Couvre feu, arme ultime

Macron hier
(Photo AFP)

Le président de la République a annoncé hier soir qu’il décidait un couvre feu de 21 H à 6 H qui s’appliquera, dans la pratique, à quelque vingt millions de Français. Cette disposition sera contrôlée et ceux qui voudraient lui échapper seront sanctionnés. L’épreuve commence vendredi soir.

IL S’AGIT principalement d’empêcher les réunions familiales privées qui ont beaucoup augmenté, ces dernières semaines, le nombre de contaminations, de séjours  à l’hôpital, de réanimations et de décès. Les diverses mesures prises contre les formes publiques de rassemblement ont en effet soulevé bien plus de polémiques qu’elles n’ont freiné la progression de la pandémie. Le couvre-feu sera abondamment critiqué mais peut-être empêchera-t-il la saturation du système hospitalier. Il durera environ six semaines, autorisera les Français à se déplacer pour les vacances de la Toussaint, mais, comme pour le confinement, il ne peut pas durer indéfiniment. Dans cette perspective, le Salon de l’Agriculture de l’an prochain a déjà été annulé. L’application StopCovid, dont les résultats sont à peu près nuls, sera remplacé par une nouvelle application.

Macron pessimiste.

Le corps médical a approuvé ces nouvelles mesures, mais personne ne peut dire avec certitude que le couvre-feu transformera la pandémie en un phénomène plus facile à gérer pour le gouvernement, qui a déjà eu recours à diverses dispositions, dont le confinement, lequel, aux abords de l’été, a produit d’excellents résultats. Mais l’exécutif ne s’est résolu au couvre-feu que parce qu’il se refuse à décréter un second confinement. Celui-ci aurait en effet des conséquences désastreuses sur l’économie alors que les demandes d’aides des entreprises, notamment les petites et les moyennes affluent de toutes parts et ne seront satisfaites qu’un prix du creusement du déficit. Clairement, M. Macron n’est pas optimiste qui a reconnu hier qu’il est dur d’avoir vingt ans en 2020 et admet que la jeunesse paie le prix fort de la pandémie. Aussi bien a-t-il a adopté un ton plus compassionnel qu’autoritaire et en a appelé, une fois encore, à la bonne volonté de ses concitoyens, dont certains, mais pas tous, continuent à défier l’État au nom de leur liberté.

Virus politisé.

La France est atteinte de plein fouet par la pandémie, mais elle n’est pas la seule dans ce cas et, si les comparaisons se multiplient pour démontrer la part des hésitations du gouvernement français dans la recrudescence de la pandémie chez nous, des esprits plus raisonnables admettent que d’autres pays vont encore plus mal que nous. Le virus a été politisé dès qu’il a commencé à frapper. Absence de matériels indispensables, impréparation des décideurs, pérégrinations des mesures tour à tour fortes, longues, pas assez longues, protégeant les vieux, puis les jeunes, ce chaos apparent n’exprime que la complexité de la crise à laquelle il n’y a pas eu de riposte internationale ou, tout au moins, européenne. Pourtant, le pire, quoique inévitable, était d’introduire la politique dans un phénomène sanitaire d’ordre mondial. Elle s’y est prestement invitée, justifiant, par une logorrhée verbale, les attitudes qu’on a pu observer dans une partie de la population. L’idée même qu’il existait des alternatives au programme sanitaire du gouvernement contenait la recrudescence de la maladie car, si le gouvernement peut se tromper, les gouvernés s’arrogent le droit de n’en faire qu’à leur tête.

Calendrier électoral.

Signe de cette politisation : on envisage de reporter les élections régionales, prévues pour le printemps de l’année prochaine. C’est beaucoup trop tôt pour le dire car, dans cinq mois, peut-être serons-nous tirés d’affaire. Mais cela convient  aux partis qui s’apprêtent à perdre les régionales, par exemple la République en marche ou la France insoumise. Le seul argument qui vaille, c’est le précédent des municipales : Macron voulait les ajourner, la droite l’a supplié de les tenir, le premier tour, avec une participation dérisoire, a bien eu lieu et le second a été reporté à un moment plus faste. Le calendrier électoral doit être indépendant des aléas de la conjoncture. Si toutes les précautions sont prises, masques, gel, distanciation sociale, les Français pourront voter sans crainte. Nous éprouvons tous une immense frustration face à la pandémie. Nous n’avons pas besoin d’avaler davantage de couleuvres. Le virus est un ennemi à combattre, le suffrage universel doit être préservé tout autant que notre santé.

RICHARD LISCIA

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One Response to Couvre feu, arme ultime

  1. Laurent Liscia dit :

    On aurait besoin de ça en Californie.

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