Le coût du virus

Bruno Le Maire, ministre de l’Économie
(Photo AFP)

L’INSEE publie ce matin quelques chiffres qui donnent la mesure des effets négatifs de la pandémie sur l’économie française et sur l’emploi. Un rebond significatif de l’activité au troisième trimestre ne permettra pas le retour immédiat à la croissance antérieure à l’apparition du Covid-19.

LES PRÉVISIONS de l’Institut national des statistiques montrent, malgré un retournement considérable de la situation, qu’il faudra sans doute toute l’année prochaine pour récupérer ce que nous avons perdu. L’INSEE, en tout cas, prend au sérieux les effets positifs du dé-confinement : elle estime qu’au troisième trimestre de cette année, la croissance a été de 17 %, mais seulement d’un pour cent au quatrième. Cette progression, sans précédent dans les annales, permettra sans doute de sauver le tissu industriel français, mais avec des secteurs, comme l’aéronautique, le tourisme, les loisirs, qui resteront sinistrés. Le taux de chômage à la fin de l’année 2020 se situera à 9,5 %, soit  1,4 points de plus qu’à la fin de 2019. Nous nous situons donc dans une perspective où, d’un côté nombre d’entreprises repartiront du bon pied, et où de l’autre la menace de faillite pèsera fortement. Le constat global est néanmoins positif puisque le nombre de faillites a baissé de 40 % entre juillet 20919 et 2020. À quoi il faut ajouter que, si le Conseil de sécurité qui se réunit vendredi prochain pour limiter la quatorzaine à une semaine, l’activité repartira de plus belle.

La croissance dépend du Covid.

En réalité, tout dépend de la crise sanitaire. Elle continue d’avoir un impact direct sur toute activité qui favorise les rassemblements : par exemple, les voyages aériens à longue distance ne seront pas autorisés tant que le risque épidémique reste élevé. Un brusque recul des contaminations ou mieux, un vaccin efficace et largement distribué permettraient donc à quelques industries qui emploient énormément de salariés de rebondir, mais dans le meilleur des cas, ce ne sera pas avant 2022, cette date étant celle des optimistes, d’autres experts parlant de 2023 ou même 2024.  Pour ce qui est de l’emploi en général, les progrès accomplis au cours des trois premières années du mandat d’Emmanuel Macron ont été balayés et c’est un peu comme si rien n’avait été fait depuis trois ans. Cependant, le plan de relance et peut-être l’appétit des entreprises pour un retour à la normale devraient favoriser une résorption du chômage supplémentaire en 2021.

Autres fronts.

Les données fournies par l’INSEE montrent en premier lieu que les avancées sur l’emploi entre 2017 et 2019 étaient réelles et quantifiables, avec des créations d’emplois malgré une croissance faible ; ils montrent aussi que si le choc épidémique a ébranlé le pays, en détruisant quelque 750 000 emplois, il ne l’a pas privé de sa capacité à réagir, donc à se remettre à en créer. Toutefois, sur le plan politique, la lente remontée de l’emploi risque de réduire le vote favorable à Macron, les électeurs réclamant une thérapie anti-chômage capable de réussir même si la pandémie est indépendante de la volonté du gouvernement. Ce qui n’empêche pas les partis d’opposition de trouver, curieusement, des sujets de débat avec le pouvoir, par exemple sur l’insécurité alors que la crise sanitaire et économique est bel et bien le sujet des élections générales de 2022. Comme s’ils ne voyaient pas le terrain du chômage comme le lieu géométrique de tous les débats et comme s’ils souhaitaient ouvrir de nouveaux fronts, celui de la crise sanitaire ne permettant pas d’affaiblir l’exécutif.

RICHARD LISCIA

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One Response to Le coût du virus

  1. Tijac dit :

    On peut penser que Bruno Le Maire et son équipe font tout ce qu’ils peuvent et le font bien. Alors que pourrait-on faire de plus ?
    N’ayant aucune connaissance économique, il m’est impossible de donner un avis. Quoique…pourquoi ne pas essayer les fameuses « task forces », que Juppé avait préconisées dans son programme économique et qui existent aux USA ?
    Nous avons souvent des obstacles administratifs qui entravent le développement et l’efficacité des petites et moyennes entreprises. Cela avait été remarquablement souligné par un journaliste de la TSR, face à Manuel Valls, quelque mois avant qu’il ne deviennent Premier ministre. Le journaliste faisait remarquer qu’il suffisait d’une ou deux heures pour créer une entreprise en Suisse, alors que cela pouvait prendre quelques semaines ou un mois en France. J’ai vu plusieurs personnes n’ayant pas le bac, créer avec succès leur entreprise en Suisse, alors qu’elles avaient renoncé à le faire en France, découragées par tous les obstacles administratifs rencontrés.
    Le système français et le système suisse ne sont pas comparables, car trop différents. Mais, cette crise n’est elle pas l’occasion de tenter d’aplanir certains obstacles ?

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