Philippe pose un jalon

Edouard Philippe
(Photo AFP)

À Octeville-sur-mer, Édouard Philippe a prononcé un discours politique, mais alarmiste sur la « tempête » que la France doit affronter dans tous les domaines, sanitaire, économique et social. Il soutenait une candidate aux sénatoriales, mais ses propos allaient bien au-delà de ce scrutin.

M. PHILIPPE a respecté les convenances dans la mesure où il a attendu plus de trois mois pour s’exprimer dans le domaine politique. Mais il l’a fait sans celer ses intentions pour l’avenir. Loin de s’attaquer d’une manière quelconque à son successeur, Jean Castex,  à Emmanuel Macron ou même à ses anciens amis, il a prononcé des propos mesurés, calibrés pour ne provoquer aucune colère, et conformes au personnage d’un calme olympien que tout le monde connaît. Cependant, en dressant le tableau d’un pays assez malade, il a laissé entendre qu’il fallait le diriger avec une fermeté dont, semble-t-il, le gouvernement actuel ne serait pas pourvu. En tout cas, il n’a pas adressé ses compliments au Premier ministre actuel. Il n’en faudra pas plus pour que l’opinion et les médias l’imaginent candidat à la présidence de la République. Déjà, « Le Point » l’imagine dans un affrontement non pas avec Marine Le Pen, mais avec Marion Maréchal qui refait surface et n’a pas vraiment amélioré ses relations avec sa tante.

Il n’a pas le choix.

Reprenons depuis le début. M. Castex n’a pas plus brillé par la qualité de sa communication que son prédécesseur qui, logiquement, peut encore se demander ce que M. Castex fait qu’il n’aurait pas fait lui-même. Lors de son limogeage au printemps, j’avais écrit dans ces colonnes qu’Emmanuel Macron avait commis une erreur stratégique. Le fait est qu’il a laissé en jachère une âme intrépide qui semble bien vouloir reprendre du service et qui, privée de ses précédentes fonctions, n’a plus d’autre choix que d’essayer de viser la présidence de la République. Qu’est-ce qui l’en empêcherait dès lors que son départ a été l’instrument facile pour mettre un terme à ses divergences, parfois très politiques, avec M. Macron, et renforcer l’autorité de celui-ci ? Certes, il a eu l’occasion de dire qu’il ne serait pas candidat contre Macron, et en tout cas, pas en 2022. Mais la mairie du Havre, où il a été réélu triomphalement avec plus de 58 % des suffrages, lui suffit-elle ? Il est celui qui, successivement, a été confronté au lancement tonitruant des réformes, au soulèvement des gilets jaunes, puis à la crise sanitaire et enfin à l’effondrement de l’économie. Si vous voulez un président expérimenté, porté par une cote de popularité élevée, capable d’entrer dans la fournaise politique sans ciller, le voilà.

Marion à la place de Marine ?

La seule présence sur le terrain d’Édouard Philippe augmente le poids déjà élevé des difficultés du président sortant. Certes, il serait surprenant que les Républicains, après l’avoir vilipendé, se tournent vers M. Philippe pour en faire leur homme-lige. Mais il n’est pas impossible qu’ils soient enfin saisis par le réalisme : ils n’ont pu, en cette fin d’été, trouver, dans les broussailles échevelées des candidatures fermes ou cachées, l’homme providentiel qui rendrait à LR le pouvoir que François Fillon n’a pas été capable de lui offrir. Or M. Philippe a des atouts : il n’aura pas de mal à convaincre la droite classique, il peut séduire une partie de la République en marche et il est copain comme cochon avec les centristes. Il se trouve que le paysage politique français est en train de changer. Le rapprochement entre les Verts et la gauche n’est plus un mythe, le PS est prêt à s’allier avec les écologistes et même à subir leur hégémonie. Sous la pression interne du RN, Marine Le Pen pourrait (mais cette perspective est prématurée) céder la place à Marion Maréchal. Pour le moment l’hypothèse d’un duel Macron-Le Pen ne peut pas être écartée, mais le retrait de la patronne du RN chamboulerait le jeu.

L’idée générale que 2022 ne sera pas la répétition de 2017 commence à se frayer un chemin dans la forêt des hypothèses. Les Français, il est vrai, veulent autre chose et l’extrême gauche milite pour un changement de Constitution. Il ne sera pas nécessaire si le rapport de forces droite-gauche est rétabli, ce à quoi tendent les intentions de vote, susceptibles d’être captées par des personnages qui ne sont pas encore candidats.

RICHARD LISCIA

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