Kaboul, c’est fini

Biden : Asie et OTAN d’abord
(Photo AFP)

La décision de Joe Biden de retirer les troupes américaines d’Afghanistan signe le premier grand désengagement des États-Unis. Elle confirme la victoire des talibans et elle jette une ombre sur l’avenir d’un peuple qui n’a jamais cessé de subir des invasions.

IL NE RESTAIT plus que 2 500 hommes de troupe américains en Afghanistan. Ils n’avaient donc plus le moindre rôle stratégique et faisaient de la figuration. Leur présence ne pouvait ni être considérée comme indispensable par le gouvernement afghan, ni servir d’argument dans les négociations entre les Américains et les talibans. Toutes ces raisons suffiraient à expliquer le retrait militaire américain. Mais il y en a d’autres, à commencer par les positions changeantes et capricieuses des dirigeants afghans, eux-mêmes divisés sur la marche à suivre et constamment préoccupés de garder ou de prendre le pouvoir. En outre, les talibans n’ont jamais cessé de continuer leur campagne terroriste, même quand ils négociaient. Leur intransigeance absolue donne une idée de ce qu’ils feront après leur entrée triomphale à Kaboul.

Vingt années d’échecs.

Le vrai problème ne réside ni dans la présence américaine ni dans la capacité du gouvernement de Kaboul à résister aux terroristes. Il est dans la sauvegarde d’un peuple, estimable à plus d’un égard, qui va être sacrifié, tôt ou tard, à la sauvagerie des talibans. C’était déjà extraordinaire qu’ils aient pu négocier directement avec Washington, mais ils n’ont jamais renoncé à remporter une victoire définitive. La résistance que leur offriront les dirigeants actuels sera insuffisante, si l’on examine la question avec réalisme. Tous les symboles de l’intervention américaine sont balayés par la décision de Biden, dont le pays est intervenu en Afghanistan il y a exactement vingt ans, à la suite des attentats du 11 septembre, avec le clair objectif d’éliminer l’agresseur, Al Qaïda, qui a effectivement disparu d’Afghanistan mais au profit des talibans. Au moins peut-on dire que ce pays et ce peuple si meurtris résistent avec vigueur aux invasions, celle des Britanniques, puis celle des Soviétiques et enfin celle des Américains. C’est vraiment l’endroit où il ne faut jamais aller en conquérant.

Une ligne continue.

On décèle une ligne continue entre les politiques étrangères d’Obama, de Trump et de Biden qui, tous les trois, ont voulu mettre fin à l’interventionnisme échevelé de George W. Bush. Certes, l’expédition en Afghanistan était plus justifiée que celle d’Irak, qui n’avait aucun fondement. L’Amérique avait subi une agression terrible, de nature historique, elle a voulu se venger contre les auteurs du crime. En revanche, l’intervention en Irak était juridiquement insoutenable, n’a pas été approuvée à l’ONU et était fondée sur des arguments totalement faux, comme la présence en Irak d’armes de destruction massive qui n’existaient pas. On se perd en conjectures, encore aujourd’hui, sur l’attitude de Saddam Hussein, qui aurait pu éviter l’invasion, protéger son pays et rester au pouvoir s’il avait donné la preuve facile qu’il n’avait ni armes chimiques ni armes nucléaires. Sans doute a-t-il pensé, mais quelle erreur, qu’il perdrait son aura s’il reconnaissait qu’il ne possédait pas les moyens de faire peur.

Biden, la Chine et la Russie.

La décision de Biden amorce un big bang diplomatique : l’Amérique se retire du Proche-Orient. Par tous les moyens, elle essaiera de ramener l’Iran dans le giron de l’accord nucléaire, et elle n’a certainement pas considéré comme un bonne manière l’attaque contre un centre iranien d’enrichissement de l’uranium, probablement par les services secrets israéliens. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, qui n’est pas né de la dernière pluie, estime que l’Iran est la plus grande menace pour son pays. Ce n’est pas faux. Comment calmer Téhéran, par la force ou par la négociation, voilà ce qui sépare Netanyahu de Biden, dont les relations vont forcément se tendre dans les mois qui viennent, car la politique iranienne des États-Unis est largement soutenue par l’Europe et par la Russie. L’Amérique va recentrer sa diplomatie, comme le souhaitait Obama, sur l’Asie pour contrer la Chine et sur l’OTAN pour faire face aux provocations de Poutine.

Ingérence israélienne.

Bien entendu, Joe Biden n’a pas diminué d’un dollar le budget militaire de son pays. Il a besoin, pour calmer le jeu dans un monde affolé par le Covid de maintenir la crédibilité militaire américaine. Aujourd’hui, il est plus raisonnable de dire que la protection d’un État menacé par la Russie sera protégé par l’OTAN que croire qu’au moindre danger au Proche-Orient l’Amérique accourra. Netanyahu le sait et c’est pourquoi il a moulé sa politique dans celle de Trump, en renforçant un peu plus ses relations avec Washington, dans l’espoir de continuer à bénéficier de la protection américaine. Il n’est pas sûr de l’avoir encore avec Biden et, paradoxalement, la guérilla qu’il livre à l’Iran risque d’éloigner davantage les États-Unis. En effet, il y a quelques années, invité officiellement par le Congrès, Netanyahu avait osé prononcer un discours devant les élus, sans même rendre visite à Barack Obama. Cette ingérence dans la politique intérieure américaine, assortie d’une provocation sans précédent, avait conduit Obama à dire dans l’oreille de Sarkozy : « Je ne le supporte plus ».

RICHARD LISCIA

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