Mélenchon lance le bal

Mélenchon déjà en campagne
(Photo AFP)

Pour la troisième fois en 15 ans, Jean-Luc Mélenchon (France insoumise, LFI) se déclare prêt à la candidature à la présidence de la République. Il souhaite obtenir au préalable 150 000 parrainages, ce qui contribuerait à sa légitimité.

CETTE méthode innovante n’a absolument rien de répréhensible : un vote avant le vote, pourquoi pas ? C’est un genre de primaire. Pourtant, M. Mélenchon n’a pas placé la barre très haut : il lui est facile de réunir 150 000 signatures de « braves gens », a-t-il précisé et merci pour tous les autres. En s’assurant que son procédé ne lui fera pas obstacle, il croit pouvoir démontrer une légitimité indiscutable que personne ne discute. Mais la vraie question ne porte pas sur les parrainages, elle porte sur ce que sa candidature quelque peu précipitée signifie : de toute évidence, le chef de LFI n’entend pas ouvrir une concertation avec toute la gauche et les Verts pour qu’ils désignent un candidat unique. Il confirme donc que les partis de gauche iront individuellement à la présidence, meilleure façon d’être battus.

Sobriété sémantique.

Le Mélenchon d’aujourd’hui a cependant beaucoup changé. Il n’y a plus de cocktails Molotov dans ses propos. Il donne de plus en plus de gages d’une modération longuement acquise par une sobriété sémantique qui est une surprise agréable. On lui pardonnerait ses excès de langage de jadis, si on ne voyait que sa stratégie électorale ne lui permettra ni d’entrer à l’Élysée ni de faire élire le représentant de toutes les gauches. Il est vrai, néanmoins, que s’il fallait trouver l’union salutaire avant de faire carrière, les candidats potentiels de la gauche resteraient enlisés dans leurs petites querelles stériles. Personne ne sait qui, au PS ou chez EE-LV, sera candidat et on peut s’attendre à de vives bagarres internes avant cette lueur que M. Mélenchon voit déjà au bout du tunnel.

Français dubitatifs.

C’est le sort de la gauche et des écologistes et, d’une certaine manière, M. Mélenchon a signé leur défaite avant même que la campagne électorale ait commencé. Personne à gauche, où François Hollande croit avoir ses chances, ne semble être obsédé par le passage obligé du rassemblement. La droite, qui a maintenu ses positions locales, semble mieux préparée à affronter Emmanuel Macron, au moment où la pandémie affaiblit le pouvoir et déclenche la fébrilité du gouvernement, la chute de la popularité du Premier ministre, et aggrave les relations entre gouvernants et gouvernés exaspérés par la discipline sanitaire. Sans compter le coût faramineux de la lutte contre le virus, l’affolement des personnels hospitaliers et l’expansion irrésistible du virus. Il est logique que les candidats potentiels voient dans cette conjoncture sinistre et sans précédent l’occasion d’une revanche. Encore faut-il qu’ils inspirent le peuple. Nous en sommes toujours au même point : la popularité de Macron décline, il est embourbé dans la crise, ses initiatives sont de moins en moins efficaces, mais les Français ne donnent pas leur confiance à l’une ou l’autre des oppositions, Rassemblement national compris.

Il est donc contradictoire et illogique de se dresser avec vigueur contre la fatalité d’une second tour réservé à Macron et à Mme Le Pen alors que l’on contribue de toutes ses forces à cette issue, le narcissisme des uns et des autres emportant tout sur son passage, aveuglant les meilleurs conseillers, ouvrant la vanne des illusions et précipitant vers la défaite des partis qui se battent à la fois contre le pouvoir et contre le reste de l’opposition. Comme d’habitude, le chef de l’État n’est fort que de la division des autres, de l’affrontement entre droite et gauche et entre droite et extrême droite, dans une période sans précédent, extraordinairement critique et riche de dangers. Mais il reste, avec le concours des vanités personnelles, le candidat numéro un.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Mélenchon lance le bal

  1. Alan dit :

    Personnellement je ne pense pas qu’il faille oublier si facilement les propos qu’il a tenus, sur Charlie et l’islamisme notamment, c’est très grave. Si le PS envisage de s’allier à lui ce serait du même ordre que les républicains avec Mme Le Pen, voire pire.

    • Laurent Liscia dit :

      100% d’accord avec Alan.
      Cela dit, je ne crois pas que le blog nous encourage à oublier les propos de Mélenchon, mais à noter lea manoeuvres électorales des uns et des autres – ca va être joyeux!

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