Au secours, la politique revient !

Édouard Philippe
(Photo AFP)

Le gouvernement souhaite adopter une mesure, le Stop-Covid, technique de traçage des téléphones portables qui permet de connaître les personnes qui se sont rapprochées les unes des autres et auraient augmenté ainsi les risques de contagion entre elles. Il a proposé un débat sur le sujet à l’Assemblée nationale le 27 avril et au Sénat le 28. L’opposition demande que le débat soit assorti d’un vote.

LES travaux des parlementaires sont fortement perturbés par la pandémie, d’autant que nombre de députés ont été contaminés : seulement une fraction des élus participe aux débats, de sorte que députés et sénateurs se plaignent des conditions de travail. Trente-cinq députés LR ont donc réclamé un déconfinement pour que débats et votes correspondent comme d’habitude au fonctionnement de la démocratie, quitte à prendre des risques pour leur santé. L’affaire du Stop-Covid porte sur un sujet sérieux de liberté des citoyens. Le premier réflexe consiste à s’inquiéter au sujet d’un rassemblement de données personnelles dont la confidentialité doit être garantie par l’État et d’un traçage qui ne doit être que provisoire. Dans ce domaine, le débat est légitime et acceptable. Le Premier ministre, Édouard Philippe, n’a pas encore donné son feu vert à un vote. Mais, une fois de plus, nous sommes centrés dans un cycle de contradictions qui risque de compliquer une mesure dont le seul objectif, pour le moment, est de combattre le virus en période de déconfinement.

Bravo pour le courage.

Si les élus veulent montrer qu’ils sont plus attachés au bon fonctionnement de la démocratie qu’à leur vie, saluons leur courage. S’ils veulent exister malgré la crise, rappelons-leur que le premier devoir d’une république commela nôtre est de sauvegarder des vies humaines chaque fois que c’est possible. Un traçage thérapeutique constitue une notion moderne qui a été déjà appliquée en Asie. Il est vrai que n’importe quel régime peut en faire un usage nocif, par exemple, comme en Chine, prendre le contrôle de la population. Si le vrai mobile des oppositions, toutes unies pour mener la vie dure à l’exécutif sur ce sujet, consiste à exprimer leur profonde méfiance à l’égard du pouvoir, il est temps de dire que ce gouvernement, pendant toute la crise, a agi en toute transparence et qu’il a tenu à diverses reprises à rassurer les Français sur le traçage. Vous n’empêcherez aucun adepte du complotisme, aucun réseau social de dénoncer les manigances gouvernementales. Le grand désespoir induit par le virus, en dehors des malades et des décès, c’est l’incapacité de désigner un responsable. Il leur faut en trouver un. Que les oppositions, si diverses et si confuses par ailleurs sur le ce qu’elles feraient à la place du pouvoir, se saisissent de la paranoïa d’une fraction de la population est dans ce cas condamnable.

Des projets qui peuvent attendre.

Tout confiné comprend l’impatience des élus à reprendre le rôle essentiel qu’ils jouent dans la vie publique. Il ne faut pas qu’ils y retournent par les moyens de la manipulation et il ne faut pas qu’ils se mettent en danger en se précipitant tous vers le Palais-Bourbon et vers le Sénat. Il me semble qu’on est élu quand on a un minimum d’intelligence ou de clairvoyance. Celles-ci leur commandent d’évaluer la signification et les risques de leurs revendications. Si Stop-Covid est une menace pour les libertés civiles, il faut s’en passer. Si ce danger est illusoire et que les oppositions veulent seulement agiter les eaux endormies du marigot, qu’elles laissent plutôt faire le gouvernement. On dénombre 20 000 morts en France. Il y en aura d’autres. Comme les voyages et les mariages, les projets électoraux devront attendre.

RICHARD LISCIA

PS- En fin de matinée, le gouvernement a accepté de faire suivre chacun des deux débats par un vote.

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3 Responses to Au secours, la politique revient !

  1. Laurent Liscia dit :

    Mêmes techniques étudiées ici par Google et Apple. Espérons simplement que, une fois la crise passée, on renoncera à ce type de projet.

  2. Victor J dit :

    Personnellement très opposé à l’étalage sur les réseaux sociaux de ma vie privée, je n’ai pas hésité à me brancher sur les applis « Track-Virus et Hamagen » qui me montrent en temps réel les contacts suspects que j’aurais pu croiser. Dans le cas d’Hamagen, je serais prévenu directement et orienté vers un test et/ou une mise en quarantaine améliorée. Cela au prix d’une abdication (volontaire, j’insiste) de mes libertés, pour mon propre bien et celui de tous. Je ne comprends pas les atermoiements de la classe politique française ; quand il y a le feu, les pompiers n’attendent pas le feu vert. Mais voilà, cela se passe en Israël, qui a pris les bonnes mesures d’emblée, et vivement remercié par le chancelier d’Autriche qui a bénéficié du conseil des Israéliens.

  3. Étienne Robin, néphrologue dit :

    S’agissant des députés qui voudraient faire fi du confinement, pour retourner travailler à l’assemblée, et nolens volens augmenter les risques de contamination, vous écrivez : « Si les élus veulent montrer qu’ils sont plus attachés au bon fonctionnement de la démocratie qu’à leur vie, saluons leur courage ». Je comprends votre ironie et je l’approuve.
    Toutefois, ne nous trompons pas sur les conséquences déclenchées par ceux qui se déconfinent. Ils se mettent très peu en danger personnellement, à moins d’être fragiles, obèses, âgés… Ils mettent bien davantage en danger des inconnus, en favorisant la circulation virale. On ne doit pas « saluer leur courage » mais plutôt dénoncer leur cynisme malveillant. À moins qu’ils ne soient très bêtes, et n’aient pas encore compris ceci : on ne se confine pas pour se protéger, mais d’abord pour protéger les autres.

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