Macron : le vote américain

Macron : au moins une voix
(Photo AFP)

Ce que suit arrive un peu tard, mais il fallait lire l’hebdomadaire « Marianne » : il a été le premier à signaler, le 5 juin dernier, un article du New York Times qui félicite Emmanuel Macron pour son bilan général et pour sa gestion de la crise sanitaire.

ON A les soutiens qu’on peut, mais celui du plus grand quotidien des États-Unis n’est pas complètement négligeable. Il s’agit d’un article du chef du bureau du Times à Paris, Adam Nossiter, et dont le titre est le suivant : « Macron repousse le coronavirus. La France n’est pas impressionnée».  M. Nossiter note que le président de la République a «repoussé le coronavirus, empêché les licenciements massifs, soutenu les salaires des chômeurs et atteint un taux de mortalité inférieur à celui de ses voisins, sauf l’Allemagne. (…) Ne le dites pas aux Français, qui en veulent plus que jamais à Macron ». Il n’est pas question d’y voir seulement un phénomène conjoncturel : depuis que le chef de l’État a été élu en 2017, c’est comme ça. Mais alors, qu’est-ce qui explique cette désaffection des Français pour leur président ? Le New York Times met en cause la communication du président :« Emmanuel Macron est son pire ennemi avec un style qui peut sembler impérieux ».  Seulement un problème de communication ?

Un ouf de soulagement.

Non, bien sûr. « Marianne » pousse un ouf ! de soulagement : « Un peu plus et on l’aurait presque cru parfait », ce qui sûrement serait insupportable sur le plan politique. L’hebdo français ne revient pas sur le rôle des réseaux sociaux, la crise artificielle mais interminable des gilets jaunes, les réformes voulues par nos dirigeants mais détestées par un peuple qui a horreur qu’on le dérange, la frustration presque indescriptible de la droite qui continue de croire que Macron lui a volé la présidence sans admettre que son candidat avait des démêlés avec la justice, l’incontrôlable étau du second tour qui oblige à ne pas choisir  Marine Le Pen, et sur l’attitude de beaucoup qui ne voyaient en 2017 dans l’irruption du macronisme qu’un feu de paille sans comprendre qu’il était durable et en sont restés frustrés jusqu’à ce jour parce qu’ils n’aiment pas s’être trompés aussi lourdement. Même s’il est un bon connaisseur des affaires françaises, M. Nossiter a préféré attribuer l’impopularité de Macron à la versatilité du peuple. En réalité, elle est le produit de plusieurs facteurs, à la fois historiques et actuels.

Avec Macron, au moins, on est averti.

Emmanuel Macron n’est certes pas parfait, mais si  les gens commençaient à raisonner, ils comprendraient qu’il ne mérite pas la couronne d’épines que les amers, les agressifs, la gauche et la droite lui ont tressée. S’il n’avait pas voulu se situer à la fois dans toutes les nuances du spectre idéologique, il n’aurait pas réalisé la convergence des attaques (sinon des idées) contre lui. S’il n’avait pas poussé les réformes dont nous avons pourtant tant besoin, il aurait davantage d’électeurs. Et oui, la verticalité de ses décisions a fait de lui un épouvantail, l’homme par qui tous les malheurs arrivent, l’homme qu’il faut abattre à n’importe quel prix. En d’autres termes, il vaut bien plus que la note médiocre ou nulle qu’on lui accorde, par mauvaise humeur, par ressentiment, par mimétisme.

Il vaut d’ailleurs moins par son bilan finalement mitigé que par la médiocrité de ses adversaires, gauche explosée, droite revancharde qui s’y revoit déjà, extrême gauche plus bravache que vaillante, écologistes aussi éparpillés qu’une bande de moineaux effrayés par un tir de carabine. Quand on entend Yannick Jadot répéter sans cesse que les Verts peuvent gagner les élections de 2022 sans nous expliquer de quelle manière il appliquera un programme trop ambitieux pour être réaliste, on devine sans effort que son analyse repose sur l’idée que le macronisme n’est qu’un accident dans le parcours de la République.

Mais ce n’est pas sûr. Non seulement Macron a bien géré la crise, non seulement, il apparaît aujourd’hui comme l’homme-lige de l’Europe, mais il a résisté à une crise sanitaire qui menaçait et menace encore les fondations de la France. Or on connaît Macron, on sait ce dont il est capable et on peut donc lui faire confiance pour poursuivre dans la voie qu’il s’est tracée et n’a jamais cachée à personne. De ses adversaires, on ne sait pas grand-chose, sinon que, depuis le premier jour de son mandat, ils réclament sa place.

RICHARD LISCIA

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4 Responses to Macron : le vote américain

  1. D.S. dit :

    C’est aussi la question qui me taraude. J’avais aussi repéré les louanges du NYT concernant Emmanuel Macron. Il est vrai que les Américains ont de bonnes raisons d’ être jaloux. Alors, pourquoi notre président attire-t-il autant les critiques ? Et pourquoi, le fait de le soutenir est il si mal vu ? Le Premier ministre est particulièrement bien placé dans les sondages récents. Certains suggèrent l’interprétation suivante: cela permet d’enfoncer un peu plus celui que l’on n’aime pas. Je me souviens aussi, pendant les gilets jaunes, de la question posée à une vieille dame: « Que voulez vous obtenir, Madame ? » Réponse de la dame presque en larmes: « Je veux juste que Macron s’en aille ».

  2. Doriel pebin dit :

    Très bonne analyse : les anti tout ne savent que critiquer sans apporter de solutions crédibles. Mme Le Pen, patronne d’une TPE, brigue le pouvoir sans avoir exercé d’autres responsabilités que celle de députée. Quel gage de compétence ! On a pourtant déjà donné avec M. Hollande, passé de président d’un conseil général à président de la république. M. Jadot et M. Mélenchon en rêvent aussi alors qu’ils ne représentent qu’une petite minorité (environ 15 %} et proposent des solutions pour le moins théoriques (du 19e siècle) ou utopiques. La droite n a pas de chef charismatique, les prétendants se battent pour faire une politique proche de la REM que la droite n avait pas eu le courage de faire. Le PS est désolant dans son absence de remise en question tout en courant après l’extrême gauche en ayant oubliant les valeurs de la social-démocratie. Bien évidemment, tous ces vrais hommes et femmes politiques auraient géré sans problème la crise des gilets jaunes ou la grève de la SNCF ou la réforme de l’État ou la crise du Covid en faisant l’admiration unanime du peuple français et de tous les partis politiques. Il est vrai que notre époque d’adolescents immatures biberonnés au Yaka et il faut que, au zapping, à l’hyperîndividualisme et à la défiance peut accoucher du plus invraisemblable. Bolsonaro et Trump en sont la preuve.

  3. Picot dit :

    Macron a bien géré la crise ? Pas de masques, pas de solution hydroalcoolique, pas assez de lits et de respirateurs. Il a été aussi lamentable et menteur que ses prédécesseurs. Il n’a géré que sa com et pour ça il est excellent.

    Réponse
    Votez Bolsonaro. Pas de solution hydroalcoolique ? C’est quoi, ce gros mensonge ?
    R. L.

  4. admin dit :

    L. Liscia dit :
    La popularité à l’étranger n’a jamais rien fait pour un candidat national.

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