Relance : 100 milliards

Jean Castex
(Photo AFP)

Le Premier ministre, Jean Castex, a annoncé ce matin les grandes lignes de son plan de relance économique d’un montant de cent milliards d’euros pour 2021. Il entend créer 160 000 emplois au cours de l’année prochaine, ce qui ne suffira pas à résorber le chômage.

SUR CES 100 milliards, 30 iront vers la transition écologique, prouvant par les chiffres que l’occasion pour le pays de s’engager dans une économie beaucoup plus respectueuse de l’environnement a été saisie. Comme d’habitude, le débat, pour ne pas dire la polémique, est ouvert sur le montant et la répartition des fonds. Les écologistes voudraient que la priorité écologique soit en tête de la liste des mesures. Mais il y aura en 2022 un nouveau plan de cent milliards et peut-être alors la part de l’écologie sera-t-elle plus belle dans un pays dont l’économie se sera redressée. Les Verts ont sur la question des idées infiniment respectables. Toutefois, le gouvernement a une immense responsabilité, celle de conserver l’emploi existant et de créer de nouveaux emplois. C’est pourquoi il consacre 35 milliards à la compétitivité et 6,5 milliards pour l’emploi des jeunes : une génération arrive ce mois-ci sur le marché dont elle risque de trouver les portes fermées.

Économie dirigée ?

M. Castex en appelle à la responsabilité des Français. Sans leur coopération dynamique, le plan est menacé d’échec. Les objectifs annoncés par le chef du gouvernement ne sont pas inaccessibles, ils semblent raisonnables. Ils seront en outre surveillés et contrôlés par le nouveau Haut-Commissaire au Plan, qui n’est autre que François Bayrou, le maire de Pau et chef du MoDem. Là aussi, le retour à la planification de l’économie soulève un débat. Certains économistes ne sont pas hostiles à un strict contrôle de l’usage des fonds  qui vont être déversés sur l’économie française. D’autres pensent que le plan, qui a été notre instrument principal de gestion de l’économie jusqu’à il y a vingt ans et a été ensuite abandonné au nom d’une mondialisation sur laquelle il n’avait aucun effet, ne servira à rien : si, par exemple, on assiste à des relocalisations industrielles en France, c’est pour des raisons pratiques de gestion des entreprises et non sous l’effet de la coercition. M. Bayrou risque donc de se retrouver devant des mouvements sur lesquels il n’aura aucun pouvoir tant qu’il n’y aura pas un retour à l’économie dirigée. Et il n’y en aura pas, en tout cas pas avant 2022.

Retour à la production.

Les annonces de M. Castex ont nuancé la perception de la pandémie dont on parle moins, peut-être parce que les Français sont moins effrayés : il est vrai que de nombreux cas de contamination se produisent chaque jour, mais ils sont aussitôt pris en main, de sorte que les hôpitaux ne risquent pas ou plus d’être débordés. Certes, il est souvent difficile de concilier les gestes-barrières et la recherche active d’un emploi et, pour les jeunes, la conjoncture est particulièrement difficile : ils n’avaient jamais été confrontés à cette double difficulté. Personne ne pensait que la rentrée serait idéale, mais le gouvernement, jusqu’à présent, a joué son tôle en se battant sur les deux fronts. On lui reproche encore d’inquiéter les Français par ses appels répétitifs à la prudence face à l’épidémie, mais il ne l’a fait que parce que le dé-confinement et les vacances ont pratiquement obéré la vigilance populaire. Le dé-confinement n’était pas le signal du retour à la situation pré-Covid. Il était dicté par l’impérieuse nécessité de revenir à la production.

De la même manière, l’ambition écologique et la création d’emplois, sans être contradictoires, restent deux combats différents à cause de l’urgence qu’il y a à mettre les jeunes au travail, pendant une année dont le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle a été chamboulée par le virus. Dans son plan de relance, quitte à se répéter, le gouvernement n’a absolument pas oublié l’écologie. Mais l’ambition d’entrer dès aujourd’hui dans un plan à long terme (2030 ou 2050) est incompatible avec le devoir de donner un travail aux jeunes ici et maintenant et pas dans dix ans. Ne peut-on pas dire, cette fois, que nos dirigeants ont fait la bonne analyse ?

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Relance : 100 milliards

  1. Laurent Liscia dit :

    En effet, c’est la bonne analyse. Et 100 milliards face aux 5 000 milliards engagés par les US, avec les résultats qu’on sait en matière de pandémie.

  2. Michel de Guibert dit :

    Richard Liscia, êtes-vous certain qu’il ne peut y avoir un retour à l’économie dirigée ?

    Réponse
    Je crois surtout que les doutes inspirés par n’importe quel système font qu’on ne peut jurer de rien. Cependant une chose est sûre : l’existence d’un plan ne garantit pas la souplesse de l’économie et son adaptation aux événements.
    R. L.

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