L’ironie du sort (anglais)

Johnson à la Chambre
(Photo AFP)

Pour nos amis britanniques, la fin de 2020 concentre toutes les catastrophes possibles : au moment où un accord se conclut avec l’Union européenne qui obligerait Londres à faire de larges concessions, l’apparition d’une souche nouvelle du coronavirus plonge dans le chaos la circulation des camions étrangers dans le sud-est de l’Angleterre.

L’IMPRÉPARATION conduit fatalement à de sinistres situations : des milliers de chauffeurs de camion qui doivent subir le test avant de reprendre la route vers le continent attendent désespérément, dans des conditions de vie insupportables, le feu vert des autorités. La présence de ces camions s’explique par l’afflux de commandes à l’étranger, et en Europe tout particulièrement, de biens divers et souvent périssables avant la date fatidique du 31 décembre ; le variant du virus a contraint le gouvernement du Royaume-Uni à exiger des chauffeurs qu’ils passent le test qui leur permettrait de rentrer chez eux ; mais, visiblement, les moyens ne sont pas à la hauteur des enjeux, de sorte que le stock de véhicules pourrait ne pas être résorbé avant plusieurs jours, sinon plusieurs semaines, donc au-delà de décembre, alors que les conditions de vie et d’hygiène sont devenues intolérables.

Situation explosive.

Des échauffourées avec la police anglaise ont déjà eu lieu. La situation est donc explosive. Cette crise, née de l’évolution du virus, rappelle néanmoins aux Britanniques que la souveraineté de leur pays dont ils ont fait l’argument essentiel de leur volonté de quitter l’Union européenne n’existe pas réellement, que leur économie est étroitement liée à l’UE et qu’elle le restera. Pour diverses raisons commerciales : en hiver, ils ont besoin de produits frais venus de l’étranger parce que les conditions climatiques à leur latitude ne favorisent pas la poussée de fruits et de légumes ; d’autres produits comme ceux de la pêche doivent être achetés sur le continent ; même leur industrie n’est ni souveraine ni suffisante pour leur marché intérieur.

Boris Johnson a fait de la pêche dans ses eaux territoriales une sorte de tabou infranchissable : il n’autoriserait plus, après le Brexit, les pêcheurs, français et autres, à venir dans ces eaux riches en poisson. Selon les informations recueillies cette nuit, il aurait finalement accepté le statu quo, avec quelques nouvelles règles, ce qui correspondrait, selon les experts de la Commission européenne, à une « énorme concession ». Sans doute y a-t-il, dans cette formule, une part de hubris, à l’heure où les négociateurs approchent d’une victoire qui règle son compte à Boris Johnson. Cela fait des années qu’il tient un discours offensif, certes susceptible de plaire aux Brexiters, mais qui ne repose pas sur une impeccable logique. La notion de Brexit a introduit dans les relations européennes, fondées sur le compromis et le gagnant-gagnant, une forme de cynisme incompatible avec un traité garantissant des rapports sereins.

Nier l’histoire.

C’était nier le passé, l’histoire et la valeur des progrès accomplis en commun ; nier le renoncement définitif à la guerre ; nier la négociation au profit de la confrontation. La réaction des 27 a été à la hauteur de l’enjeu. Ils ont riposté comme un seul homme, confiant aux négociateurs de Bruxelles le soin de préserver leurs intérêts communs, restant unis comme jamais ils ne l’ont été, démontrant tous les jours la force tranquille de l’UE. Si l’accord est signé, il sera accueilli en Grande-Bretagne et notamment à la Chambre des communes, par des cris de rage. Mais il ne soulèvera aucune émotion sur le continent : le triomphalisme de l’Union aggraverait la crise de nerfs des Anglais, au moins ceux qui ont profondément souhaité que les 27 fussent l’ennemi, concept absurde, à rebours de l’histoire. Le Brexit sera une catastrophe pour les Britanniques parce qu’il n’y a pas d’autre pays européen qui souhaite imiter l’exemple de Londres.

Le sort de Boris.

Le sort politique du Premier ministre britannique est donc en jeu lui aussi : quelle promesse a-t-il vraiment tenue ? À quoi cette souveraineté dont il nous a rebattu les oreilles sert-elle, sinon à affaiblir le Royaume-Uni économiquement, socialement et politiquement ? En 2016, David Cameron, alors Premier ministre, a cru que le référendum règlerait la question de l’appartenance de son pays à l’Union une fois pour toutes. Une majorité de 52 % s’est prononcée pour le Brexit, ce qui, par ailleurs, a enragé les 48 % qui ont voté contre. M. Cameron a démissionné, Theresa May l’a remplacé, accomplissant avec intégrité son métier d’honnête courtier. M. Johnson l’a contrainte à partir en promettant plus, toujours plus. Aujourd’hui il n’a rien d’autre à offrir à ses concitoyens que ce qu’elle leur avait déjà offert. Bonjour les dégâts.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to L’ironie du sort (anglais)

  1. Michel de Guibert dit :

    « La Grande-Bretagne est une île entourée d’eau de toutes parts » (André Siegfried)

  2. Laurent Liscia dit :

    Boris Johnson a ses défauts, mais du point de vue écologique, c’est mieux de restreindre la pêche dans ces eaux. On ne retarde que de quatre ans la nécessité de former les pêcheurs français à d’autres emplois …

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