Le monde vote Biden

Mark Esper, ministre limogé
(Photo AFP)

Les chefs d’État et de gouvernement du monde occidental, sinon tous ceux de la planète, ne semblent pas vouloir entrer dans la polémique entre les démocrates et les républicains sur l’issue de l’élection présidentielle américaine : ils ont félicité Joe Biden pour sa victoire. Ce qui n’empêche pas Donald Trump, soudainement très isolé dans son bureau Ovale et dans ses récriminations assorties d’un limogeage collectif des principaux dirigeants de la Défense, de diffuser des tweets rageurs, déconnectés de la réalité.

PARMI les partisans étrangers de Biden, on note Emmanuel Macron, Angela Merkel et, malgré la perspective d’un immense accord commercial entre les États-Unis et la Grande-Bretagne, Boris Johnson, qui n’a pas été le moins chaleureux avec Biden. M. Trump mesure ainsi l’étendue de sa solitude sans paraître se douter qu’elle résulte de son entêtement.

Même la First Lady, Melania, lui aurait conseillé de concéder sa défaite, selon plusieurs chaînes de télévision.  L’ultime garde rapprochée du président sortant continue à défendre son comportement et surtout les recours judiciaires qu’il a mis en œuvre dans les quelques États où les décomptes ne sont pas terminés et qui, s’ils aboutissaient à un résultat favorable à Trump, ne suffiraient pas à lui donner la majorité en voix électorales et encore moins en voix populaires.

Une sorte de coup d’État.

Seulement quelques journaux à tendance conservatrice appuient la démarche du président en exercice qui, depuis samedi dernier, a perdu néanmoins le soutien de Fox news, chaîne de télévision conservatrice jusqu’à présent entièrement acquise à Trump et dont la rédaction, dans une sorte de geste libérateur, a donc décidé de rejoindre le chœur des partisans de Biden et de diffuser des commentaires goguenards, comme celui d’hier qui conseillait au président-élu d’accorder d’emblée à Trump les États disputés puisque, de toute façon, cela ne suffirait pas à lui donner la majorité.

Le président battu fait parler ceux qui, ayant tout misé sur lui, sont entraînés dans sa chute ; le chef de ses avocats, Rudy Giuliani, ancien maire de New York qui est devenu la tache de sa profession en insistant sur la légalité et l’utilité des recours et en faisant de la victoire de Trump le « fait alternatif » qui remplace la vérité unique et universelle ; le secrétaire d’État (ou ministre des Affaires étrangères), Mike Pompeo, qui ne craint pas de prononcer un bref discours dans lequel il prétend qu’une calme et saine transition vers un second mandat sera assurée ; un des fils de Trump qui clame à une foule de journalistes incrédules que la fraude électorale est massive alors qu’il n’en a pas la moindre preuve. Trump, seul dans son bureau, ne se prive pas de tweeter ses habituelles calembredaines. Et, après avoir limogé Mark Esper, le secrétaire à la Défense, il a encore sorti ses deux adjoints pour faire place nette au Pentagone qu’il espère intimider et rallier à ses idées, dans un effort désespéré qui ressemble à s’y méprendre à un coup d’État. Cet homme est dangereux.

Un fantôme à la Maison Blanche.

Ses folles initiatives, en effet, indiquent sa volonté de rester au pouvoir, malgré l’écrasante réalité du scrutin, malgré la puissance des institutions (qu’il a toujours méprisées : ah ! comme il envie Poutine et Xi Jinping, ses deux ennemis préférés), malgré l’embarras des élus républicains qui, après l’avoir soutenu parce qu’il est incroyablement populaire, craignent maintenant qu’il déclenche une guerre civile. Elle demeure improbable pour au moins une raison : si le compte des suffrages est d’une lenteur agaçante, il devra être terminé avant la réunion en décembre du collège électoral qui désignera le vainqueur. Puis une nouvelle élection partielle aura lieu au début du mois de janvier pour désigner les deux sénateurs de Géorgie, lesquels n’ont pas pu être départagés par le scrutin du 3 novembre. Enfin, il faudra bien que le 20 janvier, Trump ait fait place nette pour permettre à Biden de gouverner.

Certes, tous les scénarios existent, qui relèvent plus de la science fiction que de la politique. Entretemps, l’éléphant aura cassé beaucoup de porcelaine dans le magasin et peut-être aura-t-il enfin concédé officiellement sa défaite, ce qui n’est pas sûr. Et sans doute n’assistera-t-il pas à une passation des pouvoirs qui, pour un homme tel que lui, si narcissique, fantôme de la Maison Blanche hurlant sa rage, serait une grande humiliation. Déjà la campagne de Biden s’efforce d’avoir accès aux fonds prévus pour financer la transition et se heurte au dernier mur, celui des fonctionnaires que la présence due Trump à la Maison Blanche terrorise.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Trump a déjà raté sa sortie. Il en a fait une bataille grotesque où il a perdu le résidu de sa crédibilité. Certes, la moitié du peuple américain croit viscéralement en lui ; certes il a dévoyé le parti républicain (qui doit maintenant se refonder et abandonner des positions à la fois destructrices et suicidaires) ; certes, il a su capter un courant que les démocrates n’ont pas vu venir, mais dont le président-élu a compris la puissance. Mais il n’y a pas dans cette âme la moindre once de compassion, le moindre gramme de grâce, la plus petite dose d’élégance. Il bout de fureur. La colère accroît sa passion destructrice.

RICHARD LISCIA

 

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