Trois dates pour une « libération »

Macron rassembleur
(Photo AFP)

Le président de la République a annoncé hier soir à la télévision les trois dates qui assureront, dans la mesure du possible, la levée des mesures contraignantes qui immobilisent les Français et l’économie. Sa prestation a été suivie par plus de 29 millions de téléspectateurs.

EMMANUEL MACRON a voulu, cette fois, tenir des propos rassembleurs, en exposant une stratégie qui repose sur le concours des Français. Son projet tient en trois dates : le 28 novembre, pour une réouverture contrôlée des lieux de culte (pas plus de 30 personnes à la fois), le 15 décembre pour les commerces qui font l’objet aujourd’hui d’une fermeture administrative, ce qui devrait permettre les préparatifs de Noël et du Jour de l’An, et le 20 janvier pour un abandon du confinement et la réouverture des écoles. Il a annoncé que la campagne de vaccination contre le Covid pourrait commencer dès la fin de décembre, la priorité étant accordée aux personnes âgées ou vulnérables. Il s’est engagé à soutenir financièrement les petites entreprises menacées de faillite par la pandémie.

La crainte d’une troisième vague.

Déjà très critiqué pour sa politique sécuritaire, le chef de l’État a tenu des propos pleins de mansuétude pour ses concitoyens, en précisant que le succès des efforts du gouvernement dépend complètement de leur active participation. Il déclare qu’il comprend les difficultés du confinement, même s’il évite de prononcer ce mot, mais il s’empresse d’ajouter qu’il redoute l’apparition d’une troisième vague de la pandémie qui remettrait en cause ses mesures d’assouplissement. Façon d’expliquer que son nouveau projet peut être remanié à chaque instant s’il y avait une progression de la pandémie comparable à celle qui a suivi les vacances d’été.

Beaucoup d’inconnues.

On notera l’effort d’inclusion de ses administrés, qui est judicieuse, car il lui était impossible d’annoncer la levée immédiate et totale des contraintes anti-Covid. Quant aux réactions politiques, elles sont toutes alignées sur le principe de l’opposition systématique, sans même contenir un peu de reconnaissance pour des décisions propices à une relance de l’économie nationale. L’offre de M. Macron nous semble néanmoins raisonnable. Elle a été rendue possible par l’exploit de la recherche, qui propose dès maintenant trois candidats-vaccins et offre un calendrier tout à fait  crédible pour une campagne vaccinale en 2021, financée par l’État et susceptible de nous apporter une victoire définitive contre la pandémie. Il demeure néanmoins de nombreuses inconnues : une rechute modifierait en profondeur le nouveau projet du président ; nous ne savons pas comment se déroulera la vaccination, qui, il faut insister sur ce point, ne sera pas obligatoire,  autre gage accordé au peuple réticent, avec l’idée d’une immunité collective acquise quand plus de la moitié de la population aura été vaccinée ; nous ne savons rien sur le choix du vaccin, sur la création d’une infrastructure propre à en assurer la conservation, en quels lieux et par qui les Français seront vaccinés.

Un appel au peuple.

L’opposition d’une large fraction du peuple à la méthode fluctuante des pouvoirs publics qui, depuis dix mois, s’adaptent sans cesse à la situation, les postures inspirées par les échéances électorales, la crise de nerfs populaire ou même la dépression des administrés soumis au confinement, risquent de freiner un programme dont l’efficacité dépend de la participation du plus grand nombre. Cependant, on ne peut pas, cette fois, reprocher au gouvernement de décider tout, tout seul. C’est un appel aux Français qu’a lancé hier le chef de l’État et nous savons que son message a été entendu. Il a été dit très souvent que le virus n’épargnait personne et que, puissant ou misérable, on est également contaminé.

Aussi bien l’idée d’arrogance, de narcissisme, d’égoïsme de nos dirigeants est-elle une contre-vérité. Ils n’ont cessé d’être confrontés à un dilemme mondial : la santé ou l’économie et, bien sûr, ils ont choisi la première contre la seconde, sauf pendant l’été, parce qu’ils ont cédé aux pressions populaires et étaient accusés de priver les Français de leurs libertés. Pour que ça marche, il faut consentir à cette privation de liberté, il faut accepter les errements empiriques de la médecine. Cinquante mille de nos concitoyens sont morts à ce jour de la pandémie, et ce n’est pas fini. La contrainte, en l’occurrence, n’est pas un choix, mais une obligation.

RICHARD LISCIA

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5 Responses to Trois dates pour une « libération »

  1. Liberty8 dit :

    Les Allemands ont déjà réparti les rôles entre gouvernement et länder pour la vaccination avec ouverture de lieu dédié et organisation qui se met en place dés maintenant. Les Italiens font de même. Nous, on parle. Après le fiasco des test PCR, dont il a fallu attendre six semaines pour les avoir en moins de 48 heures, va t-on de nouveau prendre le train en retard ?
    Votre réflexion à ce sujet est juste en tous points.

  2. Michel de Guibert dit :

    Petits rectificatifs :
    – pour les commerces qui étaient fermés, c’est rouvert dès le 28 novembre et non le 15 décembre.
    – il n’y a pas lieu d’ouvrir le 20 janvier les écoles, lesquelles n’ont pas été fermées
    Réponse
    Les restaurateurs ne rouvrent pas avant le 15 décembre. La rentrée scolaire aura lieu le 20 janvier.
    R. L.

    • Michel de Guibert dit :

      – Ah, pour les restaurateurs, c’est même seulement le 20 janvier qu’est prévue la réouverture.
      – Rentrée scolaire au 20 janvier ? Je n’ai pas entendu parler de cela.

      Réponse
      Pour être clair : petits commerces rouverts dès samedi prochain, notamment les fleuristes. Rentrée scolaire et restaurants rouverts le 20 janvier. Discussions déjà autour d’une ouverture des pistes de ski dès les vacances de Noël et jour de l’An. Auto-écoles en discussion. Protocole pour les coiffeurs en discussion. Ce qui est important, ce sont moins les dates que le sens du processus.
      R. L.

  3. Doriel Pebin dit :

    merci pour ces propos de bon sens dans notre monde d’adulescents. Peu de gouvernements ont eu à affronter des crises aussi terribles. L’opposition et les Français devraient avoir l’humilité de reconnaitre la difficulté et l’ampleur de la tâche au lieu de critiquer stérilement en permanence. Quand Me Le Pen sera au pouvoir, on verra la « redoutable » efficacité de son gouvernement à tous les niveaux évidemment. La démission actuelle de la raison est tout aussi redoutable mais là pour de bon. Merci de dénoncer les lâchetés et les mesquineries.

  4. Laurent Liscia dit :

    La santé ou l’économie en effet, c’est la-dessus que s’est jouée l’élection américaine par exemple … Ce sera vrai partout et notamment en France pour les prochaines présidentielles où on reprochera sans aucun doute à Macron d’avoir détruit l’économie française et restreint les libertés (mais l’économie sera repartie de plus belle d’ici là).
    Je n’ai pas du tout l’impression que la France soit en train de rater le train des nouveaux vaccins. Il seront administrés aussitôt que possible.
    J’écris depuis la Californie et ici il n’est absolument pas question de rouvrir – mais de fermer! La pandémie est catastrophique aux USA. Je crois que nous sommes devenus le peuple le plus bête de la planète 😉 Les pouvoirs publics français sont bien plus intelligents que les nôtres.

    Réponse
    Il faudrait en convaincre l’électorat français. Macron annonce un plan de déconfinement qui se terminera par une vaccination nationale. C’est un bon plan, tout le monde le critique. Mais bientôt, les comptes seront réglés. La vaccination va démarrer en France et, aux USA, Biden devrait faire de même, ce qui lui assurerait une popularité durable.
    R. L.

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