Des policiers sacrifiés

Gérald Darmanin
(Photo AFP)

Hier, à Saint-Just, dans le Puy-de- Dôme, trois gendarmes qui intervenaient au sujet d’une querelle familiale, ont été tués par un forcené. Un quatrième gendarme a été grièvement blessé. Une chasse à l’homme s’en est suivie. L’homme a été retrouvé mort. Il s’est probablement suicidé.

POUR la gendarmerie, le coup est rude. Depuis des années, l’opinion française est partagée entre le besoin de sécurité civile et l’aversion que lui inspirent les méthodes de la police pour ramener l’ordre là où il est menacé. Ce dilemme n’a pas beaucoup de sens. Trois gendarmes meurent sous les balles d’un assassin, c’est un sacrifice indescriptible. Partout, à cause du terrorisme, des manifestations qui dégénèrent, du désordre voulu par des anarchistes, policiers et gendarmes sont blessés, parfois grièvement. Nulle part, même pas dans un coin reculé du pays, ils ne sont en sécurité. Et quand ils tombent, on ne peut que leur rendre hommage.

De l’admiration au dénigrement.

Cet hommage ne peut être sincère que s’il est permanent. Personne n’est obligé de choisir entre la police et la gendarmerie d’une part, et le public d’autre part. S’il y a des victimes policières, le lourd tribut qu’elles paient à la sécurité ne suffit pas à occulter certains actes commis sous l’emprise de l’exaspération. En revanche, ce stop and go, cet aller et retour entre l’admiration et le dénigrement de la police est insupportable. Les « bavures », comme on les appelait autrefois, doivent donner lieu à des poursuites, comme ce fut le cas pour ce producteur de musique injustement agressé par trois policiers qui ont été arrêtés pendant plusieurs jours mais ont été relâchés hier. Bien sûr, il est choquant d’interpeller des policiers et gendarmes auxquels on demande de rétablir l’ordre au prix de leur vie. Mais ils sont par définition des gardiens de la paix, ce qui veut dire qu’ils ne bénéficient d’aucun privilège. Mais ils ne devraient pas être stigmatisés par l’opinion quand ils commettent des actes de répression excessive. Nos concitoyens ne peuvent pas avoir avec les forces de l’ordre une relation variable qui obéit à la succession des faits-divers, tantôt favorables aux forces de l’ordre, tantôt indignés par leurs excès.

L’ordre sans politique.

Pour qu’existe enfin entre policiers et gendarmes d’une part, citoyens d’autre part, un rapport plus serein, ill faut dépolitiser les forces de l’ordre. Elles obéissent au pouvoir du moment, soumis à une variante électorale qui en change les orientations. Les forces de sécurité ne dictent pas la politique de sécurité, elles s’y conforment. Elles doivent être encouragées à protéger les innocents et à arrêter les coupables. Elles n’appartiennent pas à l’exécutif, mais à la population. Ce que l’on ne retrouve pas dans cette bizarre chronologie en vertu de laquelle on vénère les policiers avant de les couvrir d’injures. Et il ne faut pas croire non plus qu’ils méritent cette douche écossaise des sentiments. Dans leur métier, des brebis galeuses certes apparaissent. Elles ne suffisent pas à couvrir d’opprobre tout un corps de métier. Ce qui ne veut pas dire non plus que les exactions policières soient acceptables ou mériteraient un peu d’indulgence. C’est juste le contraire : policiers et gendarmes doivent se montrer exemplaires.

Ils ne doivent pas pour autant mourir pour maintenir le calme civil. Nous, citoyens, devons leur rappeler les exigences déontologiques de leur travail. Ils ne sauraient céder à l’exaspération et rejoindre dans leur brutalité ceux qui tentent de mettre le feu à la cité. Mais il ne faut pas les traiter comme un danger pour la société ; et l’idée de les pourchasser à chaque occasion est une recette pour sombrer dans l’anarchie. Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a exprimé sa douleur et sa consternation à la suite du décès des trois gendarmes. Il est dans son rôle. Mais il l’est aussi dans la dénonciation des policiers qui commettent des abus de pouvoir. En réalité, l’un ne va pas sans l’autre : les « flics » sont nos amis en toute circonstance, notre vocation est de les soutenir et, en même temps, de brider leur colère quand ils se déchaînent contre un innocent.

RICHARD LISCIA

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4 Responses to Des policiers sacrifiés

  1. Laurent Liscia dit :

    C’est l’arc de la police: entre forces de l’ordre (l’ordre étant un concept politique) et gardiens de la paix. Nous savons tous a quoi ressemble la paix et y aspirons tous.

  2. Pernot François dit :

    Quelle maestria dans le en même temps!

  3. Ducos dit :

    On parle des allers et retours de « l’opinion française « vis-à-vis des forces de l’ordre. Mais il n’y a pas d’opinion française monolithique. Il y a des gens qui habitent en France que l’on peut arbitrairement diviser en trois groupes : une partie défend les forces de l’ordre quoi qu’il arrive, l’autre les dénigre systématiquement et une dernière qui n’a pas d’idée préconçue et qui selon le moment réagit tantôt comme le premier, tantôt comme le deuxième. C’est cette population qui fait pencher la balance et qui est très mouvante voire irrationnelle dans ses choix.

  4. La haine antipolice ou au moins le conformisme anti-violence policière est plus grave que ces propos auxquels je souscris mais qui se situent en aval de ce qui devrait être un rappel systématique à chaque acte de résistance à l’autorité. NOUS NE SOMMES PAS DANS UN ÉTAT POLICIER et l’usage de l’armée ou même de la police relève en France sereinement du monopole de l’usage de la force par l’État avec la possibilité régulière de récuser dans les urnes les politiques qui en abuseraient. Que la « victime » soit un producteur délinquant repenti mais ayant gardé quand même des habitudes de refus de contrôle ou des gilets jaunes destructeurs ou des loubards de banlieue suicidaires dans leur guerre de territoires, les violences policières, que je sache, ne sont qu’un « dérapage » d’une fonction normale de contrôle et non une initiative liberticide des « forces de l’ordre », terme qui n’a rien de fasciste par rapport à gardien de la paix : avant de faire la paix et de la garder, il faut parfois faire la guerre et il faut sûrement la force qui est actuellement aussi employée aux injonctions médiatiques à tort et à travers par les élus frileux et au garde-à-vous devant l’opinion. Ces décisions sans stratégie ni réelle défense de l’autorité (le pouvoir n’est pas l’autorité sinon la rue la résume à un rapport de force…) laissent la police plus que désarmée, désorientée et perdue voire soumise aux évènements de la façon désastreuse qui sera dénoncée démagogiquement ensuite.

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