalescence mentale de ceux qui l’ont aimé, nous devrions faire collectivement notre deuil. À condition toutefois de ne pas chercher les responsabilités politiques, scientifiques ou internationales du fléau. Très peu de pays n’ont pas été pris de cour. La Chine a commencé par nier le danger, ce qui a fait perdre un temps précieux à d’autres pays, tandis que, en Asie notamment, on a pratiqué non sans succès le dépistage ou cumulé les précautions, ce qui a réduit la mortalité et le nombre de réanimations.

En Europe, c’est, jusqu’à présent l’Allemagne qui tient le pompon. En France, 94 000 cas ont été dénombrés, contre 100 000 en Allemagne, ce qui place les deux pays dans une situations comparable. Mais outre-Rhin, on constate moins de 1 600 décès contre plus de 8 000 en France, soit cinq fois plus. Ce rapport peut-il s’inverser ? Pas si le reflux constaté en France s’observe aussi, comme c’est le cas, dans d’autres pays les plus touchés, en Italie et en Espagne, mais aussi en Allemagne.

RICHARD LISCIA

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4 Responses to Le début du reflux

  1. D.S. dit :

    Vous avez raison d’insister sur le grand mérite des politiques. Leur tâche me parait encore plus difficile que celle des soignants. On entend partout « Merci Docteur! ». On aimerait entendre plus souvent « Merci Monsieur le Ministre!, Merci Monsieur le Président! ». Si la décrue se confirme, et sans faire de comparaison hâtive et pas forcément objective avec les autres pays, nous aurons de quoi être fiers de notre gestion de crise. Quand aux minables, et je pèse mes mots, qui cherchent quoi qu’il arrive, à accuser les politiques d’être à l’origine de tous nos malheurs, je les invite à relire une certaine fable de La Fontaine.

    • Langer dit :

      Absolument d’accord avec vous ! Le travail de ceux qui nous gouvernent est incessant, et très difficile, en particulier Edouard Philippe, Olivier Véran, Jérome Salomon, et aussi Emmanuel Macron, et il me semble qu’is ne s’en sortent pas si mal. Je doute que d’autres feraient mieux, moi aussi j’applaudis.

  2. Isabelle C. dit :

    Merci à vous tous, ci-dessus, pour ces remarques pleines de justesse et d’objectivité.
    Nous devons tous garder la tête froide, et non jeter de l’huile sur le feu. Les professionnels dans leur domaine propre, soignants, gouvernants, agents de services au contact, fonctionnaires, n’ont vraiment pas besoin d’être harcelés par les  » mouches du coche » (cf.La Fontaine,encore! ) qui cherchent l’éclairage des feux de la rampe (politiques, « opposants », opportunistes de groupuscules, têtes chercheuses de scandales et de calomnies). Au fait, le mot à la mode : « Liberticide » ! C’est justement le moment de se contenir, se restreindre, être vigilant, devenir responsable de sa santé ; celle d’autrui; bref, mûrir. Prenez soin de vous !

  3. admin dit :

    Laurent Liscia dit :
    Enfin de meilleures nouvelles. Aux US, la courbe continue a progressé notamment dans le Sud, et voilà que le Japon se découvre menacé. Quant à la Russie, elle ne peut plus faire semblant de ne pas être concernée – et j’ai bien peur que la prochaine vague ne frappe l’Amérique du Sud, l’ Afrique et l’Inde de plein fouet …

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