Trump : un bilan

Trump le bourreau
(Photo AFP)

Donald Trump, qui doit céder sa place de président des États-Unis le 20 janvier prochain, s’efforce, par tous les moyens, d’améliorer son bilan avant de quitter la Maison Blanche. Il a donc lancé la campagne de vaccination contre le Covid, seule capable de faire reculer la pandémie, et accompli plusieurs exploits diplomatiques.

CELA ne l’exonère pas de ses mensonges, de son recours aux « faits alternatifs » (« J’ai gagné l’élection présidentielle de 2020 »). Si la vaccination, prévue de longue date en dépit des dénégations qu’il n’a cessé de répéter au sujet d’un virus qui, pourtant, ne l’a pas épargné, était attendue et arrive un peu tard pour le sortir du naufrage, l’accord qu’il a mis au point entre Israël et le Maroc en échange de la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, augmente sensiblement la légitimité d’Israël, qui, grâce aux États-Unis, a déjà conclu des traités semblables avec les Émirats arabes unis, Bahrein et le Soudan. La Jordanie et l’Égypte étant déjà liés à Israël par d’anciens traités de paix, la normalisation des relations entre l’État hébreu et les pays arabo-musulmans est en bonne voie.

Le paradigme a changé.

C’est un fait historique qui démontre que le paradigme a changé. La reconnaissance d’Israël par une majorité de pays arabes ne dépend plus d’un accord entre le gouvernement israélien et les Palestiniens sur la base de la création d’un État en Cisjordanie et à Gaza. Cette démarche diplomatique, appuyée sur le contournement du principal problème, a ses inconvénients : elle ne règle pas le sort des Palestiniens, et elle abandonne le Front Polisario, qui réclame cette partie du Sahara, jadis espagnol, aujourd’hui occidental, et se bat pour obtenir une indépendance que soutient l’Algérie. Il s’agit donc de se souvenir que la mise entre parenthèses de sujets qui sont au centre des frustrations arabes ne permet pas d’envisager un avenir serein.

Au nom du droit ?

Mais au moins y a-t-il un progrès diplomatique qu’il serait vain de minimiser. Et il est incontestable que ce résultat positif est l’œuvre de Trump, qui, rappelons-le, a transféré l’ambassade américaine à Jérusalem, mettant fin à une hypocrisie mondiale, celle qui consiste à dire qu’en attendant le partage de la ville en deux capitales, Jérusalem, où se trouvent les sièges du gouvernement et du Parlement israéliens, serait la capitale usurpée de l’État juif. Israël avec Jérusalem comme capitale est un fait historique qui a précédé l’existence même de l’islam et entériner cette simple réalité, ce n’est pas nier la droit des Palestiniens à avoir un État. On peut néanmoins remarquer que les Kurdes, qui se battent en Syrie contre les forces syriennes et turques, n’ont pas d’État non plus et que l’Arménie a beaucoup de mal à survivre aujourd’hui. Les défenseurs de la cause palestinienne n’ont curieusement aucune compassion pour les Kurdes, les Arméniens, les Yézidis et les Rohingyas, de sorte que l’on est en droit de se demander si certaines causes sont défendues au nom du droit ou de la partialité.

Un triomphe plus qu’une victoire.

On laissera en tout cas M. Trump s’enorgueillir d’une action diplomatique qui a saisi l’occasion offerte par l’immense conflit géopolitique entre sunnites et chiites pour à la fois donner du champ à Israël et contenir les menaces iraniennes. On n’en dira pas autant des derniers soubresauts de sa politique intérieure. Élu jusqu’au 20 janvier 2021, il continue à détricoter l’héritage laissé par Barack Obama, de manière à compliquer la tâche de Joe Biden, qui ne dispose que de son sang-froid pour ne pas être affolé par les difficultés qui l’attendent. On aura observé que la première leçon du 3 novembre, c’est l’extraordinaire robustesse des institutions américaines, qui ont rendu impossibles les coûteux recours de la campagne de Trump contre les résultats confirmant sa défaite dans certains États très disputés, lesquels ont accordé, grâce au vote par correspondance, 6 à 7 millions de voix populaires en plus à Joe Biden. Celles-ci ont administré la preuve que le président-élu a remporté un triomphe plus qu’une victoire. Ce qui lui permettra évidemment de gouverner avec plus d’autorité à partir du 20 janvier. Donald Trump n’a pas pu s’opposer à cette déferlante, le show mis en place par ses avocats n’a pas ébranlé les juges, de quelque bord qu’ils fussent, parce qu’aucune fraude sensible n’a été trouvée.

Une série d’exécutions.

Toute la presse, américaine et internationale, a mis l’accent sur les obstacles dont Trump va jalonner le mandat de Biden. Mais quelque chose qui ressemble à la raison commence à émerger du camp républicain, partagé, jusqu’à présent, entre le désir de ne pas s’aliéner le président sortant et celui de rester dans la course. C’est ainsi que le plan de relance de l’économie américaine va être annoncé et que Biden démontrera que lui aussi est un créateur d’emplois. Dans ces conditions, le pire n’est pas sûr. Il n’est pas certain qu’en 2024, Trump va réapparaître comme un monstre du Loch Ness sorti des eaux le couteau entre les dents. Il n’est pas sûr que les électeurs de Trump vont continuer à semer la zizanie et tenter de semer le trouble dans les consciences et dans les votes, même s’il y a aux États-Unis une élection législative dans deux ans qui peut renouveler la Chambre des représentants au profit du Grand Old Party. Les Américains forment un peuple qui aime le changement, qui ne s’accroche pas au passé, qui veut aller de l’avant, avec cette foi et cette solidité mentale que lui confère la stabilité institutionnelle.

Enfin, pour illustrer le caractère vicieux de Trump, il faut s’indigner de son intervention personnelle pour que soient exécutés les condamnés à mort fédéraux qui attendent leur sort dans le couloir de la mort. Trump fait souvent rire, mais il est aussi sinistre, cruel et inhumain, en se livrant à des abus de pouvoir. La tradition veut que son successeur décide ou non de gracier les condamnés. Dans certains cas, les avocats n’ont même pas obtenu le délai de 91 jours prescrits par la loi pour leur permettre de présenter un dossier.

RICHARD LISCIA

 

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2 Responses to Trump : un bilan

  1. Laurent Liscia dit :

    Progrés indéniable au Moyen-Orient, mais même si l’on s’en tient a la diplomatie et aux traites internationaux (depuis l’OTAN jusqu’au NAFTA), les alliés traditionnels des Etats-Unis soufflent à nouveau. On sait deja que l’administration Biden reviendra d’emblée au sein des accords de Paris. Et on imagine que Joe Biden, au contraire de son prédécesseur, ne travaillera pas à défaire ce qui s’est fait au Moyen-Orient.

  2. GERBAL dit :

    Progrès indéniable pour l’Etat d’Israel, mais qui pose la question de la gouvernance mondiale et de la légitimité de ces décisions au regard des lois ou règlements internationaux.
    Merci pour vos avis toujours mesurés

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