Célébrer la République

Macron au Liban
(Photo AFP)

Emmanuel Macron prononce aujourd’hui au Panthéon un discours (un de plus) à l’occasion  du cent-cinquantième anniversaire de la République. Celle-ci, à ce jour, n’a pas encore eu la longévité de la monarchie française, régime auquel il y a bien peu de chances que nous retournions jamais.

LA RÉPUBLIQUE ne peut imposer ses lois que dans un cadre constitutionnel et avec le soutien d’une forte démocratie parlementaire. Il  y a de prétendues Républiques en Iran, en Chine, en Russie, en Corée du Nord qui sont en réalité des tyrannies. Il y a aussi des Républiques qui cèdent à la corruption et à l’affaiblissement du droit. Sans doute dans la perspective de cet anniversaire, Marine Le Pen nous a abreuvés de discours sur sa manière de concevoir le rôle et le fonctionnement de la République. M. Macron lui opposera le concept inverse, celui du patriotisme.

« Le nationalisme, disait Romain Gary, est le cancer du patriotisme ». C’est ce qui a amené l’hitlérisme en Allemagne et au Japon à la veille de la Deuxième Guerre mondiale. En France, en 1940, la France s’est jetée dans les bras du pétainisme, renonçant du même coup à la République, qui fut remplacée par l’État. C’est ce qui permit un jour à Mitterrand de dire que l’État français n’était pas la France et donc que celle-ci n’était pas responsable de son alliance avec Berlin et des actes scandaleux de l’antisémitisme.

On retiendra l’observation de Jean-Luc Mélenchon, furieux, comme d’habitude, de ce que nous commémorions la République de 1870 et non celle de 1792. Il a tout à fait raison, mais il s’intéresse exclusivement à la République qui lui convient et non à celle qui a mis fin à la monarchie et à l’Empire.

Pas de République sans démocratie.

La République doit donc ajouter à sa vertu prédominante d’autres ingrédients qui renforcent sa pérennité. Le patriotisme est le vecteur logique de la mise en place de valeurs qu’on espère toujours indestructibles, parce qu’il inspire une exigence élevée du nationalisme, il l’empêche de tomber dans d’affreux compromis avec des puissances maléfiques, il arme les décisions justes qui entraînent le peuple. Seule, c’est-à-dire sans les institutions qui la renforcent, la République souffre de ne pas nécessairement faire mieux que la monarchie. Il existe des monarchies de par le monde qui sont des modèles de démocratie comme en Scandinavie ou en Grande-Bretagne. Non seulement, la République doit disposer d’un Parlement actif, mais elle doit avoir une majorité forte qui protège la Constitution, si elle ne veut pas sombrer dans une mésaventure, comme cela est arrivé au Japon et à l’Allemagne. Et à nous-mêmes.

Une coupure avec le passé.

C’est pourquoi le patriotisme est un excellent guide intellectuel. Il conduit à la défense des principes éthiques les plus important, par exemple la liberté d’expression, par opposition au nationalisme qui asservit l’esprit du peuple à la passion. Je le dis aujourd’hui parce que tout le monde n’est pas de cet avis et que des forces ne cessent de s’organiser pour « faire une autre République », c’est-à-dire une autre Constitution d’où toute tolérance disparaîtrait. C’est en ce sens que le discours de M. Macron a son importance. Il est très utile de rappeler les qualités du régime sous lequel nous vivons, parce que nombre d’extrémistes souhaitent une coupure franche avec le passé sous le prétexte que la République actuelle serait la source de tous nos maux. Ce n’est pas vrai. Et il me semble que le gaullisme, en  ré-instituant la République après la guerre, a ouvert la voie à un régime durable et efficace, d’autant qu’il a créé en même temps un régime social qui a fait jusqu’à présent le bonheur des Français. Le phénomène le plus curieux de ces trois dernières années, c’est que les Français écoutent de plus en plus les sirènes du nationalisme que Mme Le Pen ne cesse de faire résonner. Ils traversent en effet une période de grand désarroi, sans essayer de comprendre que les défis auxquels ils sont confrontés ne sont jamais les mêmes. Il ne s’agit plus de bouter l’envahisseur hors de nos frontières, il s’agit de refondre le contrat social.

Nous n’y parviendrons que si nous ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain, si, au lieu de faire du passé table rase, nous résistons, j’emploie le mot à dessein, avec ces armes efficaces que sont la démocratie parlementaire, la liberté d’expression (Français, pensez à ces jeunes gens que l’on emprisonne à Hongkong parce qu’ils veulent s’exprimer), la tolérance qui est la marque d’une grande nation. Défendre la République, c’est d’abord blinder la Constitution, c’est décider en droit, en toute circonstance, c’est récuser le mensonge et la falsification.

RICHARD LISCIA

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