Montebourg sort de sa tanière

Arnaud Montebourg
(Photo AFP)

Arnaud Montebourg, ancien ministre de François Hollande, a laissé entendre qu’il serait de la partie présidentielle, créant à gauche une émotion discrète chez les autres candidats potentiels, mais affirmant ainsi que les dés ne sont pas jetés.

MONTEBOURG candidat ? C’est son droit. Cependant, depuis qu’il a été évincé de l’exécutif (avec Benoît Hamon qui, du coup, a créé son propre parti), il a fait dans le privé un parcours qui n’a pas mis en valeur ses qualités de dirigeant. L’opinion  éprouvera quelques difficultés à comprendre ses orientations. Il suffit d’admettre que, s’il peut s’opposer à Anne Hidalgo, déjà en campagne, par ses idées clairement plus à gauche, il est en capacité d’attirer la frange extrême des électeurs socialistes incarnée par les frondeurs d’autrefois ainsi que nombre de partisans de Jean-Luc Mélenchon. Sa candidature est donc crédible, pour autant qu’il ne commette pas, pendant ce parcours semé d’embûches, les faux-pas et les écarts de langage dont il est coutumier.

La recherche de l’équilibre.

Toute expérience étant utile, sa traversée du désert, du moins le suppose-t-on, n’aura pas manqué de refroidir ses emportements. Dans une élection, il faut s’adresser au plus grand nombre, il faut éviter d’indisposer un électorat pour en combler un autre, il faut, en quelque sorte, maintenir un équilibre de type centriste, celui-là même qui, naguère, a si bien réussi à Emmanuel Macron, mais auquel il ne peut contribuer qu’en atténuant sa passion pour la Sixième République, horizon qu’il partage avec M. Mélenchon. La campagne de la présidentielle aplanit les arêtes les plus saillantes. La notion même de compromis traduit une trahison toujours possible du programme de départ. Il y a les idées neuves et il y a la prudence des électeurs.

Un homme de son temps.

À l’heure qu’il est, et en toute objectivité, M. Montebourg ne fait pas le poids contre Mme Hidalgo. Mais il a l’énergie du populisme auquel elle est très réticente et si, face à la puissance de sa logorrhée, elle se contente de son discours habituel, de gauche, certes, favorable à l’environnement, certes, mais respectueux de toutes les formes de combat politique, il pourrait tourner des millions de têtes. En d’autres termes, et compte tenu de l’hystérisation de la politique qui profite aux Le Pen, aux Mélenchon, aux Verts fanatisés, il fera bonne figure dans la campagne. Il est à la fois un cheval de retour et un homme de son temps. Il a le bon âge et la prestance. Il possède une expérience et, s’il veut chambouler les règles régissant notre économie, il part d’excellents sentiments. Ce n’est pas qu’Anne Hidalgo ne les partage pas, mais elle n’a peut-être pas l’énergie, la vigueur et la passion qui feraient d’elle une candidate conforme au spectacle que l’électorat attend d’une campagne électorale.

La confusion perdure.

On sait que la gauche est sortie effondrée de l’élection de 2017, ce qui a fait qu’ils sont plusieurs à en ramasser les morceaux, une émulation que l’on jugera sympathique mais qui ne résout en rien les divisions qui séparent candidats avérés et potentiels. Devant un tel désordre, les vocations sont multiples et les candidatures sont accompagnées par l’expression de quelques certitudes et d’une arrogance de mauvais aloi. Jean-Luc Mélenchon, pour LFI, Yannick Jadot pour les Verts, Hidalgo, Montebourg, Hollande, Hamon, Royal et Faure pour le PS se prennent tous pour des candidats légitimes, tous des hommes ou femmes capables de refaire l’unité du parti, alors qu’en réalité, pendant les cinq années de répit que leur aura octroyés Emmanuel Macron, ils auraient dû sagement travailler de concert sur un programme applicable à l’effondrement non seulement du socialisme français, mais de l’économie nationale. Ils n’ont rien fait de tel et on les retrouve tous drapés dans leur personnage shakespearien, chacun différent des autres, avec des programmes spécifiques et taillés sur mesure, davantage déterminés par leurs convictions personnelles que par la faisabilité de leur action en 2022. De ce point de vue, la candidature de Montebourg suffit à décrire la confusion qui règne encore à gauche  et qui semble garantir une dispersion de l’électorat.

La candidature d’Arnaud Montebourg ne dit donc rien de ce que sera le programme de la gauche et de sa réunification. Gauche ou pas, elle est traversée par une infinité de courants et d’ambitions personnelles qui feront le miel des mêmes, je veux dire Macron et Marine Le Pen.

RICHARD LISCIA

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