La REM en ébullition

Gilles Le Gendre
(Photo AFP)

Gilles Le Gendre, chef de file des députés de la République en marche, a envoyé au président de la République, vendredi dernier, son « casting » personnel pour un remaniement gouvernemental qui inclurait le départ du Premier ministre, Édouard Philippe. Son initiative, qui n’a pas de précédent, a été vivement contestée par nombre d’élus de la REM.

LES députés du mouvement macronien se sont réunis aujourd’hui pour crever l’abcès créé par M. Le Gendre et révélé par l’hebdomadaire « Marianne ». Le chef de la majorité à l’Assemblée, qui n’a pas toujours su maîtriser ses troupes, a oublié le protocole en faisant au chef de l’État des suggestions dont la nature est très politique, alors que seul Emmanuel Macron peut prendre la décision de se séparer de son Premier ministre. Sa vision des choses est compliquée puisqu’il propose le remplacement d’Édouard Philippe par Bruno Le Maire, de sorte que l’arrivée de M. Le Maire à Matignon ne supprimerait pas l’accusation de la gauche, selon laquelle le macronisme, c’est la droite-bis, alors que le président avait promis un mouvement et de droite et de gauche.

Un plaidoyer agaçant.

Gilles Le Gendre se défend comme un beau diable : sans nier qu’il ait envoyé un message au président, il affirme que le texte publié par « Marianne » est « plein de contre-vérités ». Plaidoyer classique dans ce genre de polémique, et en outre agaçant car, si l’opinion, plutôt favorable au Premier ministre, ne semble pas lui reprocher la gestion de la crise sanitaire, elle n’aurait pas de mal, si elle s’y intéressait, à dénoncer celle des députés de la REM par M. Le Gendre, qui n’a pas empêché  la défection de 14 membres du mouvement, partis dans des groupes divers, et de perdre la majorité absolue. En 2017, il y avait 314 députés de la REM, aujourd’hui il n’y en a plus que 288. Il est logique de dire en l’occurrence que les malheurs de Gilles, que lui-même attribue au terrible contexte créé par le Covid-19, relèvent aussi de son visible manque d’autorité, de son incapacité à persuader et de son aptitude à regarder les trains passer. De sorte que c’est sa propre position qui est en danger, bien plus que celle du chef du gouvernement, dont la cote de popularité atteint 46 % et qui, selon nous, n’a pas démérité. Certes, M. Le Gendre ne pouvait pas savoir que son message serait révélé par un journal, mais cette affaire ressemble à la pandémie : l’activité en politique doit être extrêmement prudente si l’on n’évite pas d’être contaminé à la faveur d’un geste de trop.

L’arroseur arrosé.

Il était possible de croire que, en fin de matinée, M. Le Gendre perdrait ses fonctions, à la façon de l’arroseur arrosé. Il n’en a rien été car il a donné des explications sur son comportement, en faisant bien attention de ne désigner aucun adversaire interne au parti. Sans doute s’est-il emballé en écoutant avec trop d’attention les rumeurs qui circulent dans les médias toujours soucieux d’avoir un temps d’avance et annoncent au conditionnel que les facteurs sont réunis pour le départ de M. Philippe. Il n’est venu à l’idée de personne que la popularité du Premier ministre est un atout pour le président. Il est plus simple de penser qu’il fait de l’ombre à Macron, lequel, si on pousse l’analyse, n’a jamais détesté se confronter aux plus menaçants de ses adversaires. En outre, la théorie de la presse est que le gouvernement penche trop à droite et qu’un remaniement devrait y amener un certain nombre d’hommes de gauche. Bruno Le Maire vient des Républicains, il ne répond donc pas à un besoin de rééquilibrage. On va nous dire, non sans logique, que le projet de la macronie est largement mis à mal par une conjoncture détestable, qui a commencé avec l’accueil très négatif réservé aux réformes, a perdu beaucoup de son énergie pendant la crise des gilets jaunes et s’est affaissé pendant la crise sanitaire. À quoi il faut ajouter que les marcheurs ont à peu près tout fait pour se quereller, pour se diviser, pour ne pas dialoguer et, souvent, pour servir leurs propres intérêts plutôt que l’intérêt général. Le faux-pas commis par Gilles Le Gendre, à la fois peu éthique et peu constitutionnel, dans un climat de secret de Polichinelle, ce qui ridiculise sa démarche et le place sous le tir nourri de ses collègues de l’Assemblée, en dit long sur cette ambiance de fin de règne. Mais la Macronie n’est pas morte et M. Philippe va être renforcé par l’épisode. Il lui sera lors loisible de demander à la REM une loyauté sans failles et une discipline de fer. On est sûr qu’il aura plus d’autorité que M. Legendre.

RICHARD LISCIA

 

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One Response to La REM en ébullition

  1. Michel de Guibert dit :

    Le plus ridicule et le plus risible dans cette affaire, c’est que Gilles Le Gendre se voyait en ministre des relations avec le Parlement !

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