Climat : politique chaotique

Macron pour le nucléaire
(Photo AFP)

Il est bien difficile de suivre la politique labyrinthique adoptée par Emmanuel Macron en matière de réchauffement climatique. Recevant hier le groupe de 150 citoyens désignés comme interlocuteurs valables du pouvoir en la matière, le président de la République leur a proposé un référendum. 

IL L’A SANS DOUTE fait de guerre lasse car, depuis qu’il négocie avec eux, il est revenu sur plusieurs des engagements qu’il avait pris : il a accepté tout ce qu’ils proposaient sauf seulement trois mesures. Puis, répondant avec colère aux suggestions multiples qui émanent de la société, il a parlé de la « retourner à l’époque de la lampe à huile » et de la façon de vivre des Amish (secte religieuse de Pennsylvanie qui s’interdit l’usage du courant électrique et autres coutumes du monde contemporain). En outre, ces derniers temps, il a mis l’accent sur le nucléaire, alors qu’il a ordonné la fermeture de la centrale de  Fessenheim, contre l’avis des experts, lesquels estiment qu’elle aurait pu produire de l’électricité sans danger pendant encore dix ans. C’est certainement l’occasion de dire que la pratique de la démocratie directe n’est en réalité possible que lorsque tout le monde est d’accord. Et de s’interroger sur l’objectif du référendum.

Quelle question ?

Quelle sera la question ?  Êtes-vous hostile au réchauffement climatique ? La réponse est connue : c’est 100 % contre. Il ne s’agit donc pas de la bonne question, qui serait plutôt : voulez-vous faire quelques sacrifices importants et changer votre mode de vie ? La question cruciale des gaz à effet de serre ayant été monopolisée par Europe-Écologie les Verts, dont le militantisme est assez exacerbé pour classer au moins une fraction de ce parti dans l’extrême gauche, le débat se résume à un conflit idéologique entre la gauche et la droite, deux tendances dont M. Macron ne cesse de vouloir faire la synthèse avec une efficacité indiscutable en 2017, mais avec de faibles chances de renouveler cet exploit en 2022.

Bonne ou mauvaise voie.

En ce qui concerne le nucléaire, il est impossible d’ignorer les réserves que le président exprime. La suppression de Fessenheim a été en partie décidée pour complaire aux Allemands qui ont aboli leurs centrales atomiques pour se jeter sur le charbon avec une gourmandise très nuisible à l’environnement. Ils s’inquiétaient de la présence d’une centrale française à la frontière entre nos deux pays. Macron a donné un gage à Angela Merkel. Ce n’est pas ce qu’il a fait de mieux. Le problème du nucléaire, c’est qu’on ne sait pas quoi faire des déchets. Son avantage, c’est qu’il ne produit pas de CO2. On aura donc dépensé beaucoup d’argent, mis au chômage beaucoup de salariés, mais seulement pour le principe d’une dénucléarisation progressive, qui était celle de François Hollande, laquelle a été reprise par M. Macron, mais dont lui-même n’est pas sûr qu’elle représente la bonne voie.

EPR : lourdes pertes.

D’autant que le chef de l’État n’est pas découragé par la filière nouvelle, celle de l’EPR, moins polluant et moins dangereux, et dont on construit les réacteurs en Finlande, en France et en Grande-Bretagne. Les deux expériences française et finlandaise sont catastrophiques avec des dépassements financiers abyssaux payés par le contribuable français. Le gouvernement n’est pas découragé, qui estime que, lorsque l’on tente une approche innovante, il faut en essuyer les plâtres. Il n’a pas tout à fait tort, sinon, il n’y aurait pas de progrès. On peut même dire que celui qui n’essaie pas n’aboutit jamais. Mais dans une période d’effondrement économique, les pertes associées à l’énergie nucléaire sont insupportables.

Le référendum aura-t-il lieu pendant le mandat de Macron ? C’est ce qu’il souhaite. Aura-t-il lieu après? C’est probable. Il faut bien, en même temps, franchir les caps des régionales, puis des présidentielles. Conclusion de ce rapide tour d’horizon : la démocratie directe ne saurait remplacer le fonctionnement de la représentation nationale sur laquelle on ne peut pas superposer des strates d’interlocuteurs du pouvoir qui, eux, ne sont pas élus par le peuple et dont les idées contribuent largement à la confusion générale.

RICHARD LISCIA

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4 Responses to Climat : politique chaotique

  1. Michel de Guibert dit :

    Le référendum serait une très mauvaise réponse, en France on ne répond jamais à la question posée, mais il prend des allures de plébiscite, ou plus souvent d’anti-plébiscite.
    Nous n’avons pas la culture des « votations » comme en Suisse.

  2. Laurent Liscia dit :

    Michel de Guibert a raison: le plébiscite, quelle mauvaise idée! Quant au nucléaire, il a beaucoup évolué, dans le sens de la miniaturisation. Les petits réacteurs ont le mérite d’être puissants, plus sûrs, et bien plus viables que leurs prédécesseurs. Il semble impératif d’examiner ces nouvelles technologies. Et de mettre le paquet sur la fusion. Le renversement du réchauffement demande non seulement une réglementation anti-carbone, mais de l’imagination technologique.

  3. TAPAS92 dit :

    Par pitié, ne touchez pas à la Constitution. Chirac l’a fait en mettant le « principe de précaution » dedans. Tarte à la crème. Et maintenant, plus rien ne peut être fait car … principe de précaution.
    Si on met l’écologie dans la Constitution, on se lie les mains et les pieds pour l’avenir : qui peut affirmer aujourd’hui que tout ce que l’on fait aujourd’hui est (et surtout sera) écologique à 100 % ?

  4. ROGER CAPORAL dit :

    Le Pr Gérald Mourou, prix Nobel associé de physique en 2018, pense que sa découverte permettra la transmutation les déchets nucléaires. Ceux à demi-vie la plus longue pourraient en quelques minutes être « neutralisés » Travaux en cours. Espérons !

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