Vaccin : l’outrance

Jean Rottner
(Photo AFP)

Il est incontestable que la campagne de vaccination contre le Covid a pris un temps de retard dès le départ. Il est inadmissible que, au lieu de contribuer à son accélération, les diverses oppositions politiques tirent à boulets rouges contre le gouvernement, comme si l’objectif n’était pas l’immunisation des Français, mais la chute du pouvoir.

DANS ce nouvel épisode de la guérilla politicienne, le principal est sacrifié et le contingent est exalté. La recension des erreurs de communication, des tâtonnements et des hésitations de l’exécutif suffit à indiquer que, au sujet de la pandémie, il doit se concerter avec la science médicale et prendre, à chaque initiative, des mesures précautionneuses et calculées. Les critiques qui lui sont adressées sont d’ailleurs fondées sur une grave contradiction : si l’État était allé plus vite, il aurait été facile de lui reprocher ses prises de risques ; il a choisi d’aller plus lentement, surtout pour rassurer la population à vacciner, dont une majorité n’est guère enthousiasmée par cette perspective. Si les célébrités qui nous gouvernent ne se sont pas fait vacciner publiquement, c’est parce qu’elles ne voulaient pas ignorer l’ordre chronologique de la campagne qui établit les priorités et fait passer les soignants et les personnes âgées avant les autres. L’idée que ce gouvernement ne peut commettre que des erreurs, qu’il ne peut rien commencer qui ne soit déjà un échec, que l’incompétence et l’ignorance sont au pouvoir, est insignifiante comme tout ce qui est excessif.

« Scandale d’État ».

Elle est aussi anormalement disproportionnée par rapport à la lenteur de la campagne : scandale d’État, déclare Jean Rottner, président LR de la région Grand-Est, si le débarquement de juin 1944 avait été organisé comme cette campagne, il aurait échoué,  affirme Anne Hidalgo qui n’a pas encore terminé l’extermination des rats dans les jardins et les parcs de Paris, allons acheter des vaccins à Cuba, réclame Jean-Luc Mélenchon qui n’a pas compris le problème et qui n’est pas « rassuré » par le vaccin de Pfizer, comme s’il se rangeait déjà parmi les citoyens hostiles à la vaccination, lui-même affligé d’un variant cubain du Covid. N’en jetez plus : nous avons compris. Pour vous, la vaccination, ultime espoir pour éradiquer la pandémie, n’est pas le combat prioritaire. Vous luttez pour 2022. Le virus est l’instrument de votre projet pour le renouvellement du mandat présidentiel. Si le pouvoir trébuche, vous le faites tomber avec un croche-pied. Vous n’aurez de cesse, en toute circonstance, qu’il ne soit à terre et qu’il y reste. Mais, patience ! Vous aurez bientôt tout le loisir de le confondre, de le combattre à la loyale, sans invoquer, comme l’a fait le président du Sénat, Gérard Larcher, le document de 58 pages qu’il serait indispensable d’avoir lu avant d’être vacciné. Non, ce texte n’existe pas, riposte le ministre de la Santé, Olivier Véran, et les cent mille vaccinés ont-ils été soumis au préalable à la lecture ?

Déchirements internes.

La cacophonie des insultes, des outrances verbales, des épithètes historiques accompagne le chaos des idées contradictoires, d’un activisme électoral prématuré, comme la constitution de groupes pour un tel ou tel autre, uniquement formés pour défendre un homme ou une femme contre ses concurrents à l’intérieur du mouvement. Ils se déchirent entre eux alors qu’ils doivent s’unir pour l’emporter. Il n’y aura pas de candidat de gauche crédible qui ne soit soutenu par tous les socialistes et par les Verts ; il n’y aura pas de candidat de droite susceptible de faire un score valable s’il ne rassemble pas la totalité de son camp et une partie de la République en marche et même du RN.

Nous connaissons ce syndrome.

S’ils veulent aller plus vite que la musique, penser à 2022 avant de lutter contre le virus, qu’ils commencent par adopter la bonne stratégie. Qu’ils mettent fin d’eux-mêmes à ce fracas politique, symptôme alarmant d’une société dont les membres aiment beaucoup plus s’entendre parler qu’agir et aider les soignants à s’occuper de leurs patients. La qualité du jeu des partis ne cesse de se dégrader. Personne n’a plus honte de sa propre hypocrisie, jamais le politiquement correct n’a fait autant de dégâts, jamais on n’a autant songé au pouvoir non en imposant ses idées et son plan mais en démolissant l’adversaire. La confusion de propos parfois sectaires, incohérents, nourris d’arguments contradictoires aboutit à une somme négative qui ne résout en rien une crise aux aspects multiples qu’aucun gouvernement, depuis 1945, n’a eu à affronter. Nous connaissons ce syndrome. Nous l’avons vu à l’œuvre aux États-Unis et nous avons assisté au début d’anarchie qu’il a créé. Qu’il nous soit au moins permis de douter que ceux dont l’objectif se résume au remplacement de nos gouvernants actuels soient capables de faire mieux qu’eux.

RICHARD LISCIA 

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7 Responses to Vaccin : l’outrance

  1. Michel de Guibert dit :

    Le texte relatif à la campagne de vaccination contre la covid-19 dans les EHPAD n’a pas 58 pages, il n’en a « que 45 », mais il existe bien :
    https://www.mesvaccins.net/textes/guide-vaccination-contre-la-covid-ehpad-usld-vdef-22122020.pdf

  2. D.S. dit :

    Je vous avais dit récemment qu’après une petite période d’observation, beaucoup de gens se précipiteraient sur le vaccin. Vous m’avez répondu qu’il n’était pas très moral de laisser les autres essuyer les plâtres. Mon hôpital de secteur ayant décidé de vacciner les médecins de plus de 50 ans, je me suis inscrit pour ce mercredi: pas question en effet, d’affronter sans rien faire, le fameux variant anglais. Et je laisse à d’autres le discours: « Oui, mais on n’a pas beaucoup de recul sur ce vaccin », « On n’a pas toutes les informations utiles » etc. etc.

  3. Laurent Liscia dit :

    Maigre consolation: je constate qu’en Californie on n’a aucune idée du calendrier de vaccination. On nous explique que la Maison-Blanche est un desert (je veux bien le croire) et qu’il n’y aucune coordination fédérale – mais les labos existent! On peut surement leur parler directement.

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