Solitude du citoyen

Édouard Philippe hier
(Photo AFP)

Le déconfinement n’en est pas un exactement puisqu’il sera progressif, lent, et assorti de précautions qui, dans nombre de cas, seront assez rébarbatives pour qu’on y réfléchisse à deux fois avant de l’adopter. La conférence de presse, très pédagogique, teue hier après-midi par Édouard Philippe et son ministre de la Santé, Olivier Véran, aura été, à cet égard édifiante.

C’EST la deuxième fois que le Premier ministre se livre à cet exercice dont nul ne niera la transparence, mais qui a montré derechef que nos dirigeants et nos scientifiques en savent moins sur le virus qu’ils ne le disent. Ce qui, objectivement, place le citoyen dans un dilemme : ou bien il estime qu’il peut et doit retourner au travail, ce qui, en somme, est l’objectif même de de la mesure, ou bien il pense le contraire et risque de rejoindre le camp de tous ceux qui auront manqué l’occasion de redevenir actifs. Or, si l’ignorance de nos meilleurs médecins se confirme tous les jours, celle des non médecins est encore plus grande. La tentation sera donc forte, au sein de la population, de préférer le déconfinement pour des raisons de nécessité plus qu’au nom de leur enthousiasme.

Solution par l’absurde.

Cependant, à l’impératif catégorique du confinement, a succédé celui, non moins puissant, du déconfinement qui devient l’instrument de la remise en route de l’économie française menacée par l’effondrement. Toutes les décisions prises par le gouvernement relèvent d’une nécessité impérieuse, le danger économique n’étant pas moins élevé pour la société française que celui de la contagion. Comme à leur habitude, les pouvoirs publics se livrent donc à une sorte de synthèse périlleuse qui consiste à résoudre le problème par l’absurde, avec l’espoir que la remise en route de la France se déroulera avec des dégâts mineurs. Pour le citoyen lambda, même si dans les deux cas, il fait preuve de civisme, il reste à peu près seul pour se forger une conviction, réduire le risque et accomplir l’exploit de reprendre sa vie normale sans attraper le Covid-19.

Un combat dans le noir.

La peur obèrera fatalement le bonheur de revenir, fût-ce progressivement, à cette normalité, laquelle, de toute façon, sera relative, puisque nous n’aurons pas de vaccin avant au moins un an et pas de traitement, et puisque nous ne savons même pas si nous avons fabriqué des anticorps ou si d’avoir été malades nous a immunisés. Nous sommes des caboteurs qui voguent dans une brume épaisse et risquent de heurter un écueil ou  un ponton. L’expérience peut être assez effrayante pour que nous y renoncions. Enfin, la perspective ouverte par le déconfinement est accablante : pas de vacances, pas de voyages, pas de certitude immunitaire : jusqu’au traitement et au vaccin, la route est longue. Philippe et Véran nous l’ont dit explicitement : il y a assez d’inconnues dans l’équation pour que nous avancions dans la lutte contre le virus en apprenant les notions qui nous manquent et en tentant de faire de chaque nouvel acquis un garde-fou. Il faut, pour triompher au terme de ce combat dans l’obscurité, à la fois diminuer drastiquement la pression sur l’hôpital et réactiver l’économie. Nous n’avons pas pas obtenu le déconfinement sans la discipline de nos concitoyens, et c’est encore la rigueur de chacun d’eux qui assurera la reprise et le rattrapage d’un manque à gagner colossal.

Il ne faut pas se faire d’illusions : malgré les efforts financiers du gouvernement, il y aura des faillites retentissantes, des gens dans le besoin, un chômage qui ne sera résorbé que par le temps, des années de galère et de probables hausses de la fiscalité. Le produit intérieur brut (PIB) a déjà baissé de 8 % cette année. Il serait miraculeux que nous puissions compenser cette baisse en quelques mois. Il vaut mieux se dire que c’est impossible. On se demande si le virus atteint le cerveau et pas seulement les bronches et les poumons : une chose est sûre, il va provoquer des blocages mentaux susceptibles de limiter notre dynamisme.

RICHARD LISCIA

 

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