Jeunes contre vieux

Les jeunes deviendront vieux
(Photo AFP)

Un sondage Odoxa publié avant-hier par « le Monde » montre que 56 % des Français craignent l’apparition d’un conflit entre les générations à cause de la crise sanitaire et sociale.

LES RÉSULTATS de cette enquête d’opinion ne constituent pas une grande surprise ; elle confirme un malaise entre les personnes âgées, notamment les retraités et les 18-25 ans, lesquels se sentent abandonnés par la société parce que la crise a détruit de nombreux petits boulots qui aidaient les jeunes à avoir un revenu pendant leurs études. C’est la raison pour laquelle l’idée d’un « revenu universel » a été une fois de plus posée sur la table : elle consiste à abandonner le dogme des aides sociales liées exclusivement au travail et assure un minimum vital à ceux qui n’ont pas commencé leur carrière.

Les jeunes sont peu aidés.

Le sondage n’établit pas le conflit entre générations mais en perçoit les symptômes. Il ne dit pas que les jeunes se plaignent des personnes âgées et vice versa, mais que plus de la moitié de nos concitoyens estiment qu’il y aurait une différence de classe entre personnes âgées qui seraient privilégiées par la solidarité nationale au détriment des jeunes. Il constitue néanmoins un appel au gouvernement pour qu’il s’intéresse à une classe d’âge qui, n’ayant pas un revenu par définition, doit acquérir une formation. C’est évidemment la quadrature du cercle pour tous les jeunes qui ne bénéficient pas d’un soutien matériel de leur famille.

Même si le malaise semble profond, il n’en est pas moins illogique. Un vieillard est une personne vulnérable. Elle a travaillé toute sa vie et a droit à un répit quand elle n’a plus les moyens physiques on intellectuels pour assurer un emploi dans l’entreprise. Elle bénéficie donc d’une retraite qui, dans le système par répartition que le pouvoir, il y a peu, voulait réformer, fait que les jeunes travaillent pour payer la retraite de leurs aînés. Le système n’est pas injuste, il crée une solidarité naturelle entre jeunes et vieux. Il donne à l’État la responsabilité du bien-être de chacun. Malheureusement, il ne fonctionne plus comme naguère, en partie à cause de la crise. Si on a pensé à le changer, c’est donc pour quelques bonnes raisons parmi lesquelles sa solvabilité.

Les vieux au secours des jeunes ?

La crise a accentué les inégalités entre jeunes pauvres et vieux bénéficiant, en quelque sorte, d’une rente. Elle aurait, selon le sondage Odoxa, réalisé auprès de 1005 personnes, accru l’hostilité d’une partie de la société contre une autre. Est-ce que, au contraire, les jeunes, loin de s’en prendre à leurs aînés, ne réclament pas plutôt une sorte de subvention que l’on pourrait appeler « retraite » pour jeunes ? En tout cas, ils seront sensibles à l’idée, irrécusable, que l’on n’est jamais jeune qu’en attendant de vieillir et que le sort d’un jeune est de devenir vieux un jour, inéluctablement. S’il y a un malaise entre deux générations appelées de toute façon à basculer dans une autre catégorie (pour les vieux, c’est la mort), il ne peut être que provisoire. On devine en outre qu’exiger des personnes âgées de reverser une partie de leur pension dans un fonds créé pour les jeunes compliquerait bien plus le problème qu’il ne le résoudrait.

Rente ou emprunt.

Le sujet n’est donc grave que pour ceux qui en parlent. Il y a un problème chez les jeunes à cause d’un système qui ne leur accorde pas le droit à un revenu. La réforme des retraites était une promesse du candidat Macron. La crise et la pandémie en diffèrent l’adoption et son application. Il est donc préférable de se cantonner à la question des jeunes et d’envisager pour eux un revenu stable, sinon élevé. C’est une tâche ardue. Il faut d’abord trouver le financement de cette sorte de pension pour les personnes qui ne sont pas encore entrées dans leur carrière professionnelle. Il faut éviter d’en faire un emprunt remboursable plus tard, comme c’est le cas aux États-Unis, où la dette des ex-jeunes atteint 1 600 milliards de dollars. Il faut enfin s’assurer que les nouveaux pensionnés travaillent pour toucher l’aide qui leur est accordée, ce qui n’est pas le cas des retraités.

Le virus et la colère.

Les personnes âgées ne bénéficient d’aucun privilège. Par exemple, les cadres à la retraite touchent une retraite à points qu’ils ont payée avec leurs cotisations (et celles de leur entreprise). Il était logique de les vacciner en premier puisque, pour la plupart d’entre eux, la contamination par le Covid aboutit à la mort. À ce propos, il ne semble pas, à l’heure qu’il est, que toutes les personnes âgées aient été vaccinées. La pénurie de vaccins se poursuit et les vieux n’obtiennent même pas un rendez-vous, d’autant que les centre de vaccination sont souvent très éloignés de leur domicile, ce qui complique la vaccination de ceux qui ne conduisent plus.

Tous ces sujets qu’on agite de loin en loin pour en faire des débats politiques ne font qu’ajouter le poison de la colère à celui du virus. Porter atteinte à la solidarité entre les générations transformées en classes sociales n’est pas seulement absurde. C’est une atteinte de plus à l’unité nationale.

RICHARD LISCIA

 

 

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2 Responses to Jeunes contre vieux

  1. Laurent Liscia dit :

    Certes: un vieux est un jeune qui a eu la chance de vivre quelques décennies. Le conflit des générations, depuis les jeunes Turcs jusqu’à Tartuffe en passant par les romantiques, et plus recemment les soixante-huitards contre De Gaulle et les fameux « Millenials », est un clivage bien établi. Greta Thunberg « nous » rend responsables, nous les plus de 40 ans, du désastre ecologique qui menace la planète. Difficile de ne pas être d’accord : ce sont les générations humaines précédentes, jusqu’à la nôtre qui ont oeuvré (on pourrait même parler de « karma ») à produire la société telle qu’on la connaît – en bien et en mal. C’est une évidence, mais comme tu l’écris, la tentation de la politisation est très forte. On ne peut pas non plus nier l’agisme dont souffre notre culture, ou seule la jeunesse est attrayante, seule la jeunesse a du potentiel … En mettant à plat le clivage entre jeunes et vieux, on ne peut pas se contenter d’évoquer les questions de partage de pouvoir et de finances; il faut aussi parler du très mauvais sort réservé aux vieux – parqués pour finir dans des EHPAD, infantilisés, et laissés pour compte tout au long de cette pandémie. Comme tu l’as fait dans maintes chroniques. Il devrait y avoir une solidarite naturelle entre jeunes et vieux – entre grands-parents et petits-enfants, non ?

  2. Dr VULCAN dit :

    Ce sondage est révélateur d’un phénomène préoccupant, à savoir la remise en question d’un concept fondateur de notre société qui est la solidarité entre générations au niveau d’un État et au niveau familial.
    Ne serait-ce pas le résultat d’une erreur dans l’éducation de nos enfants, disons moins rigoureuse ?
    dont l’origine viendrait du concept de l’enfant ROI décrit par Françoise DOLTO et du nombre exponentiel de l’éclatement de la famille : Divorces, familles recomposées, recul impressionnant de mariages religieux, etc…
    Nous les aînés, nés avant et peu après la Seconde Guerre mondiale, en majorité nous étions dés le certificat d’études à 14-15 ans immergés dans la vie active et le monde du travail.
    Le respect pour le grand-père et la grand-mère avait un caractère évident quasi-religieux.
    A l’évidence, nous avons changé d’époque !

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