USA : ce qu’il faut savoir

Joe a gagné
(Photo AFP)

La victoire de Joe Biden à l’élection présidentielle du 3 novembre donne lieu, en France et en Europe, à des analyses qui soulignent principalement les difficultés que le président-élu aura à gouverner, à cause des nuisances dont Donald Trump est capable. Ce pessimisme est excessif.

LE RÉALISME commande d’énumérer les atouts dont dispose le parti républicain au terme de l’élection (car elle n’est pas terminée). Trump, en effet, a recueilli 74 millions de voix, a gagné six sièges à la Chambre et pourrait bien avoir la majorité au Sénat si, le 5 janvier prochain, sont élus deux sénateurs républicains de Géorgie. Il a capté et développé un immense courant politique, fait de suprématie blanche, de xénophobie, d’intolérance à l’égard des minorités qui ne va pas disparaître du jour au lendemain et peut effectivement, grâce à sa forte représentation au Congrès, s’opposer aux dispositions majeures que Joe Biden souhaite adopter, depuis la réconciliation avec l’Europe jusqu’au retour des États-Unis dans la conférence mondiale sur le climat. Ce qui ne veut pas dire non plus que le successeur de Trump sera paralysé.

Une victoire enviable.

Il a en effet obtenu 80 millions de voix, six de plus que Trump. Il a emporté la Géorgie et pourrait donc gagner l’un des deux, ou les deux sièges de sénateur de Géorgie et disposer alors de la majorité dans les deux Chambres. On le dit noyauté par la gauche démocrate qui le contraindra à adopter des mesures capables d’indisposer une partie de la majorité centriste qui l’a porté au pouvoir. Mais il a longuement préparé la transition. Les deux ténors de la gauche, Elizabeth Warren et Bernie Sanders, lui ont demandé des postes au gouvernement. Il peut en accorder un au ministère du Travail à Mme Warren, il n’est pas du tout certain qu’il inclue M. Sanders dans son équipe. Car il doit apparaître, à tout prix, comme le président centriste, celui de « tous les Américains », et non le président d’une seule catégorie sociale.

Le gagnant, c’est Joe.

La question que je soulève ici après avoir été  abreuvé d’émissions dont le pessimisme me semble contestable, est la suivante : il ne faut pas s’y méprendre, c’est Joe Biden qui a été élu, pas Donald Trump dont la capacité de nuisance sera tout de même diminuée par les procès qui l’attendent à New York sur un tas de problèmes fiscaux et de corruption politique qu’on a tendance à oublier. L’énergie qu’il mettra à se défendre limitera forcément ses interventions politiques dont la crédibilité, déjà très faible, continuera à s’amenuiser. Trump, en 2016, ne croyait pas qu’il l’emporterait sur Hillary Clinton : la joie de vaincre était mêlée de satisfaction, pendant que s’hypertrophiait un monstrueux ego. En 2020, ce fut l’inverse : il ne parvient pas à croire qu’il a perdu. Il n’a pas encore compris que les tweets, les remarques désobligeantes, les abus de pouvoir, la gestion, presque criminelle, de la pandémie, et un bilan diplomatique désastreux n’ont pas fait de lui le meilleur candidat. Assurément, aucune bêtise ne lui colle à la peau. Plus il commettait d’erreurs, plus son camp grossissait et applaudissait. Il était à la tête d’une force populaire solide, menaçante, armée et dangereuse, mais qui n’a plus de chef et va se perdre dans la nostalgie. Bref, même s’il tente de faire un comeback, théorie plausible, il n’est pas sûr de le réussir. Enfin, le résultat essentiel, c’est qu’un second mandat a été refusé à Trump, le mandat qui aurait été accueilli comme un tsunami par la population mondiale.

Trois semaines d’abus de pouvoir.

M. Biden avance contre le vent. Son parcours ne manquera ni de batailles épiques ni d’obstacles. Mais, s’il avait perdu, son rival aurait eu quatre ans de plus pour achever l’Amérique, la priver de ses alliés, l’affaiblir face à ses ennemis, la Russie et la Chine, tandis que son isolationnisme aurait contraint l’Iran de construire des bombes atomiques. Trump, en ce moment même, s’efforce de compliquer la tâche de Biden, notamment en ne lui accordant le financement et l’organisation de la période de transition qu’après trois semaines d’hésitations, trois semaines d’abus de pouvoirs. Ce n’est rien par rapport à la conduite qu’il aurait adoptée le soir de son triomphe : la jubilation, l’hubris, l’enthousiasme d’un homme qui se serait cru au sommet de sa gloire et n’aurait pas hésité à bousculer encore plus l’ordre républicain et les institutions sur lesquelles il repose. Si le succès de Biden est historique, c’est bel et bien parce qu’il a donné un coup de frein à une dérive qui embarrassait les plus proches conseillers de Trump, qui ridiculisait l’Amérique, qui écœurait la plupart des Américains, qui ressemblait fort à une descente aux enfers. Biden a au moins eu le talent de conquérir le pouvoir. Ne nous précipitons pas pour le juger avant qu’il l’ait exercé.

RICHARD LISCIA

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