Terrorisme planétaire

Jean-Yves Le Drian
(Photo AFP)

Deux de nos soldats sont morts au Mali, un troisième grièvement blessé, après que leur véhicule a explosé en passant sur une bombe. À ce jour, 45 militaires français ont perdu la vie depuis le début de l’intervention française dans le Sahel. Ces pertes sont un déchirement pour la nation.

LA PRÉSENCE de notre armée dans cette région a été rendue nécessaire par une offensive des djihadistes partie de l’Est et qui, après avoir occupé une bonne partie du pays, menaçait Bamako. La riposte française a fait reculer les forces terroristes au-delà de la frontière. Depuis, une bataille incessante oppose nos militaires aux terroristes. Il y a plus de sept ans qu’elle dure et le temps qui passe se compte en morts et en blessés dans le camp français. Nous disposons dans le Sahel de plus de 5 000 hommes qui surveillent un territoire infiniment vaste et hostile où la population n’est pas nécessairement favorable à la France et où le pouvoir politique a été renversé par un coup d’État. Les efforts pour créer une force militaire africaine qui remplacerait ou améliorerait les performances de notre corps expéditionnaire n’ont toujours pas abouti..

LFI pour le départ de nos troupes.

Nul n’ignore le risque d’enlisement : ni notre gouvernement, ni nos généraux, ni ceux qui assistent à cette bataille d’usure en comptant les coups. Jusqu’à présent, les Français, tout en déplorant leurs pertes, n’ont pas cru bon d’exiger de nos gouvernants qu’ils changent de stratégie, soit que le gouvernement obtienne que les militaires français partagent les risques avec des soldats africains, soit qu’il abandonne le combat purement et simplement. On peut même dire qu’il existe un consensus national autour de l’intervention de la France. Mais le temps ne joue pas en notre faveur car, déjà, des voix s’expriment qui mettent en doute une action militaire privée d’une amélioration du contexte politique. La France insoumise (LFI), par exemple, a réclamé le rapatriement de nos soldats sans autre forme de procès en s’appuyant sur de nombreux arguments, l’impopularité de la France au Mali, nos morts et nos blessés, et l’inexistence d’une solution politique.

Quelques résultats favorables.

Le ministre des Affaires étrangères s’est vivement opposé à cette analyse. Il souligne que la France a remporté au Mali plusieurs mini-victoires qui ont augmenté la sécurité des populations et rétabli les liens entre Bamako et le reste du pays. M. Le Drian propose non pas un triomphalisme que rien n’autorise, mais un minimum de réalisme. Si on va au terme de l’analyse, le départ du corps français serait considéré comme une déroute, alors que la permanence de sa présence au Sahel garantit au moins la sécurité des Maliens et crée un abcès de fixation qui empêche les djihadistes d’enlever Bamako, puis de s’en servir comme base pour augmenter le nombre des actes terroristes en France (et en Europe). Le terrorisme est partout. Un attentat au couteau en Angleterre a encore fait plusieurs victimes durant le week end. Nous-mêmes ne sommes pas à l’abri de nouvelles attaques. L’Allemagne est sur les dents après des attentats et les services français en ont déjoué une douzaine depuis le début de l’année.

L’exemple afghan.

Le coup d’État militaire au Mali est un événement déplorable. Il démontre principalement que l’armée malienne, loin d’établir une ligne de défense contre le terrorisme, n’a jamais servi qu’à mettre en cause le pouvoir civil qui, il faut le rappeler, ne consacre pas à la sécurité les moyens indispensables. Le problème ne peut être résolu que par des élections libres et démocratiques susceptibles de mettre en place un pouvoir capable de réorganiser l’armée et libre de toute corruption. Mais, comme toujours, le temps presse. En Afghanistan, la présence militaire américaine remonte à 2003 et les diplomates américains, soucieux de mettre un terme à la guerre la plus longue qu’ils aient engagée, n’ont pas réussi à convaincre le gouvernement de Kaboul et les talibans de s’entendre sur une issue négociée. Le président Trump est pourtant le champion du désengagement militaire. Les talibans sont l’ennemi qu’il hait le plus, mais il a préféré l’humiliation d’une négociation avec eux à la poursuite de le guerre civile.

Le terrorisme international a créé un contexte de très longues batailles. Peu ou prou, ses assauts contre les civils ont reculé grâce à des réseaux de sécurité de plus en plus efficaces. Il tente de s’organiser pour une guerre frontale, étant entendu qu’il peut recruter d’innombrables combattants. M. Le Drian dit : il ne faut pas baisser la garde. La gauche lui répond : nous n’allons nulle part et l’hémorragie ne cessera pas. Il demeure qu’il n’y aura jamais de diplomatie française en Afrique, au Liban et même en Europe qui ne soit appuyée sur des forces militaires. Il est vrai que la France a été prise pour cible par les terroristes, ce qui augmente les risques pour nous, mais montre que nous les gênons. De même que, sans notre armée, nous ne pèserions pas sur les décisions de l’Europe, sans nos diplomates nous ne pourrions construire un système de défense auquel l’Union européenne doit apporter sa contribution.

RICHARD LISCIA

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