Le destin de Michel Barnier

Barnier à Bruxelles
(Photo AFP)

L’un des aspects de l’accord commercial conclu entre l’Union européenne et le Royaume-Uni est qu’il a été négocié, du côté européen, par Michel Barnier, ancien ministre et ancien commissaire européen, dont on peut dire qu’il a acquis, au cours des pourparlers une maîtrise exceptionnelle des dossiers et qu’il a obtenu, grâce à  sa détermination, un sang-froid et un savoir-faire remarquables.

M. BARNIER aura 70 ans dans onze jours, ce qui ne fait pas de lui le candidat le plus jeune à un poste électif en France. C’est un homme qui vient de la droite, en même temps que de sa Savoie natale, mais dont toute l’action et les idées témoignent de son pragmatisme et de sa compréhension de l’adversaire. Comme on n’a que l’âge de ses artères, nul ne pense que sa carrière politique est terminée et que la France devrait se priver de son talent. Lui-même, interrogé ce matin sur France Info, dit que, pour le moment, il ne sait pas trop bien à quoi il va consacrer son immense et froide énergie, mais on imagine qu’il accomplira bientôt un nouveau parcours politique. Répondant à des questions portant sur à peu près tous les dossiers, il s’est bien gardé de hurler avec les loups et s’est contenté d’exposer les complexités de la crise sanitaire, économique et sociale, à la façon d’un homme qui, déjà, a exploré dans ses moindres recoins le sombre labyrinthe du Brexit.

Le marasme français.

L’épreuve rare à laquelle il s’est soumis pendant plus de quatre ans lorsqu’il a été désigné pour négocier avec Londres lui offre un recul et même un point de vue de Sirius sur le marasme français. Il lui sera probablement difficile d’entrer dans les rangs d’un parti (il vient des Républicains, LR), de rassurer sur ses intentions politiques, de défier éventuellement un pouvoir avec lequel il ne manque guère d’affinités et d’offrir à certaines fractions de l’électorat une hypothèse séduisante. La suite de sa carrière dépend évidemment de la tournure des événements. Mais enfin, la droite cherche un chef, en voici un qui en a à la fois la légitimité et les compétences. Sans doute le handicap unique auquel il est confronté est-il sa totale absence de vulgarité. M. Barnier aura beaucoup de mal, nous semble-t-il, à s’agiter sur les tréteaux électoraux. Mais il connaît par cœur son credo centriste, pragmatique et réaliste et il ne manquerait pas d’apporter dans une campagne des idées et  ce souffle particulier, presque élégiaque, que gonflent ses certitudes à la fois modestes et inébranlables.

Un regard sur le monde.

Cependant, si lui prédire un destin présidentiel, c’est aller vite en besogne, la République ne manque pas de postes susceptibles de lui faire honneur et il y évoluerait confortablement. On lui suggérait ce matin de songer à la mairie de Paris, bastion et tremplin d’Anne Hidalgo, mais il nous semble qu’il serait plus séduit par un maroquin. Il a déjà été ministre de Jacques Chirac et, au fond, il pourrait imiter Roselyne Bachelot, chiraquienne qui se retrouve dans le gouvernement Castex, mais  n’a cessé de conduire ses affaires avec indépendance et un brin de défi aux mœurs et traditions. Barnier, c’est Bachelot, avec la verve en moins. Mais peut-être avec un vision en plus, une étroite relation avec le cosmopolitisme, un regard à 180 degrés dirigé vers l’horizon, une évaluation du monde d’aujourd’hui. Il parle avec des mots émouvants de la pandémie et de ses victimes, de l’épreuve à laquelle le peuple français a été soumis, affirmant de la sorte qu’il a largué les amarres avec Bruxelles et qu’il revient, nourri d’expériences, se mettre au service des Français.

RICHARD LISCIA

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