Régionales : incohérences

Larcher pèse de tout son poids
(Photo AFP)

Il s’est passé pour les régionales de cette année ce qui s’est produit pour les municipales de l’an dernier. Comment organiser un scrutin pendant une crise de pandémie ? L’exploit de combiner deux incompatibles est hors de portée de l’exécutif, des élus et de la population.

LES HÉSITATIONS du gouvernement ont soulevé le soupçon maladif dont il fait l’objet depuis le début du mandat présidentiel. Il n’a rien à gagner aux régionales et départementales puisqu’il ne réussit à emporter aucune élection intermédiaire. Il serait donc forcément du côté du report. Mais il serait battu de toute façon et tant qu’à être battu, autant que ce soit longtemps avant la présidentielle. Bien entendu, il est incapable de communiquer avec la force vive que sont les élus. Voilà qu’il dément ce procès et s’adresse à tous les maires, lesquels, à 56 %, se prononcent en faveur du maintien des deux tours en juin. On doit en conclure que, coûte que coûte, les régionales auront lieu sans report et que l’on prendra des mesures de protection sanitaire aussi larges que possible. Y compris, pour ajouter un peu de sel sur la plaie, et un peu de désordre à cette vaste pantalonnade, la demande de Jean Castex d’ajourner les deux tours de scrutin aux 20 et 27 juin.

La pose de Larcher.

Si bien que la crise semble se dénouer. Le Premier ministre, Jean Castex, défendra aujourd’hui devant l’Assemble nationale et demain devant le Sénat, le principe du maintien du scrutin. Il ne fait plus de doute que ce maintien est acquis. En y réfléchissant, on comprend mal d’où est né ce nouveau malaise, sinon des complaintes toujours excessives et électoralistes de la droite. Gérard Larcher en avait fait son pont d’Arcole. Si les régionales sont reportées, je demanderai au Conseil constitutionnel d’invalider ce choix, a-t-il affirmé avec tout le poids qu’il est capable de donner à ses propos. Tout de suite, les grands mots. Cette peine lui sera épargnée. La question du report décrit, en quelque sorte, le chaos institutionnel où la pandémie nous a tous plongés. Une chatte n’y reconnaîtrait pas ses petits. La droite est divisée, la gauche aussi. Il n’existe aucun support idéologique, dans aucun camp, pour se dire pour ou contre le report. Comme d’habitude, c’est seulement une façon de tirer profit de la pandémie qui, entre autres dommages, entre en collision avec le calendrier électoral.

Cet homme-là ne sait rien faire.

Vous aurez probablement remarqué que le président de la République, en vertu d’une tradition désormais bien ancrée, reçoit une volée de bois vert. Tollé s’il songe à reporter le scrutin, tollé s’il change d’avis. Tollé parce qu’il ignore les maires, tollé parce qu’il les consulte. Cet homme là ne sait rien faire, même quand il se rend aux arguments des oppositions. Il a rejoué les municipales de l’an dernier. Il voulait les reporter, on l’a supplié de n’en rien faire, il les a confirmées et le premier tour n’était pas fini que ceux-là même qui exigeaient le maintien du scrutin suppliaient littéralement le président de reporter le second tour. Le problème vient que les électeurs s’abstiennent souvent si le seul fait de se rendre dans un bureau de vote les expose à la contagion. Cela se traduit par une participation dérisoire qui décrédibilise la démocratie. Je signale, à tout hasard, qu’un pic de pandémie n’a pas empêché 150 millions d’Américains de voter l’an dernier. On peut tout faire si on coopère au lieu de se chamailler, mais il est vrai que l’organisation des scrutins aux États-Unis est décentralisée, ce qui n’est pas le cas dans la France jacobine.

Le coup de Baroin.

À ce chaos s’ajoute une circonstance cocasse : nombre d’élus de LR (Les Républicains) se sont plaints non de Macron, mais de François Baroin, l’ex-candidat à la magistrature suprême et actuel président de l’Association des maires de France (AMF). Ils voulaient le consulter, il était injoignable. M. Baroin sait qu’il ferait un bon candidat de la droite, mais il ne veut plus en entendre parler et va jusqu’à refuser de mettre un doigt dans l’engrenage. Il n’a peut-être pas tort car, aujourd’hui, si vous êtes vacciné (ce qui ne doit pas être son cas), cela suffit à votre bonheur. Macron devrait l’appeler et lui demander s’il n’a pas un job pour lui. « Comment, s’écrierait-il, vous, le président de la République ? » Oui, lui. Lui qui a obtenu le mandat le plus dur, le plus généreux en camouflets, en défaites, en sarcasmes, en quolibets, de la Cinquième République. Lui à qui la vaccination permettrait de retourner au théâtre et à la Rotonde. Lui, Jupiter malheureux qui n’a pas obtenu de ses concitoyens le moindre signe public de respect depuis juin 2017. Il était sûrement mieux au ministère de l’Économie.

RICHARD LISCIA

 

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One Response to Régionales : incohérences

  1. Laurent Liscia dit :

    On rirait si on n’avait pas besoin d’une droite un peu plus substantielle pour tenir tête à Le Pen.

    Réponse
    C’est le coeur du problème. Pour regagner des électeurs, la droite attaque Macron. Elle devrait attaquer Le Pen.
    R.L.

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