Dijon, Macron, Mélenchon

Mélenchon dépassé par les faits
(Photo AFP)

Une sorte de tempête imprévue s’est abattue sur la ville paisible de Dijon quand des immigrés tchétchènes qui réglaient leurs comptes entre eux avec une violence inouïe y ont causé d’insupportables dégâts. Aussitôt la classe politique est entrée en scène, prompte à se ridiculiser.

LES VIOLENCES de Dijon sont apparues comme une sorte de révélateur parce que, depuis quelques jours, l’opinion se pose d’angoissantes questions sur le rôle de la police française. Le meurtre de George Floyd à Minneapolis, dans le Minnesota, par un policier particulièrement cruel, qui a étranglé la victime en lui enfonçant son genou dans le larynx, a été considéré comme un scandaleux abus et comparé au traitement subi, aux mains de la police française, par Adama Traoré il y a quatre ans. La famille et les avocats de Traoré, avec un sens politique indiscutable, ont amplifié l’amalgame et déclenché une série de manifestations contre la violence policière en France. Elles ont été suivies par des milliers de personnes et parfois ont été accompagnées de déprédations. Dans cette chronique, nous avons dénoncé le racisme sous toutes ses formes, y compris celui d’un certain nombre de policiers qui représentent une minorité ; et tenté de montrer qu’il était impossible de comparer le racisme en France et celui des États-Unis, lié à l’esclavagisme, puis au ségrégationnisme, deux malédictions qui ont épargné notre pays.

Le va et vient des convictions.

Dans tous les camps politiques, nous avons assisté à d’incroyables allers-retours. Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, qui n’a cessé de donner l’image d’un homme fort, associé à l’ordre républicain, a fait une déclaration vigoureuse contre le comportement raciste de quelques milliers de policiers qui expriment leur intolérance sur les réseaux sociaux. Le Premier ministre, décelant aussitôt le danger d’une telle déclaration alors que les forces de l’ordre sont épuisées après la lutte contre les gilets jaunes, par les manifestations accompagnées d’émeutes pour la réforme des retraites et par la surveillance des gestes-barrière dans la crise sanitaire, a renouvelé la confiance de l’État dans sa police et sa gendarmerie. Et puis, comme si le destin  voulait nous rappeler qu’il ne faut jamais parler sans avoir suffisamment réfléchi, les Tchétchènes, souvent venus d’autres régions françaises, se sont livrés à la destruction d’un quartier de Dijon. Entretemps, Jean-Luc Mélenchon avait dénoncé le racisme des policiers et exigé qu’ils soient désarmés, pas moins. Pour Dijon, il a déclaré l’inverse, insistant alors sur l’absence de l’État, l’accusant d’avoir abandonné cette ville, et réclamant la mise au pas des éléments tchétchènes les moins disciplinés. M. Mélenchon avait aussi exigé la mise hors-la-loi de la technique dite d’étranglement que les policiers appliquent aux délinquants les plus agités ou dangereux. M. Castaner, obligeamment, l’avait interdite, le Premier ministre l’a rendue légale de nouveau.

Marine attaquée.

A l’extrême droite, Marine Le Pen, n’écoutant que son courage, se rend à Dijon et y prononce, comme d’habitude, son discours définitif sur ces hordes venues d’Asie pour détruire notre pays et qu’il faut promptement reconduire à la frontière. Il est indéniable que les émeutes de Dijon apportent beaucoup d’eau à son moulin, qui broie tous les jours de l’étranger ; et rendent acceptable la fermeture de nos frontières, au moins pendant le moment où l’émotion du public est à son comble. Brigands interpellés, envoi de renforts, la France de l’ordre a reconquis Dijon. Mme Le Pen, qui avait si bien réussi son coup, a eu néanmoins une grande frayeur : des jeunes gens non Tchétchènes l’ont menacée, ont donné des coups de pied à sa voiture et elle ne doit son salut qu’à la virtuosité de son chauffeur.

Que valent les grands principes face à la sordide réalité des faits ? Le combat contre le racisme, y compris le racisme policier, ne passe pas par la disparition de la police, pilier de l’État, du pouvoir et de l’ordre. Encore une fois, le parallèle entre Floyd et Traoré n’existe pas car il s’agit de deux nations, les États-Unis et la France, qui n’ont pas la même histoire ; la lutte contre le racisme ne doit pas nous transformer tous en enfants de chœur, portant un tendre regard sur la violence et le crime. En d’autres termes, il n’existe pas de politique solide et durable qui ne soit le produit du sang-froid. Le racisme est intolérable, mais le trafic de drogue continue ; la police doit se modérer, mais rester opérationnelle ; une autre forme de « en même temps », en quelque sorte.

RICHARD LISCIA

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One Response to Dijon, Macron, Mélenchon

  1. Laurent Liscia dit :

    Excellent!

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