La non-stratégie de la droite

François Baroin
(Photo AFP)

Malgré le regard sévère qu’ils jettent sur la gouvernance macronienne, les Républicains n’ont pas réglé leurs multiples difficultés. Si le temps qui nous sépare de la présidentielle de 2022 est limité pour tout le monde, il l’est encore plus pour LR.

PARMI les difficultés de la droite, il y en a deux qui sont considérables mais qu’elle peut surmonter si elle se ressaisit : elle doit d’abord trouver un candidat crédible à la fois pour ses compétences et son charisme et ensuite elle doit décider si elle a besoin ou non d’une primaire. Sur le premier point, François Baroin semble faire l’affaire. Mais sa méthode, pour le moment, consiste à ne pas s’exposer, à ne pas tenter de s’imposer au parti. De sorte qu’il risque de se retrouver dans une longue liste de candidats à l’investiture. Les autres ténors du parti sont en réalité des dissidents : Valérie Pécresse, Xavier Bertrand ont pris leurs distances et n’ont peut-être la légitimité nécessaire pour être choisis par LR. En d’autres termes, la pré-campagne est déserte, mais les candidats potentiels sont nombreux (il y a d’autres noms) et s’ils se présentent tous au même moment, la primaire sera inéluctable. On a vu, aux municipales, combien de candidatures entêtées ont mis en difficulté leur parti et ont échoué à cause de la dispersion des voix. Il n’est  pas négligeable que le député LR Guillaume Larrivé, redoutable membre de la commission de l’Assemblée nationale qui enquêtait sur l’affaire Benalla, se prononce aujourd’hui, avec une vigueur remarquable, en faveur du président et de son gouvernement.

Primaire ou non ?

Chez LR, le premier qui annoncera sa candidature déclenchera toutes les autres. Tous, après de longues hésitations, affirmeront qu’ils ne pensaient qu’à l’investiture, qu’ils se réservaient pour l’avenir, qu’ils étaient déjà des candidats silencieux. M. Baroin ferait mieux, lui qui attire tant de regards, de se déclarer le plus tôt possible. L’incertitude ronge la droite. mais la pléthore de candidats n’arrangerait rien : une primaire creuserait, peut-être irrévocablement, les divisions idéologiques au sein du parti. Lequel aurait beaucoup de mal à refaire son unité après la primaire. La désignation d’un candidat sans primaire lui donnerait le temps de s’affirmer, de se faire connaître et d’exposer un programme forcément touffu et complexe. Ce n’est pas une solution de facilité et elle écarterait de manière non démocratique quelques talents.

Une période pleine d’incertitudes.

Les Républicains savent toutefois que la précipitation n’est pas nécessairement bonne conseillère et que, comme les expériences récentes l’ont démontré, des événements peuvent survenir qui changent la donne après la désignation, par primaire ou non, du candidat. C’est d’autant plus vrai que nous abordons une période particulièrement incertaine : nous ne savons pas quand la pandémie de Covid-19 se terminera, nous ne savons pas dans quel état sera la France à la fin de 2021, et nous n’avons pas la moindre idée de la popularité d’Emmanuel Macron au terme de son mandat. Tous paramètres qui sont essentiels, de sorte que LR doit en quelque sorte choisir à l’aveugle. Il ne fait pas de doute que,  dans ce contexte, M. Baroin, qui s’apprête à publier un livre et à sortir de sa tanière, se présenterait comme un candidat moins vulnérable à la conjoncture. Sauf que, comme il m’est arrivé de le dire, M. Baroin a un défaut ou une qualité, comme on voudra : il est finalement la copie conforme de M. Macron, sur le plan des idées, du charisme (il en a plus que le président) et même de la méthode. De même que Nicolas Sarkozy n’a jamais pu reconquérir ceux des siens qui ont été séduits par Marine Le Pen, de même M. Baroin risque de se heurter à l’idée ou à l’illusion que la copie ne vaut pas l’original.

L’argument imparable de Macron.

Certes, il n’est jamais difficile de se démarquer du président en l’accablant de critiques sévères. On vient de le voir avec le succès européen de M. Macron que LR présente comme une déroute abjecte. Cependant, un candidat ne doit pas offrir les verges avec lesquelles on peut le fouetter. Il y a quand même une limite à la déraison. Macron dispose d’un argument imparable : qu’auriez-vous fait à ma place ? Ce n’est pas vous qui avez passé 90 heures à Bruxelles pour trouver des compromis. Ce n’est pas vous qui avez touché un chèque de 40 milliards non remboursables. Ce n’est pas vous qui avez sauvé l’Union européenne. Le pire, pour LR, serait le débat idéologique. Aujourd’hui le plus européen d’entre nous, c’est Macron, c’est la République en marche, c’est ce mouvement qui a repris du poil de la bête après trois ans de réformes, d’agitation sociale, d’usure et de démissions. Depuis lundi, la donne a changé ; elle risque de changer encore, après la désignation du candidat de la droite.

RICHARD LISCIA

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One Response to La non-stratégie de la droite

  1. Laurent Liscia dit :

    Une amie (de gauche) me disait hier qu’elle etait anti-macronienne de la première heure. Un ami, de droite, m’assurait que Macron était un minable vendu aux banques (les relents d’anti-sémitisme affleurent, bien sûr, puisque les juifs contrôlent les banques et ont sans doute financé à crédit la création du système solaire). Il doit y avoir du bon dans une politique qui irrite tous les idéologues français 😉

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