2021 vu de 2020

Macron bat des records d’audience
(Photo AFP)

Le président Macron adressera ce soir ses vœux aux Français, conformément à une tradition bien ancrée mais qui n’est ni indispensable ni toujours utile.

EN 2020, le chef de l’État aura parlé au pays neuf fois, réunissant ainsi des records d’audience inégalables. Cela montre que ses compatriotes sont très soucieux de l’évolution délétère du virus, contrairement à ce que pourraient laisser croire les manifestations d’indiscipline. M. Macron est à l’aise avec ses audiences parce qu’elles rassemblent, semble-t-il, des concitoyens qui partagent ses inquiétudes et attendent de lui qu’il les rassure. Il s’y efforcera encore aujourd’hui, ce qui n’empêche pas de penser que la Saint-Sylvestre, comme Noël, est une fête privée dans laquelle le pouvoir politique ne devrait pas s’immiscer.

À faire en 2021.

Quant à formuler des vœux fervents pour la santé et la prospérité de nos compatriotes, nous le faisons et je ne manque pas d’adresser les miens à ceux qui me lisent. Il y a la cellule familiale et il y a des familles plus élargies, par exemple les lecteurs du même article. Il n’empêche qu’au-delà de la réaffirmation du droit à l’espoir, à une meilleure vie, à un chômage en baisse et à la prospérité pour tous, les souhaits les plus sincères se heurtent au mur têtu de la réalité. 2021 sera l’année de la bagarre nationale pour retrouver nos marques : nous continuerons à nous défendre contre le virus avec cette arme qu’est le vaccin et que l’on veut croire plus efficace que le confinement ou le masque ; nous subirons les conséquences du Brexit, qui est une catastrophe pour les Britanniques et un recul pour les habitants de l’Union européenne ; nous devrons, par divers moyens, réduire la dette colossale que nous avons accumulée ; nous devrons, quoi qu’il en coûte, arracher au chômage les jeunes qui se présentent sur le marché du travail ; enfin nous devrons renforcer les liens qui unissent les Européens car la diplomatie mondiale ne doit pas rester la chasse gardée de la Chine, des États-Unis et de la Russie.

L’endettement n’est pas irrévocable.

La hauteur de la tâche ne doit pas nous plonger dans l’accablement : la pandémie a créé en France (et ailleurs) ce désarroi très grave qui bouscule les consciences humaines quand elles rencontrent une menace pour la première fois. Si le vaccin abolit le virus (ce qui prendra encore au moins un an), nous nous battrons dans des secteurs que nous connaissons bien et ont seulement changé de degré, pas de nature. Qu’on ne nous dise pas, par exemple, que l’endettement français prépare un cataclysme : il est contrôlé, surveillé, mais il est faux de croire qu’on ne rembourse pas une dette. La France doit payer ce qu’elle doit, ne serait-ce que pour que son crédit ne soit pas atteint. Il y a plusieurs façons de le faire, par exemple en augmentant la production intérieure brute, ou en acceptant deux points d’inflation par an, instruments qui feront baisser la dette arithmétiquement. Enfin, il ne serait pas honteux de mettre à contribution ceux qui en ont les moyens, encore que le niveau des prélèvements obligatoires soit déjà excessivement élevé. Le pire, à propos des maux qui s’abattent sur nous, c’est de paniquer. Certes, nous nous endettons depuis un demi-siècle, mais il n’y  a absolument rien d’irrévocable dans la hausse des emprunts.

Digression.

On me permettra de faire une petite digression personnelle dans ce tableau à la fois optimiste et pessimiste. Faire la fête à la fin d’une année n’a aucune signification. Ce qui renforce l’idée qu’il n’est pas désespérant de se cloîtrer pour le réveillon. Les craintes ou les espoirs que nous nourrissons n’ont rien à voir avec le calendrier. L’année qui se termine n’est pas nécessairement la pire et celle qui commence ne sera pas forcément meilleure. L’état de la nation n’a aucun rapport avec l’état de l’individu. Il y a une année pour la naissance et une année pour la mort. Entre les deux, il se passe énormément de choses du point de vue individuel et ces choses appartiennent à un continuum sur lequel le calendrier n’a aucune influence. Enfin, les attributs du bonheur ne sont pas toujours ceux que l’on croit. Dans ce monde, on a infiniment plus besoin d’aimer que de s’enrichir, de protéger les siens que de les oublier pour une grande cause, de sérénité que de violence, de dignité que de célébrité. Bonne année.

RICHARD LISCIA

 

 

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2 Responses to 2021 vu de 2020

  1. Num dit :

    Merci M. Liscia. Heureuse année à vous !

  2. Laurent Liscia dit :

    Et tous nos voeux américains à tes excellents lecteurs français, que je côtoie dans ces commentaires. Mon souhait : que les Etats-Unis ne fassent plus figure de nation la plus idiote de la planète en 2021 – et que nous parvenions à contenir une pandémie qure nous avons très mal gérée à ce jour. Espérons aussi que Joe Biden rejoindra prestement Angela Merkel et Macron autour de la table des accords de Paris. Il faut se remettre d’urgence au dossier climatique.

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