Le dessein de Macron

Eric Dupond-Moretti
(Photo AFP)

La classe politique se perd en conjectures sur les personnes qui ont le plus influencé Emmanuel Macron pour sa sélection de ministres, le plus important ayant été, selon certains, Nicolas Sarkozy.

ON RETROUVERA en effet le rôle joué par l’ancien président, avec lequel M. Macron s’entend si bien, dans la droitisation croissante de l’équipe gouvernementale. Mais si le chef de l’État aime bien dialoguer avec ses prédécesseurs, François Hollande compris, il finit toujours pas décider seul. Nombre de ministres venus de la droite occupent effectivement des fonctions régaliennes. D’autres, au moins une demi-douzaine, viennent de la gauche. Le choix d’Édouard Dupond-Moretti est un acte purement macronien où le fantasque le dispute au calcul le plus élaboré. L’écologie, décrite comme une obligation par Jean Castex, a convaincu le président de donner à Barbara Pompili la deuxième place dans la hiérarchie gouvernementale. Mais le plus compliqué, dans la théorie de l’influence sarkozyste, c’est l’idée qu’il n’y a pas d’avenir pour la République en marche, et par conséquent pour le second mandat, si le gouvernement, malgré la pression des écologistes, ne rallie pas à lui la plus grande partie des électeurs de droite. Les Jacob, les Hortefeux, les Morano et les Abad, qui ont la dent si dure contre Édouard Philippe et contre Jean Castex, ces suppôts du macronisme voués à leur prendre des voix, devraient donc, si l’on en croit l’hypothèse de l’influence sarkozyste, se retourner contre l’ancien président, celui-là même qu’ils portent aux nues.

Le match Pompili-Hulot.

Pour ma part, je tiens à revenir sur la nomination de Mme Pompili, dont on s’est hâté de dire qu’elle n’aura pas de marge de manœuvre. Ce n’est pas parce qu’elle est dépourvue de toute agressivité, ce qui apporte un peu d’apaisement aux dissertations passionnées, qu’elle n’a pas reçu quelques gages, le premier étant que qui néglige le climat sera puni électoralement. Je trouve logique et sain qu’un ou une écologiste préfère faire que dénigrer et que Mme Pompili est louable de s’engager, contrairement à Nicolas Hulot, qui n’a pas voulu salir ses blanches mains et continue à demander le plus sans rien faire pour l’obtenir, sinon rejoindre la meute de ceux qui veulent bâtir la défense de l’environnement sur les ruines de la société actuelle. Du coup, la notion de « transition écologique » me semble d’une sagesse extrême. M. Hulot n’aurait jamais dû descendre de sa tour d’ivoire s’il a cru, ne fût-ce qu’un instant, qu’il serait doté de pouvoirs supérieurs à ceux du président. À la fin, il y a, dans son attitude d’une pureté extrême mais aussi d’un total immobilisme, quelque chose de négatif et de nuisible à sa propre cause. Le dosage droite-gauche trouve ici ses limites : Barbara Pompili est de gauche, et elle sait que l’avenir est celui de l’écologie. À ce titre, elle croit pouvoir faire plus que ses prédécesseurs mais moins que les écolos purs et durs, surtout ceux de la décroissance et du retour à l’animalité.

Jamais le clivage droite-gauche n’a été aussi obsolète.

Dans un instant de grâce, les chefs des Républicains ont d’ailleurs dit qu’ils ne s’opposeraient pas à l’entrée de quelques-uns des leurs au  nouveau gouvernement. Ils n’en ont pas moins vivement critiqué la composition de l’équipe de M. Castex, qui a cru nécessaire de rendre sa carte LR au parti. Ce qui situe l’endroit de l’incohérence : elle n’est pas chez M. Castex, mais dans le mouvement qui se revendique du général De Gaulle. Il se bat, certes, pour ne pas perdre son électorat, mais face aux deux périls, extrême droite et extrême gauche, il devrait se rapprocher de la République en marche. De la même manière, on prétend que le choix de Me Dupond-Moretti a été déterminé par d’occultes influences. Il n ‘en est rien. C’est celui de M. Macron lui-même dont le péché mignon est d’épater la galerie et il y est cette fois parvenu. Je ne sais pas où il va et s’il réussira, mais je suis sûr que, face à la puissance des réseaux sociaux, à la bêtise des accusations portées contre lui, à la haine qu’il inspire, jamais le clivage gauche-droite ne m’a semblé aussi obsolète. Nous n’en sommes plus là. Nous en sommes à ce point de notre histoire où le trou noir de l’adversité a absorbé du même coup notre intelligence collective, à l’instant précis où il faut remonter la pente au moyen de la discipline et du sang-froid.

RICHARD LISCIA

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